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Sandra Kogut

Sandra Kogut : "J'essaye de recréer sur le plateau une énergie qui existe dans la vie"

55 min
À retrouver dans l'émission

Depuis les années 1990, la cinéaste brésilienne Sandra Kogut a réalisé une dizaine de films, entre documentaires et fictions. Au micro d'Arnaud Laporte, elle revient sur son parcours, ses méthodes de travail et sa conception du cinéma.

Sandra Kogut
Sandra Kogut Crédits : Valérie Hache - AFP

La cinéaste brésilienne Sandra Kogut est l'autrice d'une dizaine de films : des films documentaires, mais aussi depuis 2007 des films de fiction. Elle revient, au micro d'Arnaud Laporte, sur sa carrière et sur les réflexions qui nourrissent son travail.

Une carrière au cinéma

D'origine hongroise par ses grands-parents, Sandra Kogut est née et a grandi au Brésil. Après des études de philosophie, elle commence - dès le milieu des années 1980 - une carrière artistique. Elle réalise alors des installations et des performances et se fait connaître en 1991 avec Parabolic People, un essai de partition télévisuelle universelle. A cette époque, elle réalise également ses premiers films, des courts métrages documentaires comme En français (1993) ou encore Adiu monde ou l'histoire de Pierre et Claire (1997). 

Comme toujours je vais vers les gens (…) et petit à petit je me suis rendue compte que tout le monde avait déjà été filmé dans cet endroit : ces gens-là étaient coincés dans une image et étaient devenus des acteurs d’eux-mêmes. Au Brésil c’est pareil mais avec "l’exotique". Comment faire un film dans une situation pareille ? Alors j’ai eu l’idée d’inventer une légende, et j’ai fait raconter cette histoire que j’avais inventée en béarnais, chantée par eux : comme un jeu de projection. (...) Quand on parlait d'une troisième chose, d'une histoire un peu fictionnelle, ils montraient beaucoup mieux qui ils étaient. Donc c’est devenu très clair pour moi qu’en faisant un film, il faut regarder ensemble dans une même direction, pas forcément se regarder face à face. 

En 2007, elle réalise son premier long métrage de fiction : Mutum (2007), chronique de la rude vie des habitants du Sertao. Depuis, deux nouvelles fictions ont vu le jour, Campo Grande (2015) et Trois étés (2020), qui dépeignent avec acuité la réalité sociale du Brésil de nos jours. 

La question que je me pose tout le temps c'est : comment être artiste quand on vit quelque chose de si grave ? comment être artiste et ne pas se laisser piéger par l’instant et faire quelque chose qui soit réducteur ou juste militant : comment rester dans un désir plus profond et vaste et aller vers l’inconnu quand il y a des questions si urgentes ? 

Un cinéma entre documentaire et fiction

Souvent engagés, les films de Sandra Kogut se nourrissent autant du documentaire que de la fiction. Ses films documentaires intègrent des éléments fictionnels, tandis que la dimension documentaire est très présente dans ses films de fiction ; Sandra Kogut mène en effet un important travail de recherche et d'immersion avant le tournage de ses films et réalise de véritables chroniques sociales, s'appuyant sur des acteurs souvent non professionnels et débutants, appartenant aux milieux qu'elle met en scène dans ses films. Ainsi, c'est avant tout la rencontre avec des individus et leurs histoires que son cinéma privilégie, à l'écran autant que sur le tournage. 

Il y a énormément de préparation, mais je dis toujours à l’équipe qu’on doit être des "imperfectionnistes" : quand le moment arrive, c’est une toute autre chose qui se passe mais on a tellement préparé qu’on est capable de voir l’accident et même de l’utiliser. 

Je travaille surtout sur les relations qui sont en jeu. Je n’aime pas l’improvisation, je tiens au texte, mais je ne leur donne le texte qu’au moment de tourner la scène. (…) C’est une espèce d’immersion. Je leur demande d’être sur le plateau tous les jours parce que la simple présence des uns et des autres aide à protéger les relations qui doivent être toujours plus fortes que les besoins du tournage.

Ce que je cherche, c’est de trouver le terrain commun entre les gens que j’ai choisis et les personnages. (…) Je cherche des gens qui ont une relation ou quelque chose de commun avec les personnages. Pour Trois étés on a travaillé comme ça.

Sandra Kogut a vécu une dizaine d'années en France, du début des années 1990 au début des années 2000. Elle a aussi vécu à Berlin, New York et bien sûr au Brésil. Elle a enseigné dans plusieurs universités, notamment aux Etats-Unis. Ses installations ont été présentées, entre autres, au MoMA et au Musée  Guggenheim de New York. 

Sons diffusés pendant l'émission

  • Extrait d’Adiu monde, court métrage de Sandra Kogut, 1997.
  • Extrait de Mutum, Sandra Kogut, 2007.
  • “Aria”, Bachianas Brasileiras No5, Heitor Villa Lobos, interprété par l’Orchestre Philharmonique de Berlin, dirigé par Gustavo Dudamel, avec Ana Maria Martinez (soprano), Festival de Waldbuhne 2008.

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