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Virgil Vernier

Virgil Vernier : "Le réel est à la fois surréaliste, puissant et terrifiant parce qu'il échappe aux idéologies dans lequel on essaie de le faire entrer"

55 min
À retrouver dans l'émission

Le réalisateur Virgil Vernier est au micro d'Arnaud Laporte. Influences, processus de création et imaginaires : Virgil Vernier nous emmène dans les coulisses de ses œuvres crépusculaires.

Virgil Vernier
Virgil Vernier Crédits : Thomas Smith

Après une sortie en salles le 15 juillet, Sapphire Crystal, le dernier bijou que Virgil Vernier a réalisé, s’offre deux nouveaux écrins chez Shellac : une édition en DVD classique et une en tirage limité dont les exemplaires sont numérotés et signés par l’artiste. Grand Prix André S. Labarthe de la compétition fiction du festival Côté court de 2020, le court-métrage nous immerge dans le monde contrasté d’une jeunesse genevoise riche et oisive.  En voici un court extrait : 

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De quoi est fait l’imaginaire de l’artiste, d’où vient sa vocation, qu’elles sont ses inspirations et ses méthodes de travail ? Tentative d'approche du processus créatif de Virgil Vernier…

L’aurore d’une œuvre crépusculaire... 

La découverte des films de Pasolini lui ouvre un monde : celui d’un modèle alternatif au cinéma hollywoodien. Vingt ans après sa naissance en 1976 à Paris, le jeune Virgil Vernier s’engouffre bientôt dans cette voie. Il passe un an aux Beaux-Arts de Paris puis quitte l’école pour se lancer dans la réalisation sur les conseils de Christian Boltanski, son professeur et maître à penser selon ses mots.  Il réalise alors Karine en 2001, le premier court-métrage d’une longue liste. Entre tous, on peut notamment noter Thermidor (2009, présenté à la Quinzaine des réalisateurs cannoise), puis Pandore en 2010 et Orléans en 2013 qui marquent un tournant dans sa carrière. Dans le deuxième, il brosse le portrait d’un rockeur monarchiste qui vit en banlieue, tandis qu’on suit dans le troisième deux stripteaseuses, dans une ambiance hallucinatoire, durant la fête de Jeanne d'Arc à Orléans. 

Il nous raconte le déclic qui l'a fait se tourner vers le cinéma : 

J'avais plus de choses peut être à dire avec ce langage là qu’avec le langage de l'artiste qui m'intéressait beaucoup, mais où j'ai trouvé une impasse_. Q_uand j'étais aux Beaux-Arts, je ne suis pas resté très longtemps. J'ai compris que s'il y avait un truc qui était encore plus une sorte d'art total où je pourrais à la fois faire des expérimentations visuelles, parler du monde, mettre de la musique, faire des choses avec des images arrêtées : un film pouvait contenir tout.

Aujourd'hui, le cinéaste raconte son ambition en ces termes :

Je pense que le monde actuel est vraiment passionnant. Quand j'ai commencé à faire des films, j'étais très en réaction avec tous les gens nostalgiques qui disent que c'est plus comme avant, qu'on peut plus faire si on ne peut plus faire ça, que le monde est devenu tellement vulgaire et dégoûté parce que le capitalisme détruisait tout... L'influence des artistes américains m'a permis de me dire "c'est bien, faisons une farce de tout ça". Réapproprions nous tout ce que le capitalisme a détruit de nos sociétés et parlons de cette modernité délirante, débile, drôle comme elle nous rend fou, comme elle nous rend solitaires, comment elle nous emmène à l'hôpital psychiatrique. Essayons de mettre de l'humour et de la critique sociale, de la beauté et de l'étrangeté dans tout ça. Si on peut réussir ça, le film sera bon. Il touchera au cœur, il touchera à l'émotion de chaque spectateur.

J'ai besoin de rappeler toujours qu'on est en train d'être dans un dispositif. On est en train de faire semblant, de faire le mieux possible la reconstitution de quelque chose qui est perdu, qui a eu lieu et en même temps, on essaie de créer un miracle. On essaie de faire en sorte qu’au moment où on tourne, quelque chose de gracieux peut advenir. 

…Où le documentaire rencontre le mythe 

Virgil Vernier est un cinéaste des lieux. Que ce soit la banlieue périurbaine, les clubs chics de Genève ou une technopole dans la région de Nice, les espaces sont des motifs centraux au sein desquels il compose des ambiances crépusculaires. En témoigne son film Mercuriales en 2014 qui lui donne accès à une vraie distribution de ses films et qui est présenté dans la programmation de l’ACID à Cannes en 2014. Le charme opère à nouveau avec Sophia Antipolis en 2018. 

Les lieux n'ont pas de réalité en eux-mêmes. La caméra peut permettre de magnifier quelque chose ou de rendre terrifiant un aspect d'un lieu par un jeu sur la lumière ou sur le cadrage. Je me sens très agressé et fascinés par des lieux qui convoquent des choses que je ne comprends pas très bien moi-même, mais que j'ai envie de rendre manifeste par le travail de l'image. 

Tantôt mythologue, tantôt ethnologue, Virgil Vernier joue des limites entre la fiction et le réel, entre l’archaïque et le contemporain. Sensible à l’Arte Povera, le cinéaste cultive une esthétique des bouts de ficelle, travaille principalement avec des acteurs amateurs, et sublime le grain épais de l’image. 

J'ai découvert le cinéma ethnologique et Frédéric Weismann et ça m'a paru la chose la plus intéressante à faire à l'époque où on était, c'est à dire un art complètement débarrassé de tout, de tous les artifices possibles, quelque chose d'extrêmement brut jusqu'à l'os, où on verrait les erreurs, les imperfections, les doutes, les maladresses, mais qui serait un document qui aurait une valeur en tant qu’empreinte. 

Son actualité : Cinéma: deux éditions DVD de Sapphire Crystal dont une en tirage limité chez Shellac. 

Présentation: Trois lieux, trois temps d’une soirée avec la jeunesse dorée de Genève.

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Interview de Christian Boltanski pour le Palais de Tokyo sur son film "L'homme qui tousse" (2014). 
  • Extrait du film Chronique d'un été, de Jean Rouch et Edgar Morin (1960), Editions Montparnasse.
  • James Ferraro - Plage VI, album : Neurogeist (2020)
  • Extrait du film Sapphire Crystal, de Virgil Vernier.

Générique de l’émission : Succession, Season 1 (HBO Original Series Soundtrack) de Nicholas Britel.

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