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"Grab 'em by the midterms", Womens March, Seneca Falls, NY, 20 janvier 2018

Etats-Unis : la guerre des sexes

59 min
À retrouver dans l'émission

Dans l'actualité du débat autour de la confirmation du juge Brett Kavanaugh, candidat à la Cour suprême, accusé d'abus sexuels, quelles sont les déchirures de la société américaine avant les élections midterms?

"Grab 'em by the midterms", Womens March, Seneca Falls, NY, 20 janvier 2018
"Grab 'em by the midterms", Womens March, Seneca Falls, NY, 20 janvier 2018 Crédits : Wikicommons/Marc Nozell

Autour de Christine Ockrent :

Mark Lilla, essayiste et professeur de sciences humaines à Columbia University. Il vient de publier La gauche identitaire : l'Amérique en miettes chez Stock et aussi Le Dieu mort-né : la religion, la politique et l'Occident moderne (Seuil, 2010). 

Christine Blasey Ford accuse Brett Kavanaugh, le candidat de Donald Trump à la Cour Suprême de l’avoir agressée sexuellement, lorsqu’ils étaient lycéens, il y a 36 ans. Quel est l'impact sur la campagne des midterms. Qu’est-ce qui se passe dans la société américaine?

"Dans le banc des accusés, ce n’est pas le juge Kavanaugh, c’est l’histoire, c’est l’histoire des relations entre les hommes et les femmes, c’est une sorte d’ expiation, une expiation de nos péchés, ce qu’on avait fait aux femmes.  Il y a une identification totale, entre les femmes aux Etats-Unis et Madame Ford. Comme si, quand elle parle, elle racontait la propre histoire des femmes… Il y a un mélange toujours de l’histoire des femmes et de l’histoire personnelle de cette femme, de sa situation. C’est un monde extraordinaire... Vous vous souvenez des caricatures dans l’affaire Dreyfus, on voit une famille à table, tout va très bien et, quelqu’un mentionne le nom de Dreyfus et tout d’un coup, tout éclate. C’est un peu comme ça maintenant... C’est très difficile pour les couples, pour les hommes et les femmes, de discuter de manière raisonnable, nos filles, etc… Cela a l’air comme un cirque, mais c’est aussi une façon d’assimiler notre histoire."

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Lauric Henneton, historien, maître de conférence à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il a notamment publié La Fin du rêve américain, chez Odile Jacob en 2017 et une  Histoire religieuse des États-Unis (chez Flammarion, en 2012) 

Depuis Radio France Lyon, Vincent Michelot, professeur d’histoire politique des Etats-Unis à Sciences-Po Lyon. Il a dirigé avec Olivier   Richomme  Le bilan d'Obama, aux Presses de Sciences Po, en 2012 et il a publié Le président des États-Unis, un pouvoir impérial ? en chez Gallimard, collection "Découvertes", en 2008.

La dynamique est très complexe, puisqu’on a, à la fois, une guerre des sexes et une guerre partisane, qui est en train de dégénérer vers du tribalisme partisan. On ne parle plus d’adversaire politique, on parle d’ennemi qu’il faut abattre, avec en plus, un président des Etats-Unis qui attise constamment les braises. 

L’écart partisan (le gender gap) entre le vote des hommes et des femmes se creuse considérablement . Aujourd’hui, à peu près 34 % des femmes simplement voteraient pour le parti Républicain, alors qu’à l échelle nationale, ce seraient 53 % des hommes. Le gender gap atteint un écart qui n’a jamais été aussi important. 

On le voit aussi dans les mobilisations avec un parti Républicain qui choisit quasiment d’abandonner le vote des femmes pour se reporter sur un segment plus fiable de l’électorat, qui est celui des évangéliques chrétiens et  des chrétiens fondamentalistes. 

Il faut s’appuyer sur des réalisations et une nomination à la Cour suprême des Etats-Unis qui sera particulièrement transformatrice, au sens où elle fait clairement basculer la cour vers une jurisprudence très conservatrice. C’est ce cadeau qu’attendaient les électeurs fondamentalistes chrétiens, c’est ce cadeau qu’ils attendaient, non pas depuis l’élection de Donald de Trump, des Bush… mais depuis l’élection de Richard Nixon. Enfin les conservateurs chrétiens ont un président à la Maison Blanche qui leur donne ce que ses prédécesseurs leur avaient promis, à savoir des nominations judiciaires parfaitement conservatrices, calibrées, assurées qui vont avoir un impact énorme sur le judiciaire américain, pas seulement la Cour Suprême, mais aussi les tribunaux inférieurs…

Et depuis Washington, Karlyn Bowman, analyste d’opinion américaine, membre senior de l'American Enterprise Institute.

Brett Kavanaugh and Mike Pence se rendent au Capitol à la rencontre des membres du Sénat, 10 juillet 2018
Brett Kavanaugh and Mike Pence se rendent au Capitol à la rencontre des membres du Sénat, 10 juillet 2018 Crédits : Wikicommons/Office of the Vice President

Le controversé juge Kavanaugh et l’image de la Cour Suprême.

La revue de presse d'Eric Chol, Directeur de la Rédaction de Courrier International

La confirmation très propbable par le Sénat de la  nomination du juge Kavanaugh risque de porter atteinte à l’image de la Cour Suprême. 

C’est d’ailleurs bien ce que reproche un éditoraliste de The Economist au camp Républicain, un camp dont l’ambition dans cette affaire se résume à vouloir déplacer le curseur politique de la Cour Suprême vers la droite. Cette nomination, qui devrait être confirmée aujourd’hui, conférerait à l’institution américaine un biais sexiste, entretenu par une majorité masculine et conservatrice, explique le journal.

L’auteur envisage  les conséquences de cette droitisation

ce serait, écrit-il « la possibilité de juger des sujets sensibles liés au genre  - et en particulier  le droit à l’avortement – d’une façon qui serait détestée par la plupart des femmes. » 

Et le journaliste de The Economist poursuit : 

« Le coup porté à l’image de la Cour Suprême serait dramatique ».

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La Cour Suprême occupe une position centrale dans le système américain?  

Ce rôle est relativement récent. The Economist rappelle que pendant très longtemps, la plus haute autorité du pays a été considérée comme une voie de garage par la classe politique américaine, au point d’ailleurs, raconte l’hebdomadaire, que John Rutledge, l’un des tous premiers juges à êtres nommés par Georges Washington a préféré démissionner pour devenir chef de la justice en Caroline du Sud. 

Depuis, les choses ont changé, puisqu’effectivement la Cour Suprême occupe désormais, « une place centrale mais  de moins en moins tenable dans la vie américaine » juge The Economist

Car cette position au centre des pouvoirs est largement la conséquence des blocages politiques américains. Avec un Congrès incapable de passer des compromis politiques clairs pour adopter des lois, « le pouvoir s’est déplacé du coté de l’exécutif et du judiciaire », souligne The Economist.  Et c’est ainsi que des sujets qui devraient être décidés dans les urnes, comme, par exemple, l’avortement ou le mariage gay sont devenus des affaires juridiques tranchées par neuf juges non élus, regrette le journal. Et si la situation paraît aujourd’hui intenable, c’est  précisément à cause de cette politisation croissante de la  Cour Suprême. Or avec l’arrivée du neuvième juge, Brett Cavanaugh, le collège de la Cour Suprême va clairement du côté conservateur, ce que réclamait Donald Trump.

Peut-on en sortir ? 

C’est en tout cas ce que souhaitent les Américains, rappelle le correspondant à Washington de Radio Canada. Un sondage récent par l’Université Quinnipiac montrait que 68 % des Américains jugeaient que le processus était devenu trop partisan. 

Le problème, explique de son côté  The Economist, c’est que le processus de nomination est devenu encore plus toxique et qu’il agit comme un cliquet politique, qui est mauvais pour le pouvoir judiciaire comme il est mauvais pour le pays, insiste le magazine. 

Parmi les différentes pistes de réformes, il y en a une esquissée par le journal : les neuf juges de la Cour Suprême seraient non plus nommés à vie, comme c’est le cas actuellement, mais pour un mandat unique de 18 ans,  avec un échelonnement dans le temps pour ces nominations. Cela donnerait à chaque président la possibilité de choisir deux juges. Comme le dit l’hebdomadaire, cette solution garantirait à « chaque mandat présidentiel d’avoir le même  impact sur la Cour Suprême et aucun juge ne resterait sur son siège pendant 30 ou 40 ans ». De quoi revitaliser cette autorité, dont l’age moyen des juges était, jusqu’au dernier changement, de plus de 68 ans. 

Intervenants
  • historien des idées, essayiste, enseignant à l'Université Columbia de New York
  • Maître de conférences en civilisation des pays anglophones à l’Université de Versailles Saint-Quentin et chroniqueur au magazine Rolling Stone
  • professeur d’histoire politique américaine à l'Institut d’Etudes Politiques de Lyon.
  • Analyste d’opinion américaine, membre senior de l'American Enterprise Institute
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