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: Turkish muslim men hold placards and chant slogans during a protest against a Syrian military operation in the rebel-held Idlib province of northwest Syriain front of the Fatih mosque in Istanbul on September 7, 2018.

Syrie

59 min
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Quel est le sort qui attend la région rebelle d'Idlib, au Nord-Ouest de la Syrie? L'ONU, les Occidentaux craignent un "bain de sang", dans un contexte de faillite du système international de sécurité. Qu'est-ce qui s'est décidé au sommet de Téhéran, réunissant les Russes, les Turcs et les Iraniens?

: Turkish muslim men hold placards and chant slogans during a protest against a Syrian military operation in the rebel-held Idlib province of northwest Syriain front of the Fatih mosque in Istanbul on September 7, 2018.
: Turkish muslim men hold placards and chant slogans during a protest against a Syrian military operation in the rebel-held Idlib province of northwest Syriain front of the Fatih mosque in Istanbul on September 7, 2018. Crédits : Yasin AKGUL / AFP - AFP

Qui va financer la reconstruction de la Syrie, dont la population a été massacrée, le pays saccagé?

Karim Emile Bitar, directeur de recherche à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) et professeur de relations internationales à l’université Saint-Joseph de Beyrouth. Ses articles et interviews sont présentés sur le site de l’Iris et il a co-dirigé avec Clotilde de Fouchécour  _Le cèdre et le chêne : De Gaulle et le Liban, les Libanais et de Gaulle_chez Geuthner en 2015. 

Dorothée Schmid, directrice du programme « Turquie/Moyen-Orient » de l'Institut français des relations internationales (lfri). Elle a notamment publié  La Turquie en 100 questions, chez Tallandier en 2017 et elle a contribué au Dossier RAMSES 2019 : Iran/Arabie Saoudite : le duel RAMSES 2019, septembre 2018.

par téléphone,

Robert Malley, Président de l'International Crisis Group, il a travaillé au Conseil de Sécurité Nationale sous le second mandat de Barack Obama (itw préenregistrée). Crisis Group vient de publier le dossier intitulé “Saving Idlib from Destruction

Et François Burgat, politologue, directeur de recherches au CNRS (à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, l'IREMAM, à Aix-en-Provence), il a été directeur de l'Institut français du Proche-Orient (Ifpo) de mai 2008 à avril 2013. Il vient de publier dans Libération,  la tribune, "Syrie : Idlib, vraiment la dernière bataille ?", 4 septembre 2018. Il a dirigé avec Laurent Bonnefoy, le dossier “Avec ou sans les Frères : les islamistes arabes face à la résilience autoritaire” dans Critique internationale, n° 78, aux Presses de Sciences Po, mars 2018. Il a notamment publié, Comprendre l'islam politique : une trajectoire de recherche sur l'altérité islamiste, 1973-2016,  chez La Découverte, en 2016.

La chronique d'Eric Chol de Courrier International

Eric Chol, directeur de la Rédaction de Courrier International

Russian President V. Putin, Iranian President H. Rouhani, & Turkish President R. T. Erdogan attend a press conference after their meeting in Tehran, Iran 7 Sept. 2018. They meet to decide the future of Idlib in Syria
Russian President V. Putin, Iranian President H. Rouhani, & Turkish President R. T. Erdogan attend a press conference after their meeting in Tehran, Iran 7 Sept. 2018. They meet to decide the future of Idlib in Syria Crédits : EPA/MIKHAIL KLIMENTYEV/SPUTNIK/KREML / POOL - Maxppp

Les dirigeants iraniens, russes et turcs se sont réunis hier à Téhéran : il était prévu qu'ils parlent de la reconstruction de la Syrie, mais les discussions ont surtout concernés Iblid, dernière poche rebelle en Syrie. Quel est état des lieux de la Syrie après 7 années de guerre ? 

Tout d’abord comme le rappelle le journal allemand Der Spiegel, cette guerre n’est pas terminée même si, 

« les perdants sont déjà identifiés :  Il s’agit, écrit le journal, de tous ceux qui se sont levés contre le régime d’Assad. Mais au bout du compte, nous dit le Spiegel, c’est l’ensemble du pays qui a perdu ».  

Car le bilan donné par le journal est catastrophique : entre 400 et 500 000 morts,  5 millions et demi de Syriens qui ont fui vers des pays limitrophes ou ailleurs, sans parler des 6 millions et demi de déplacés à l’intérieur du pays.  

Quant à la situation de la Syrie, elle tout simplement catastrophique. Selon journal américain The Nation, un tiers des logements ont été endommagés ou détruits, de même que les  deux tiers des établissements médicaux ou des écoles. L’économie, elle, est moribonde. Selon la Banque mondiale, 60% des Syriens vivent dans un état d’extrême pauvreté, un ratio qui était inférieur à 13% en 2007. Et la facture de la reconstruction est estimée à plus 250 milliards de dollars. 

Qui est en mesure de payer ? 

D’un côté il y a les pays, nombreux, qui veulent profiter de la future manne de la reconstruction, et de l’autre, beaucoup plus rares, ceux qui sont prêts à débourser de l’argent pour la Syrie. Comme le résume le Spiegel, 

« le montant est si élevé que ni le régime syrien ni ses alliés ne sont disposés à s’en acquitter. La Russie aimerait que l’Occident participe, mais l’Occident veut qu’Assad se retire d’abord du pouvoir. L’argent est le dernier atout dans la manche de l’Occident. ». 

A condition bien sur que l’Europe ou les États-Unis soient effectivement prêts à signer des chèques. Or pour le moment, rappelle The Nation,  le gouvernement syrien reste l’objet de sanctions de l’Occident.

Certes la Syrie reçoit bien une aide humanitaire,  et  les gouvernements occidentaux sont d’ailleurs les premiers donateurs, mais cette aide exclut l’effort de reconstruction. 

« Sans l’argent de l’Occident, insiste The Nation, cette dernière sera plus lente et insuffisante ». 

Certains pays ont bien promis leur aide, comme la Chine, qui a annoncé un financement de 23 milliards de dollars, mais ce plan ne concerne pas uniquement  la Syrie mais tous les États Arabes et surtout, insiste The Nation, comparé à l’ampleur des besoins, c’est une goutte d’eau. 

L’Occident peut-il négocier son aide ? 

C’est en tout cas ce que souhaiterait Kenneth Roth, le président de l’organisation Human Rights Watch, auteur d’une tribune dans le quotidien britannique The Independent. Il écrit : 

"avant que l’on dépense 250 milliards de dollars pour reconstruire la Syrie, on devrait obliger Poutine à mettre fin à ces tueries et ces destructions"

Kenneth Roth en est convaincu : la Russie de Vladimir Poutine est affaiblie sur le plan économique  et elle n’a pas les moyens d’apporter son aide à la Syrie. 

Or rapporte cette fois-ci le journal russe Nezavissimaïa Gazeta,  si la Russie estime que la guerre touche à sa fin, elle est aussi persuadée que seules les destructions font obstacle au retour des réfugiés. C’est pour cette raison que Vladimir Poutine propose à l’Europe de financer la reconstruction de la Syrie pour précisément permettre le retour des réfugiés. Mais Kenneth Roth de Human Right Watch se méfie de ce marchandage: 

« tant que Poutine n’aura pas convaincu le gouvernement syrien de démanteler sa machine de répression et de mort, et de livrer ses auteurs à la justice, ce n’est pas la perfusion d’une aide à la reconstruction qui persuadera les réfugiés de rentrer en Syrie. » 

Intervenants
  • professeur de Sciences politiques de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ, Liban) , spécialiste du Proche et Moyen-Orient.
  • Chercheuse, responsable du programme Turquie contemporaine et Moyen-Orient de l'IFRI
  • politologue, directeur de recherches au CNRS (Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman / IREMAM – Aix en Provence)
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