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People gather as Lebanon's Prime Minister Saad Hariri makes a public appearance at his home 'Beit al-Wasat' November 22, 2017 in Beirut, Lebanon. Hariri arrived early Wednesday to participate in the official celebration of Lebanese Independence Day

Le Liban face aux urnes

58 min
À retrouver dans l'émission

Le Liban, qui accueille les réfugiés fuyant la guerre en Syrie va mal, craque sous toutes les coutures. Le pays est l'arrière-cour du duel entre l'Iran et l'Arabie Saoudite, sous l’œil d'Israël. Avant les élections, quelle est la situation politique et régionale au Liban? Qu'attend la jeunesse ?

People gather as Lebanon's Prime Minister Saad Hariri makes a public appearance at his home 'Beit al-Wasat' November 22, 2017 in Beirut, Lebanon. Hariri arrived early Wednesday to participate in the official celebration of Lebanese Independence Day
People gather as Lebanon's Prime Minister Saad Hariri makes a public appearance at his home 'Beit al-Wasat' November 22, 2017 in Beirut, Lebanon. Hariri arrived early Wednesday to participate in the official celebration of Lebanese Independence Day Crédits : Salah Malkawi/ Getty Images - Getty

Avec Karim Emile Bitar, directeur de recherche à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) et professeur de relations internationales à l’université Saint-Joseph de Beyrouth, il a notamment publié "Les Libanais ont toujours l’impression d’être dans un entre-deux-guerres" Interview de Karim Émile Bitar - Le Monde. Il a co-dirigé avec Clotilde de Fouchécour  Le cèdre et le chêne : De Gaulle et le Liban, les Libanais et de Gaulle chez Geuthner en 2015.

Jean-François Daguzan, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (Paris) et de la revue Maghreb Machrek. Il a co-dirigé avec Stéphane Valter Les armées du Moyen-Orient face à Daesh, MA éditions (en 2016) et il a publié, en 2015, La fin de l'Etat-nation ? de Barcelone à Bagdad (CNRS Editions). 

Depuis Beyrouth, Sahe al-Attar, Directrice du mensuel économique libanais, Le Commerce du Levant.

Depuis Beyrouth également, Georges Haddad, chercheur analyste pour le Centre de recherche Synaps. Tous ses articles sont disponibles sur le site de Synaps.

Pour prolonger :

A lire notamment dans le dossier coordonné par Rosalie Berthier,  "Lebanese economy watchdog" publié en anglais sur le site de Synaps :

Les élections du 6 mai au Liban, vues par la presse libanaise, iranienne et israélienne

La chronique d'Eric Chol, Directeur de la Rédaction de Courrier Internationale

Dans le climat de tension régionale, le score du parti  du Hezbollah va être scruté de très près …

Le mouvement chiite libanais est, on le sait, une créature de l’Iran, et donc le nombre de voix et le nombre de députés qu’il va engranger, dimanche, vont faire l’objet d’une lecture politique avec une dimension régionale. Ce qu’on va tenter de mesurer, à travers ce scrutin, c’est l’importance et l’influence du Hezbollah.

Pictures of Michel Suleiman, Imad Mughniyeh, Hasan Nasrollah and Mohammad Mahmud Vahid, a martyred Hezbollah fighter, are posted on the wall, on a street corner in southern suburbs of Beirut, Lebanon.
Pictures of Michel Suleiman, Imad Mughniyeh, Hasan Nasrollah and Mohammad Mahmud Vahid, a martyred Hezbollah fighter, are posted on the wall, on a street corner in southern suburbs of Beirut, Lebanon. Crédits : Kaveh Kazemi/Getty Images - Getty

L’activisme régional de ce mouvement est devenu un vrai sujet d’inquiétude au Liban. Selon un éditorialiste de L’Orient-le-Jour, les graves accusations qui ont été lancées, le weekend dernier, par le gouvernement marocain contre le Hezbollah - à propos de l’implication du parti chiite dans la livraison d’armes au Front Polisario-, ne sont que la dernière illustration de ses ambitions régionales.

Le quotidien de Beyrouth le rappelle : le Hezbollah a tendance a être partout. En Syrie bien- sûr, où il participe à la guerre aux côtés de Bachar al-Assad,  mais aussi au Yemen où il aide les Houthis ou encore à Bahrein, où il soutient l’opposition.

Pour Michel Touma de L’Orient-le-Jour, 

"ces exemples démontrent que pour le Hezbollah, son champ d’action s’étend à l’ensemble du Moyen-Orient et même au-delà, le Liban ne représentant qu’un simple tremplin à cet égard."

Mais selon lui, ce qui se joue actuellement sur le plan régional, et notamment à la lumière de la montée de la tension israélo-iranienne, doit ouvrir les yeux des électeurs demain. Pour Michel Touma , l’auteur de cet éditorial paru le 4 mai 2018 et titré "une nécessaire clairvoyance", c’est bien là l’enjeu principal du scrutin : c’est pourquoi il appelle à voter- 

"de manière à empêcher le Hezbollah et ses alliés d’obtenir un trop grand bloc parlementaire, le but étant de contrer les effets des aventures guerrières du parti chiite et, surtout, de juguler la politique d’obstruction qu’il pratique au niveau de l’édification d’un État central souverain".

Comment du côté d’Israël, regarde-t-on cette élection ?

Pour Israël, le Hezbollah est l’ennemi juré. L’Etat hébreu suit évidemment de très près cette élection. Le journal Haaretz se demande si le nouveau système électoral mis en place à l’occasion du scrutin va profiter au Hezbollah. Ce qui intéresse le quotidien de Jérusalem, c’est évidemment le jeu d’influences régionales

"L’Iran et l’Arabie saoudite retiennent leur souffle", titre le journal, pour qui l’enjeu du vote de demain peut se résumer par la question suivante : "est ce que le Liban va devenir Iranien ou arabe ?"

Mais attention, avertit le journal, le point déterminant pour l’Iran et l’Arabie saoudite ne sera pas uniquement le résultat de l’élection, mais bien la composition du gouvernement qui sortira des urnes. Le journal israélien rappelle que selon toute probabilité, Saad Hariri restera premier ministre. 

"Paradoxalement, cela n’entamera pas la légitimité du Hezbollah, qui aura des représentants dans le nouveau gouvernement, juge le journaliste de Haaretz.  Si Hariri est reconduit  au poste de premier ministre, il faudra voir qui sont ses alliés, dans quelle mesure, il est capable de conduire une politique économique et militaire et quelles forces pourra exercer le Hezbollah sur lui".

Concernant Israël, pas de grand changement à attendre de ce scrutin, estime le journaliste de Haaretz, dans la mesure où les forces politiques qui gouvernent le Liban resteront inchangées. 

"Un nouveau gouvernement ne fera pas disparaître la menace que représente le Hezbollah pas plus qu’il n’agira pas pour désarmer le mouvement », écrit l’auteur. 

Réaliste, le correspondant de Haaretz à Beyrouth conclut :  

"Le vrai équilibre des pouvoirs entre Israël et le Liban dépend plus des résultats de la guerre en Syrie que d’une élection au Liban".  

Et que dit la presse iranienne ?

La presse de Téhéran s’intéresse elle aussi aux jeux d’influences au Liban, mais cette fois-ci en regardant plutôt du côté de l’Arabie saoudite, C’est ce que fait le journal économique Donya-e eqtesad, qui note la bonne entente affichée de nouveau entre Riyad et le Premier ministre Saad Hariri, favori du scrutin. Pour le quotidien iranien, Riyad continue à mettre la pression sur Hariri pour empêcher tout accommodement avec le Hezbollah, dans l'espoir d'empêcher Téhéran de peser sur la politique libanaise. La plupart des journaux iraniens s'interrogent sur le poids de la coalition chiite Al-Mustaqbal dans les élections, tentant des projections plus ou moins favorables, en fonction du poids du vote sunnite.

Intervenants
  • Directeur de l'Institut des Sciences politiques de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.
  • Directrice du journal "Le Commerce du Levant"
  • Docteur en droit et en sciences politiques, directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) et professeur associé à l'Université de Paris II Panthéon-Assas
  • Chercheur analyste pour le Centre de recherche Synaps
  • Directeur de la rédaction de l'Express
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