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Thomas Lévy-Lasne

Thomas Lévy-Lasne : "La peinture parle du réel avec le langage du réel"

55 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de son exposition monographique L’asphyxie à la Galerie Les filles du calvaire à Paris, immersion dans la fabrique artistique du peintre figuratif Thomas Lévy-Lasne au micro d'Arnaud Laporte.

Thomas Lévy-Lasne
Thomas Lévy-Lasne Crédits : Julien Gester

Son exposition, intitulée “Asphyxie”, est visible jusqu’au 24 octobre à la Galerie des Filles du Calvaire, à Paris. Contre l'exigence de l'extraordinaire,  Thomas Lévy-Lasne en peintre de l'immanence met en visibilité ce qui se trouve sous nos yeux et que l’on ne regarde pourtant pas. 

Pour cette exposition-là, j'ai essayé d'être un peu "désanthropocentré", c'est à dire ne pas m'intéresser forcément au point de vue humain. Pourquoi pas prendre le point de vue du monde ? Dans cette perspective-là, il y a une espèce de neutralité du monde où je le donne. Même le vieillard qui regarde la jungle, il n'est pas forcément peint et traité d'une manière plus dingue que les plantes. Il est au même niveau. Donc, lui, il fait une séparation entre le réel et lui. Mais moi, je n'en fais pas dans ma peinture.  

Thomas Lévy-Lasne, Bord de mer, huile sur toile 2017
Thomas Lévy-Lasne, Bord de mer, huile sur toile 2017 Crédits : Galerie Les filles du calvaire

De  quoi est fait l’imaginaire de l’artiste, d’où vient sa vocation, qu’elles sont ses inspirations et ses méthodes de travail, tentative d'approche du processus de création de Thomas Lévy-Lasne...

Un éveil à l'art tout azimut

Fan de Christian Boltanski à douze ans, il se forme un goût pour l’art contemporain très jeune en fréquentant les galeries du Marais à Paris où il est né en 1980. Sa pratique de la peinture débute en parallèle du lycée, comme un refuge pour extérioriser. Le jeune peintre est ensuite accepté aux Beaux-Arts de Paris où il est élève dans l’atelier de Joël Kermarrec. C’est durant ces années de formation qu’il découvre la peinture classique, notamment au Louvre. En 2000, il rencontre Hector Olbak qui réalise une exposition dans l’école. Après avoir décliné une proposition d’embauche de sa part, il devient finalement son assistant pendant quatre ans. Ensemble, ils sillonnent les villes d’Europe pour filmer les œuvres des grands maîtres de la peinture aux cimaises de très nombreux musées. 

Quand j'étais aux Beaux-Arts, il ne fallait pas faire de peinture. Dix ans après, on s'est retrouvé à 300 peintres de la même génération à faire de la peinture. On peut donc se dire que oui, ce sont les artistes qui font l'art et que d'un coup, il y avait une envie très forte de faire de la peinture. Par contre, on bute encore au niveau institutionnel mais ce qui est très rigolo, c'est de voir des jeunes peintres aujourd'hui qui sortent des Beaux-Arts et, qui vont directement aux galeries. C'est très drôle de voir cette espèce de sillon qu'on a un peu creusé, poussé d'un coup. 

Retour à son art 

En 2006, Thomas Lévy-Lasne quitte le critique et documentariste pour se consacrer à la peinture en solitaire durant deux ans. L’année 2010 marque un tournant : l’artiste réalise une série d’aquarelles sur « les fêtes des jeunes » et obtient son premier solo show au centre culturel Henri-Dunant aux Lilas. Ensuite, ses participations aux expositions collectives se multiplient dans des galeries comme dans de prestigieuses institutions telles que le Centre Pompidou. En 2012, pour son troisième solo-show, Thomas Lévy-Lasne expose au Carrousel du Louvre avec Drawing Now qu’il réitère en 2017. Il devient le pensionnaire de la Villa Médicis entre 2018 et 2019. Par ailleurs, l’artiste s’est également intéressé au cinéma, en tant qu’acteur d’abord en 2011 dans Vilaine fille, mauvais garçon de Justine Triet où il tient le premier rôle, mais aussi en tant que réalisateur pour son court-métrage Le Collectionneur en 2017. Il a également été cadreur sur les films de Justine Triet.

Je vois le monde, je me balade, je vis des trucs, je sors un peu de l'atelier en faisant du cinéma ou des choses comme ça. Et puis je prends plein de photos et j'ai comme beaucoup d'artistes un atlas.  Ensuite, il y a des choix qui se font. Je laisse monter le désir. Et puis, d'un coup, on a envie de faire ce tableau-là. On va passer un mois ou deux avec lui. Il faut vraiment avoir envie de l'image.  

Je ne suis pas très intellectuel, c'est d'abord de l'envie et du désir et d'abord de l'intuition. C'est après que je comprends pourquoi j'ai fait les choses, mais jamais avant. Ça me paraît important parce qu'aujourd'hui, on demande beaucoup aux artistes de faire des projets, de proposer des choses toutes faites où on sait où on va aller à la fin. Moi, je dis que je fais des aventures. Je ne sais pas du tout où je vais. Je suis assez professionnel pour dire qu'il y aura un petit résultat, mais en revanche, je préfère me laisser aller complètement à la situation et voir ce que ça va donner après.

Devant l'arbre, 2020 Huile sur toile 150 x 200 cm
Devant l'arbre, 2020 Huile sur toile 150 x 200 cm Crédits : Courtesy Galerie Les filles du calvaire

La peinture, une puissance d'incarnation

Peintre de l’immanence, son esthétique se caractérise par un goût du réel, du familier, au sein duquel il traque l’inconfort voir « l’inquiétante étrangeté » selon ses mots. Il puise ses sujets dans les non-évènements de la vie quotidienne qu’il fige ensuite dans la peinture, choisie pour « sa puissance d’incarnation ». Le photographique n’intervient dans son processus créatif qu’à titre de base, d’outil à partir duquel il construit l’aspect documentaire de ses peintures. 

La peinture, ça me parait être un médium excellent parce que d'un coup, on produit une espèce de côté performatif à façonner un objet pour représenter quelque chose d'assez simple. D'un coup, on sent la charge d'énergie, la charge technique qui pourrait être de l'amour, et l'intensité à faire cette chose-là. […] Je pense que la peinture parle du réel avec le langage du réel. C'est à dire qu'on joue avec de la boue ou du caca, des pigments et même des cadavres, des os, de la terre... Il y a quand même ce truc magique de reformuler quelque chose du monde des apparences avec quelque chose du monde des apparences également.  

J'essaie de faire des tableaux composés, c'est à dire qu'on ait le temps de se balader dedans, qui il y ait un peu un peu plus de temps que dans un tableau "moderne" ou il y a la fulgurance et puis après, comme dans le vin, il y a une longueur en bouche un peu moins forte. Moi, j'essaie de faire des tableaux avec des longueurs en bouche longues. C'est très émouvant de faire une exposition et de montrer des tableaux parce que d'un coup, je n'ai même pas besoin de parler aux gens. Je vois bien s'ils sont pris ou pas, juste par la chorégraphie qu'ils font devant le tableau. 

Son actualité : Exposition : L’asphyxie, du 04 septembre au 24 octobre 2020 à la Galerie Les filles du calvaire, Paris. Une visite virtuelle est disponible sur le site de la galerie.  

Présentation :  "Patiemment - à la vitesse qu’impose la peinture - l’artiste opère une mise en visibilité, si ce n’est de la catastrophe, des habitudes culturelles de l’homme dans sa relation avec son milieu. Collectant les preuves visuelles de cette mutation et de l’anthropisation du monde, Lévy-Lasne fait état d’un renoncement à l’idée de nature sauvage au profit du projet moderne d’artificialisation et d’utopie technologique" Galerie Les filles du calvaire.

L'asphyxie, c'était une manière de ramener une couleur qui est aussi ce qu'on vit en ce moment. C'est un mot un peu anxiogène parce que le point commun c’est d'étouffer. Je voulais parler du mal d'aujourd'hui en passant par des mal différents, c'est à dire un mal qui serait un mal d'avant-garde qui est celui du Biodôme qui est un espèce de cauchemar de nature visuelle, mais également aller dans des lieux qui sont historiquement des lieux de la catastrophe comme Auschwitz et Tchernobyl. 

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Hector Obalk sur social club sur Europe 1, avec Taddéi le 7 juin 2017
  • « Vilaine fille, mauvais garçon » de Justine Triet. Production : Ecce films. 
  • Clément Rosset, dans « A voix nue » sur le concept de réalité, diffusé le 20 février 2006. Production : Raphaël Enthoven. 
  • Blanche Gardin lit un poème de Michel Houellebecq.

Générique de l’émission : Succession, Season 1 (HBO Original Series Soundtrack) de Nicholas Britel.

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