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Roland Castro

Roland Castro : "Je m'intéresse à la ville parce qu'elle me parle, parce qu'elle me prend dans ses bras"

55 min
À retrouver dans l'émission

L'architecte Roland Castro a consacré sa vie à la transformation des grands ensembles pour renouer avec la ville. Son ouvrage "Sisyphe heureux" a paru le 5 mars aux Editions du Canoë. L’occasion de revenir au micro d'Arnaud Laporte sur sa vocation et les grands projets qui structurent sa carrière.

Roland Castro
Roland Castro Crédits : François Darmigny

Depuis les années 1970, l’architecte et urbaniste Roland Castro considère qu’être citadin et citoyen cela va de pair. Celui pour qui l’engagement militant a toujours revêtu une place importante raconte au micro d'Arnaud Laporte les « mille et une projets de [sa] vie tumultueuse ».

Une jeunesse urbaine et politique

C’est en arrivant à Paris à la fin de la Seconde Guerre mondiale que Roland Castro fait connaissance avec la ville : il y découvre un espace de liberté et l’espace public devient son lieu de vie privée. Sa jeunesse est aussi marquée par ses premiers engagements politiques autour de la question coloniale, puis des revendications de mai 1968.

Mon espace privé, c'est l'espace public. Là où je suis tranquille. La ville, c'est l'espace où on peut être enfin seul. Où on peut être soi-même.            
Roland Castro

Le premier texte que j'ai écrit sur l'architecture s'intitulait L'architecture, ça parle. Je m'intéresse au caractère des bâtiments. J'aime que les bâtiments sourient. Je trouve qu'il y en d'autres qui me font la gueule, qui sont désagréables, qui me grattent. Je m'intéresse à la ville parce qu'elle me parle, parce qu'elle me prend dans ses bras. Très vite, je suis devenu un amoureux de Paris.          
Roland Castro

Une architecture autobiographique 

Profondément marqué par sa rencontre avec Jacques Lacan, cet ancien étudiant des Beaux-Arts se sert de son travail psychanalytique pour déconstruire les principes de l’architecture fonctionnaliste du Mouvement Moderne. Dans les années 1980, son architecture s’affirme, marquée par les courbes, les toits-terrasse et les balcons est bavarde et pittoresque. Il pense ses bâtiments par rapport à leur contexte et cherche avant tout à renouer avec la ville.

J'ai fait beaucoup de travail de transformation des grands ensembles, fait passer des choses qui vous répulsent à des choses qui vous sourient. Le fonctionnalisme a cassé des tas de mots, comme "charme", "pittoresque", "autre". J'aime que l'autre soit présent dans ce qu'on produit.        
Roland Castro

A chaque fois que j'ai travaillé sur le Grand Paris, on a développé l'idée qu'il y a des lieux magiques. Qu'une bonne métropole, c'est trois mille villages. Ignorer cette question du village, c'est un massacre de la pensée fonctionnaliste et du mouvement moderne. Le Corbusier, immense architecte, et misérable penseur urbain.    
Roland Castro

Rêver le Grand Paris

C’est pourquoi la transformation des banlieues est au cœur de son œuvre. Que ce soit au sein de la mission interministérielle Banlieue 89 sous François Mitterrand ou dans le cadre du projet du Grand-Paris pour lequel il est sollicité depuis les années 1980, Roland Castro n’a pas cessé de prendre position et d’œuvrer au désenclavement et à l’embellissement qui sont pour lui les clés pour réduire la fracture sociale et écrire le scénario de « Paris en Grand ». Sa Tour Emblematik achevée il y a quelques temps à Aubervilliers illustre quant à elle son projet d’« Habiter le ciel ». 

Je suis convaincu que faire des projets urbains qui s'intéressent aux marges, qui essayent de les rassembler avec la ville-centre, ça fait reculer le Front national. Quand on voit qu'on ne s'est pas moqué de vous, que là où vous habitez, c'est beau, on ne casse pas. Là où des maires ont lancé d'importants projets urbains, le Front national a reculé. En finir avec la question des banlieues, c'est en finir avec le discours qui nous emmène dans une folle dérive autoritaire.  
Roland Castro

La question du temps est une terrible question qu'il faut remarteler. Il faut donner du temps à la pensée urbaine. Il faut lui donner un temps qui dépasse les alternances politiques et le temps des mandats.  
Roland Castro

Son actualité : Sisyphe heureux, mille et un projets de ma vie tumultueuse a paru le 5 mars aux Editions du Canoë. En février 2019 était également inaugurée la Tour Emblématik de l'agence Castro-Denissof à Aubervilliers.

Sons diffusés pendant l'émission :

Chroniques

19H20
9 min

Affaire en cours

"L'idée d'usurpation est constitutive de la figure de l'intellectuel"
19H50
5 min

Affaire à suivre

Les conseils culturels de Roland Castro
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