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Will Self

Will Self : "Ce qui m'a toujours intéressé, c'est d'avoir une écriture philosophique"

55 min
À retrouver dans l'émission

A l’occasion de la parution de la traduction française de Will (L’Olivier), récit autobiographique de l’écrivain britannique Will Self, ce dernier revient, au micro d’Arnaud Laporte, sur sa vocation pour l’écriture, ses romans et son rapport à la littérature.

Will Self
Will Self Crédits : Patrice Normand

Le 11 mars a paru aux Editions de L’Olivier la traduction française – par Francis Kerline – du récit autobiographique Will de l’écrivain britannique Will Self. L’occasion pour lui de revenir, au micro d’Arnaud Laporte, sur son parcours, ses sources d’inspirations et ses méthodes de travail.

Une jeunesse marquée par les drogues

Né d’un père anglais et d’une mère américaine, Will Self grandit dans le Grand Londres. Dès son plus jeune âge, il décide d’écrire. Adolescent, imprégné de contre-culture où création et drogues vont de pair, il voit son univers fantasmagorique exacerbé par la consommation de toutes sortes de substances. 

L’obsession d’écrire et la littérature sont arrivées dans ma vie en même temps que l’obsession pour les drogues. Que ce soit pour la littérature ou la drogue, on dit en anglais que c’est "une ouverture". Donc prendre de la drogue a été une entrée en littérature. Et la littérature a été aussi, dans l’autre sens, une entrée ou une possibilité d’accéder à la drogue.

Mais avec l’addiction – à l’héroïne notamment – la possibilité d’écrire s’éloigne. Il entreprend alors plusieurs cures de désintoxication et étudie la philosophie, la politique et l’économie. En 1991, il publie ses premiers écrits : La Théorie quantitative de la démence, un recueil de six nouvelles traduit en français en 2001. Ainsi commence sa carrière d’écrivain, qu’il mène en parallèle d’une carrière de journaliste, aussi bien pour la presse écrite que pour la télévision britannique. 

Des mondes alternatifs 

Chacun de ses romans est conçu comme un monde alternatif, souvent cauchemardesque. Depuis ces réalités alternatives, il porte un regard féroce et amusé sur la société et l’âme humaine, traitant de sexe, de drogues, de désordres psychiques et des fragilités de nos constructions sociales. Dans une prose très inventive, et dans un style satirique et provocateur, sa capacité d’hyper-perception lui permet donc de rendre extérieur ce qui est à l’intérieur. 

On pourrait considérer mes premiers livres comme des satires et le style satirique effectivement pourrait faire référence à d’autres réels. Mais c’est la meilleure manière de quitter la norme. (...) Il faut se lancer dans une réalité telle qu’elle pourrait être : le fameux "et si". (...) Les rêves ont une importance. Je crois que la conscience est une rêverie et pour reprendre Joyce, la vie est un rêve pour lequel il faut lutter.

Dans Ainsi vivent les morts (2001, L’Olivier) il raconte par exemple la vie, la mort et l’après-mort de Lily Bloom, une sexagénaire amère et malheureuse inspirée de sa mère. Tandis que dans sa trilogie composée de Parapluie (2012, L’Olivier), Requins (L’Olivier, 2014) et Phone (2017, non traduit) il s’intéresse à la mécanisation et ses répercussions sur l’âme humaine, tout en proposant une histoire alternative du XXème siècle, en dehors d’un cadre de pensée cartésien dans lequel l’Histoire serait guidée par le progrès.

J’ai écrit dans un bureau pendant vingt ans et j’ai un genre journal photographique. Je couvre les murs avec des post-it parce que je trouve que ce format est idéal pour y saisir et y fixer une idée, un mot, une référence. Comme de nombreux écrivain, j’ai dû créer ma propre culture d’écriture, mon environnement. (…) J’ai fumé tellement de marijuana qu’il fallait que je sois – au moment où l’idée me venait – vraiment extrêmement précis. C’est un format qui me convient très bien, c’est comme du pointillisme littéraire, toutes ces idées qui m’entourent.

L’écriture comme une pulsion

Dans Will, Will Self revient sur sa jeunesse marquée par son envie d’écrire et son addiction à l’héroïne. S’il considère que la drogue ne l’a pas rendu créatif, elle lui a servi de révélateur et a contribué à exacerber son imaginaire. Et bien que convaincu de la mort prochaine de la littérature telle qu'on la connait, Will Self continue d’écrire : c’est sa dernière addiction et sa manière d’être au monde. 

Son actualité : la traduction française, par Francis Kerline, de son récit autobiographique Will a paru le 11 mars aux Editions de l’Olivier.

Sons diffusés pendant l'émission

  • "Decades", Joy Division from "Martin Hannett’s Personal Mixes”, Label Interstate (2007).
  • William Burroughs sur son addiction à l’héroïne, CBC archives, 1977.
  • "Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ" (BWV 177), J-S. Bach, arrangé par Edouard Artemiev, bande originale de Solaris d’Andreï Tarkovski, 1972.
  • JG Ballard sur la science-fiction interviewé par Melvyn Bragg dans The South Bank Show, 2006.

Chroniques

19H20
7 min

Affaire en cours

Une fiction littéraire peut-elle servir de preuve juridique contre son auteur ?
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