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Zoé Valdès

Zoé Valdès : "Je n'ai jamais abandonné Cuba grâce à l'écriture"

39 min
À retrouver dans l'émission

En mars 2021 à l'occasion de la parution de son roman Un Amour grec, toujours disponible aux Editions Arthaud (traduction Aymeric Rollet), la romancière et poète Zoé Valdès, grande portraitiste de la société cubaine, revenait sur son parcours marquée par la dictature castriste et son exil en France.

Zoé Valdès
Zoé Valdès Crédits : Patrick Gaillardin

A l’occasion de la parution de son dernier roman, Un amour grec, le 13 janvier aux éditions Arthaud, l’écrivaine cubaine Zoé Valdès revient au micro d’Arnaud Laporte sur son parcours où s’entremêlent l'exil et l’écriture. 

Depuis cette émission, inspirée par une nuit passée dans le musée Thyssen-Bornemisza, à Madrid, Zoé Valdes a publié Les Muses ne dorment pas aux éditions Stock (traduction Albert Bensoussan). 

Une enfance dans La Havane des années 1960 

Zoé Valdès naît en 1959, l’année de l’accession au pouvoir de la Révolution cubaine. Son enfance dans La Vieille Havane est marquée par la pauvreté et la répression politique mais aussi par la littérature et le cinéma. Elevée par sa mère, sa tante et sa grand-mère, elle cultive une certaine liberté et trouve rapidement refuge dans la lecture et l’écriture.

Quand j’ai vu Les Demoiselles de Rochefort, j’ai voulu être dans ce film. Cet univers m’a sauvée, avec cette musique, ces deux femmes audacieuses, cette couleur au milieu du communisme et de la grisaille… ce film-là m’a apporté des choses différentes, un autre monde, on voyait que les gens respiraient d’une autre façon. C’est un film qui m’a changé la vie.

Une vie d’exil

Après des études de philologie, Zoé Valdès passe quelques années à Paris, où elle travaille pour la mission cubaine à l’Unesco. De 1984 à 1988, elle apprend ainsi à vivre dans un pays libre. A son retour à Cuba, elle fréquente des milieux artistiques dissidents et souvent réprimés, cherchant à changer le système de l’intérieur : elle est notamment responsable de la revue de cinéma Cine Cubano et est scénariste pour l’Institut Cubain des Arts et de l’Industrie Cinématographique. C’est la publication de son roman Le Néant quotidien (Actes Sud, 1995), condamné par le régime, qui la pousse définitivement à l’exil. 

L’écriture comme remède à l’exil

Dans la vingtaine de romans qu’elle a publiés depuis, mais aussi dans ses recueils de poésie, le pays qu’elle a quitté est omniprésent. Elle raconte sa vision de Cuba, qui n’est ni la version officielle de Castro, ni La Havane des cartes postales touristiques. Elle se plaît à rêver le Cuba d’avant la Révolution et raconte enfin l’exil, le sien et celui des milliers de cubains qui ont quitté leur île pour Miami. La violence, les pénuries et la misère y côtoient la poésie du quotidien et la sensualité des corps. Si la littérature lui a permis de conquérir sa liberté, elle lui est donc aussi précieuse pour continuer de faire vivre le Cuba qui est en elle.

Je fais - comme le dit Marguerite Yourcenar - un travail d’attention. J’ai eu pas mal d’amis qui ont subi des choses que je n’ai pas vécues parce qu’on ne peut pas tout vivre. Mais quand on commence à écrire sur ces choses-là, c’est aussi une façon de vivre ce que les autres ont vécu. C’est un travail que l’écrivain doit faire : on rentre dans la peau des autres et on devient les autres.        
[…] Je me rends compte tout de suite de ce qui vaut la peine d’être raconté quand j’entends une voix, une histoire, quand je vois un regard. Parfois un regard m’a donné tout un roman. Ce travail d’attention dont parle Yourcenar, c’est le vrai mobile de l’écrivain.

Sons diffusés pendant l'émission :

  • El canon de las 9 à La Havane
    L'Alarme du 1er mercredi du mois en France
  • Extrait des Demoiselles de Rochefort (Jacques Demy, 1967)
  • "Perra", Attys Luna & Sinqa
  • Extrait de l'interview de Marguerite Yourcenar, "Le paradoxe de l'écrivain", 1981.

Rediffusion de l'entretien du 15 mars 2021

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