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Yan Pei-Ming

Yan Pei-Ming : "Ce qui m'intéresse dans le noir et blanc, ce sont les jeux de lumière"

56 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de l'exposition "Yan Pei-Ming, Au nom du Père", présentée jusqu'au 11 octobre au musée Unterlinden de Colmar, l'artiste peintre d'origine chinoise revient, au micro d'Arnaud Laporte, sur son parcours, ses sources d'inspiration, et les thématiques qui nourrissent son œuvre.

Yan Pei-Ming
Yan Pei-Ming Crédits : Marie Clérin / Yan Pei-Ming ADAGP, Paris, 2021

Jusqu'au 11 octobre 2021 est présentée au musée Unterlinden de Colmar l'exposition "Yan Pei-Ming, Au nom du Père". A l'occasion de cette rétrospective, le peintre d'origine chinoise revient, au micro d'Arnaud Laporte, sur sa carrière, sa formation sensible et ses méthodes de travail.

Une enfance en Chine 

Né en 1960 à Shanghai, Yan Pei-Ming a grandi en Chine, alors en pleine Révolution culturelle. Depuis l’enfance, et notamment en raison de son bégaiement, le langage pictural remplace pour lui la parole. Alors qu’il a 13 ans, il fait la connaissance d’un de ses voisins, peintre de propagande. De plus, en tant que délégué de la classe d’art plastique de son l’école, on lui demande de réaliser des portraits au style ostentatoire pour des affiches officielles. Ainsi, mais également grâce au soutien de ses parents, Yan Pei-Ming commence à peindre. 

Ma mère m’a raconté que j’étais capable de rester pendant des heures pour regarder des gens qui peignaient dans la rue, quand j’étais vraiment tout petit. Je suis passionné par ça. J’avais un voisin qui était peintre amateur et que j’allais voir. J’ai toujours été attiré par les choses faites par la main, je trouve ça magique : avec quelques coups de pinceaux un paysage apparaît.

A la fin des années 1970, après avoir échoué le concours d’entrée de l’Ecole des Beaux-Arts de Shanghai, il profite de l’ouverture de la Chine vers l’extérieur et décide, dans la tradition des étudiants chinois des années 1920, de s’installer à Paris pour y suivre ses études.

Avant cela [la mort de Mao et l'ouverture de la Chine vers l'extérieur], on avait vu des images, des photocopies, ou des photos de photos de photos… Mais alors en 1978, on a fait la queue pendant une nuit entière pour acheter des billets : à l’époque toute la Chine est venue à Shanghai. Cette une exposition qui m’a bouleversé.

Sa formation artistique

Arrivé en France en 1980, il vit quelques temps à Paris où il s’imprègne de culture artistique occidentale, au Louvre et au Centre Pompidou. Puis il s’installe à Dijon, où il travaille dans un restaurant et étudie, à partir de 1981, à l’Ecole des Beaux-Arts. Tout en apprenant le français, il tente de se défaire d’un académisme qui bride sa liberté de création et puise notamment dans le néo-expressionnisme allemand pour trouver un langage pictural qui lui soit propre. Puis Yan Pei-Ming étudie à l’Institut des Hautes Etudes en Arts Plastiques de Paris où il suit notamment l’enseignement de Pontus Hulten. 

C’est en 1988 qu’a lieu sa première exposition d’importance, au musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Puis, en 2003, il se fait remarquer à la Biennale de Venise : Yan Pei-Ming fait désormais partie de la scène contemporaine internationale. 

Son langage pictural

Le travail de Yan Pei-Ming se distingue tout d’abord par les formats monumentaux qu’il emploie, instaurant ainsi un rapport physique entre le spectateur et ses œuvres. Sa peinture, elle aussi très physique, est constituée de larges touches entrecroisées et superposées, réalisées dans un geste énergique, presque violent, dans une sorte de corps à corps entre le peintre et sa toile. De plus, sa production artistique est essentiellement monochrome : utilisant du blanc, du noir, d’innombrables nuances de gris et parfois aussi des couleurs, surtout le rouge, il se distingue comme peintre de l’ombre et de la lumière, un peintre de la valeur par excellence. Enfin, en raison de son parcours et des sources d’inspiration qu’il y a trouvé, sa peinture crée des ponts entre la tradition et la modernité, entre l’Orient et l’Occident. 

Quand je suis arrivé en France j’essayais de faire des esquisses, mais souvent l’esquisse était plus vraie que la peinture, alors j’ai supprimé l’esquisse et maintenant je fais l’esquisse dans la peinture, comme ça je peux changer et modifier avec la peinture :  ainsi, tous les doutes sont dans la peinture.

J’ai beaucoup étudié la peinture de Van Gogh. Quand j’étais étudiant à l’Ecole des Beaux-Arts de Dijon, on a organisé un voyage à Amsterdam et j’ai acheté une affiche à peu près de la taille de la peinture réelle et j’ai mesuré combien de coups de pinceau il fallait pour remplir une toile. Et je me suis dit que si j’agrandissais la toile, il fallait un outil d’une taille appropriée.

Le noir et blanc, c’est ce qui m’intéresse, c’est l’ombre et la lumière. Je suis fasciné par les jeux de lumière. (…) Et le rouge c’est le sang, mais aussi le bonheur.

Parmi son importante production artistique, Yan Pei-Ming a réalisé de nombreux portraits de Mao, ainsi que d’autres grandes personnalités du monde contemporain, nous confrontant ainsi à nos figures emblématiques, en en soulignant la grandeur, tout en cherchant à désacraliser ces mythes. Passant d’une figure paternelle à une autre, il a également peint à de nombreuses reprises son père, notamment dans les années 1990 avec la série Portrait d’un inconnu. Cherchant à mettre en évidence la gravité humaine, il représente également des figures d’opprimés, des brigands, des prostituées, tendant vers une forme d’universalité à travers la représentation de ces figures qu’il traite de manière semi-allégorique. Dans une démarche de quête identitaire, il a également réalisé de nombreux autoportraits, notamment le célèbre Nom d’un chien ! Un jour parfait en 2012. A travers son œuvre, tourmentée et exhalant l’angoisse, Yan Pei-Ming travaille donc à la représentation de la violence du monde contemporain.

J’ai tellement envie d’être éternel, j’ai la peur de disparaître un jour, et l’autoportrait c’est le témoignage de l’âge qui avance. Je ne sais pas combien de temps il me reste pour vivre, mais l’autoportrait revient toujours.

Son actualité : l'exposition "Yan Pei Ming – Au nom du père" est présentée jusqu’au 11 octobre 2021 au Musée Unterlinden de Colmar. Commissariat d'exposition : Frédérique Goerig-Hergott.
"Tigres et vautours", double exposition à Avignon, du 19 mai au 31 janvier 2022 dans la Grande Chapelle du Palais des Papes, et du 26 juin au 26 septembre à la Collection Lambert.
"Autoportraits" à la Galerie Thaddeus Ropac à Paris jusqu’au 31 juillet.

Sons diffusés pendant l'émission

  • Annonce de la mort de Mao, extrait du journal de 20h présenté par Daniel Bilalian, diffusé sur Antenne 2, le 9 septembre 1976.
  • Reportage sur le Centre Pompidou deux jours avant son inauguration, archives de l’INA, 29 janvier 1977.
  • "Yumeji’s Theme" composé par Shigeru Umebayashi, bande originale de In the Mood For Love, Wong Kar-Wai, 2000.
  • "Just A Perfect Day", Lou Reed, Transformer, 1972.

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