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Samir Guesmi

Samir Guesmi : "Dans un film, ce qu'on devine sans le voir, c'est ce qui me bouleverse le plus"

55 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de la sortie en salles le mercredi 23 juin de son premier long métrage, Ibrahim, le comédien et réalisateur Samir Guesmi revient, au micro d'Arnaud Laporte, sur sa carrière d'acteur, sa conception du cinéma et sur cette expérience de réalisation.

Samir Guesmi
Samir Guesmi Crédits : Jean-François Delon

Le 23 juin sortira en salles Ibrahim, le premier long métrage de Samir Guesmi, qui y joue aux côtés du jeune Abdel Bendaher. A cette occasion, le comédien - et désormais réalisateur - revient, au micro d'Arnaud Laporte, sur sa formation sensible, son parcours du théâtre au cinéma, et sur ce passage à la réalisation. 

Sa découverte du théâtre

Issu d’une famille d’origine algérienne, Samir Guesmi grandit dans un Paris populaire. Pendant sa jeunesse, il est encouragé par son père à étudier pour avoir, plus tard, le confort de travailler dans un bureau, mais ne se sent pas à sa place. Samir Guesmi traîne donc son ennui et sa quête d’absolu jusqu’à ses 20 ans, où il découvre le théâtre, en tombant par hasard sur un cours d'art dramatique.

J’ai eu une scolarité assez médiocre, (…) je sentais que c’était pas ma place et qu’il allait se passer autre chose ailleurs. J’errais pas mal, c’est une époque où l’errance était ma petite copine, et un jour, elle m’emmène dans le quartier de la Butte aux Cailles et (…) puis là je découvre un cours de théâtre. J’y suis resté quelques semaines, tous les soirs j’y allais, jusqu’au jour où le prof me remarque et me propose de venir me présenter sur scène. Et là ça a commencé pour moi. Je me dépatouille avec moi-même, je suis terriblement mal de timidité, de mal-être et en même temps je suis sur scène.

Formé notamment par le metteur en scène Giancarlo Ciarapica, Samir Guesmi suit donc une formation de comédien et fait ses débuts au théâtre. Depuis, il a joué notamment dans Othello de Shakespeare en 2008 au Théâtre de l’Odéon, ou encore dans Perplexe de Marius von Mayenburg en 2013 au Théâtre du Rond Point.

Giancarlo Ciarapica m’invite à travailler un texte de Roland Dubillard et je commence à toucher aux sensations de la comédie, du jeu. (…) Il y avait déjà le plaisir de regarder les autres. (…) Et puis il y avait aussi une espèce d’acceptation de soi. Je trouve que c’est la bonne école, de la bienveillance et de l’encouragement. J’ai adoré faire rire, m’oublier à être quelqu’un d’autre que moi. (…) On commence à être d’autres et à être d’autres pour se trouver soi.

Au cinéma, acteur et réalisateur

Dans les années 1990, Samir Guesmi joue également pour le cinéma et obtient son premier rôle en 1996 dans Malik le Maudit de Youcef Hamidi. Ainsi, fait-il partie, depuis plus de vingt ans, du paysage du cinéma français. S’il a incarné de nombreux seconds rôles pour des cinéastes comme Alain Chabat, Guillaume Canet, Arnaud Desplechin, Bruno Podalydès, il a aussi interprété des premiers rôles dans des films comme Andalucia d’Alain Gomis en 2007 ou encore L’Effet aquatique de Solveig Anspach en 2016 aux côtés de Florence Loiret-Caille. Jouant aussi bien pour le petit que pour le grand écran, sa filmographie regroupe autant des films d’auteurs que du cinéma populaire.

On peut trouver des mots, mais c’est vraiment de l’alchimie, de l’odeur, de l’animalité. Florence Loiret-Caille, je comprends ce qu’elle me donne à voir, parce que c’est au-delà des mots. Je n’ai pas peur de l’univers qu’elle propose. C’est la même langue, c’est la même perdition, c’est le même endroit. Il y a quelque chose de l’ordre d’une fraternité, quelque chose de l’ordre de la fratrie. On est comme des frères et des sœurs de misère. 

En 2008, Samir Guesmi réalise son premier court-métrage, C’est Dimanche !, l’histoire d’un amour filial, une première expérience couronnée par le Prix du Public au Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand. Une dizaine d’année plus tard, il réalise Ibrahim, son premier long métrage, reprenant le thème de son court métrage, et inspiré de sa propre histoire.

Je trouve extrêmement parlant ce qu’on ne dit pas. Ce qu’il y a entre les lignes, ce qu’on cache, je trouve que c’est ce qui résonne le plus et que c’est ce qui parvient le plus. (…) Ce qu’on devine sans le voir, moi c’est ce qui me bouleverse et qui me touche. (…) Par moments, il arrive que l’on se rende compte que le personnage n’avait pas besoin de dire ça, alors on l’enlève, on vire le dialogue, et tout d’un coup, il se passe autre chose, et ce qu’on a enlevé résonne encore plus fort. 

Tout d’un coup émane en lui [Abdel Benhader] quelque chose qui était enfoui depuis très longtemps, c’est-à-dire la fraicheur, l’authenticité : il dit les choses pour la première fois, il fait tout pour la première et tout d’un coup ça m’interroge sur mon métier d’acteur. (…) Tout d’un coup en face de moi j’ai quelqu’un pour qui le jeu est instantané, neuf, sans référent aucun, il est lui, par lui-même. J’ai cru que j’allais l’aider ce jeune acteur, mais en fait c’est lui. (…) Il a suscité chez moi le rare de la première fois.

Son actualité : sortie en salles le 23 juin d’Ibrahim, réalisé par Samir Guesmi, coécrit avec Camille Lugan, et avec Abdel Bendaher, Samir Guesmi, Rabah Naït Oufella et Luana Bajrami.

Sons diffusés pendant l'émission

  • Extrait d’un reportage sur Belleville en 1982 pour la télévision française.
  • "A Vava Inouva", Idir, A Vava Inouva, 1976.
  • Othello de Shakespeare, mise en scène par Eric Vigner, avec Samir Guesmi et Bénédicte Cerruti, 2008.
  • "Nature Boy", George Benson, In Flight, 1977.
  • Extrait du Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica, 1949.
  • Bande annonce d’Ibrahim, Samir Guesmi, 2021.

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