LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Simon Abkarian

Simon Abkarian : "Monter sur un plateau de théâtre est un acte civilisateur en soi"

55 min
À retrouver dans l'émission

L’acteur mais aussi auteur et metteur en scène Simon Abkarian est à l’affiche du Théâtre de Paris avec sa pièce réjouissante "Le dernier jour du jeûne". L’occasion de revenir, au micro de Lucile Commeaux, sur son processus créatif et ses imaginaires.

Simon Abkarian
Simon Abkarian Crédits : Franck Crusiaux - Getty

Simon Abkarian est de retour sur les planches avec une nouvelle pièce intitulée Le dernier jour du jeûne. Comédien, mais aussi auteur et metteur en scène, il signe une œuvre à la puissance méditerranéenne où les femmes sont au premier plan, à l’image de son parcours artistique. Dans cette tragi-comédie de quartier, le théâtre de la Grèce antique rencontre la lutte contre le patriarcat. Une pièce à la fois drôle et émouvante où flotte comme un air de printemps. 

Il nous en dit plus à propos de la place des femmes dans son spectacle ... 

Elles ne font pas de la figuration, elles parlent. Quand je suis acteur, j'essaye de disparaître derrière le personnage que j'essaye d'incarner. En tant qu'auteur, j'essaie aussi de rester dans l'ombre de cette parole-là, de ce monde-là. On se dit souvent "je vais faire parler les femmes". Non, ce sont les femmes qui me font parler et cette parole-là, moi je la retranscris.

Alarmé par les évènements récents en Arménie mais aussi par la situation de crise que traverse la France et son secteur culturel, Simon Abkarian analyse le rôle du théâtre dans une société démocratique : 

Monter sur un plateau de théâtre est un acte civilisateur en soi, c'est un acte de beauté, de résilience, d'intelligence, de collectif inconscient et joyeux. C'est ça, pour moi, monter sur un plateau théâtre. Les deux dernières fois qu'on a joué au Théâtre de Paris, les applaudissements qu'on a eu à la fin, on sentait que ce n'était plus nous qui étions applaudis, celles et ceux qui étaient sur scène, mais c'était aussi le fait d'être là. Ça peut être très vite rare un moment de théâtre dans un pays. Un pays sans sa créativité artistique, sans réflexion poétique, donne les signes avant-coureurs d'un fascisme à venir. Donc, on est en bonne santé de ce point-là, si je peux m'exprimer ainsi. Il y a quelque chose qui est de l'ordre de la santé démocratique.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

D’une histoire individuelle à l’Histoire collective

D’origine arménienne, Simon Abkarian a grandi entre la France et le Liban, mais c’est à Los Angeles qu’il tente d’abord sa chance au théâtre. De retour à la capitale française, il intègre la célèbre troupe d’Ariane Mnouchkine où il s’épanouit dans les tragédies grecques autant que dans les pièces contemporaines, notamment d’Hélène Cixous. A la Cartoucherie de Vincennes, le collectif est érigé en art de vivre, une valeur à laquelle le comédien reste encore attaché aujourd'hui : 

Je crois au collectif. Au théâtre, il y a un cheminement qui doit être fait et qui est au-delà des critères d'argent. Il faut de l'argent parce que les saucisses, comme dirait mon pote, ça ne pousse pas dans les arbres. Mais c'est vrai qu'il y a autre chose qui est sur table sur le long terme parce que nous avons besoin de temps pour faire tomber les appréhensions et c'est un grand travail que de gagner et de se donner la confiance, de se donner le champ de liberté et de créativité. 

Une utopie c'est quelque chose qu'il faut tenter. Ce n'est pas quelque chose d'impossible parce que le possible ou l'impossible je m'en fiche un peu. C'est comme réussir une scène. Il faut tenter quelque chose. Et c'est cette tentative qui fait que tout d'un coup, il y a quelque chose qui prend vie, qui prend feu et qui devient peut-être parfois gracieux et grandiose. 

En parallèle des planches, Abkarian fais ses premiers pas devant la caméra de Cédric Klapisch avec d’abord des court-métrages tel que Ce qui me meut, puis des longs comme Chacun cherche son chat. Après huit ans à la Cartoucherie de Vincennes, Abkarian quitte la troupe de Mnouchkine et rencontre un formidable succès dans Une bête sur la lune de Richard Kalinoski, mise en scène par Irina Brook en 98. Sa prestation, en survivant du génocide arménien parti reconstruire sa vie aux Etats-Unis, lui vaut un Molière du comédien en 2001. Le génocide arménien et sa mémoire sont des motifs récurrents dans sa carrière, notamment dans Ararat, d’Atom Egoyan en 2002 puis dans Aram de Robert Kéchichian en 2005. L’artiste renouera également avec ses racines dans sa tragédie Pénélope, O Pénélope, écrite et mise en scène par lui-même en 2008 au Théâtre de Chaillot, ou encore l’année suivante dans L’Armée du crime de Guédiguian où il incarne Missak Manouchian, héros arménien de la Résistance.

A propos de ses racines arméniennes, l'artiste raconte ...

Aussi loin que je m'en souvienne, chez moi, il y a toujours eu le désir de chanter, le désir d'écouter de la musique, le désir de danser. Ce n'est pas seulement l'apanage du peuple arménien mais notre douleur, aussi grande fut-elle, ne nous a jamais étouffé. On a toujours tendu vers la vie. 

Simon Abkarian explique également son positionnement vis-à-vis des évènements en Arménie :

Ce n'est pas moi qui doit réfléchir là-dessus. C'est tous ceux qui se disent les champions et les championnes de la démocratie, de l'humanisme et de l'éthique. Mais vu que ces trente dernières années, tout le monde s'est tourné vers comment acheter et vendre, l'éthique est devenue une espèce de vieille chose qu'on a jeté dans le tiroir du temps où s'entassent les vertus devenue caduque de notre histoire. Quand je parle d'histoire, je parle de l'histoire humaine. Ce qui se passe en Arménie, c'est exactement la bis repetita de ce qui s'est passé en 1915. C'est la même chose. C'est la même agression. C'est le même désir génocidaire.

Un artiste multifacette

Abkarian ne peut pourtant être réduit à l’exploration de son propre récit tant il a prêté son talent à des rôles aux antipodes.  Sur le petit écran, il est notamment remarqué pour son interprétation d’un tenancier de boîte romantique et bourru dans Pigalle, la nuit en 2009 ; propulsé pour son jeu dans la série Les Beaux Mecs en 2011 ; et popularisé par son rôle du colonel Ammanulah dans la série Kaboul Kitchen en 2012. Sur le grand écran, il évolue souvent dans des intrigues sombres aux enjeux parfois politiques, notamment en grand méchant dans le James Bond Casino Royal, mafieux dans Les Mauvais Joueurs, leader de l’opposition marocaine dans J’ai vu tuer Ben Barka, et bien d’autres. Comédien, mais aussi auteur et metteur en scène, Abkarian a plusieurs flèches à son arc. En 2013, il est seul sur scène pour jouer Ménélas qu’il a lui-même écrit et mis en scène. Avec Au-delà des ténèbres en 2018 et Electre des bas-fonds en 2019, Abkarian boucle la boucle en revenant au Théâtre du Soleil en tant qu’auteur et metteur en scène.  

Si l'artiste ne hiéarchise pas entre son travail au cinéma, à la télévision ou au théâtre, il exprime néanmoins un amour pour la langue que cristallise selon lui les arts de la scène. 

Pour moi, le théâtre, c'est retourner à la barre. C'est voir combien j'ai perdu et combien il faut travailler pour retrouver le niveau éventuel que j'ai et ensuite pour pouvoir progresser. On peut vite désapprendre au cinéma quand on ne travaille pas avec des gens qui sont complètement investis par l'angle, quel que soit l'angle de l'investissement, qu'il soit politique, dramatique ou qu’il soit sur le filmage.

L'artiste regrette néanmoins un appauvrissement de la langue dont il souhaite se prémunir ...

A force de s'adapter le plafond s'est baissé, on ne s'est pas rendu compte, on s'est recroquevillé, puis on est devenu bossu. Moi, je n’ai pas envie d'être bossu, j'ai envie de me tenir droit et avoir des plafonds qui soient célestes. 

Son actualité :  Le dernier jour du jeûne, écrit mis en scène et joué par Simon Abkarian au Théâtre de Paris à partir du 16 octobre.

Présentation : 

"A travers cette tragi-comédie de quartier, Simon Abkarian célèbre ses racines méditerranéennes et rend hommage au théâtre de la Grèce antique. Dans cette fresque contemporaine, les femmes jouent un rôle de premier plan. Elles ne veulent plus subir l’enclos de la tradition et c’est en se heurtant à un patriarcat millénaire qu’elles forcent la porte de leur destin. C’est en affûtant leur langue qu’elles croisent le fer avec les hommes et font trembler l’ordre établi jusque dans ses fondements. Les discussions sont âpres et ardentes, les images fleuries et les sentiments extrêmes. Le printemps est à portée de main. Mais un terrible secret pèse sur le quartier. Qui le mettra à jour ?" Théâtre de Paris.

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Extrait de la Bande annonce du spectacle Le dernier jour du jeûne, écrit mis en scène et joué par Simon Abkarian au Théâtre de Paris
  • Interview de Cédric Klapisch du10 juillet1998, Editing Productions, réalisation André Halimi. 
  • Oh well du groupe The Howlin Jaws, sur l'album "Burning house", 2018, Bellevue music.
  • Ariane Mnouchkine à propos de la vocation politique du théâtre, au micro de Fabienne Pascaud, dans l’émission « L'Oeil en coulisses », Antenne 2, réalisation Georges Paumier, 11 octobre 1987.
Chroniques
19H20
8 min
Affaire en cours
La banlieue, capitale européenne de la culture ?
19H50
6 min
Affaire à suivre
Le Raoul Collectif fait sa "Cérémonie" à Avignon
Intervenants
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......