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Venezuela,  lack of medicines & treatment in the hospitals : nurses, doctors & patients protest in front of the World Health Organization offices (Caracas). The government led by Maduro still does not solve the problem in the health sector, 30.07.18

Venezuela, la descente aux enfers

58 min
À retrouver dans l'émission

Grave crise humanitaire, politique et économique, au Venezuela, le pays est en perdition. Les Vénézuéliens, qui se retrouvent démunis dans la peur et l'insécurité, face à un Etat très violent qui rejette l'aide humanitaire, fuient en masse dans les pays voisin et en premier lieu en Colombie.

Venezuela,  lack of medicines & treatment in the hospitals : nurses, doctors & patients protest in front of the World Health Organization offices (Caracas). The government led by Maduro still does not solve the problem in the health sector, 30.07.18
Venezuela, lack of medicines & treatment in the hospitals : nurses, doctors & patients protest in front of the World Health Organization offices (Caracas). The government led by Maduro still does not solve the problem in the health sector, 30.07.18 Crédits : Roman Camacho/SOPA Images/LightRocket via Getty Images - Getty

Avec Paula Vasquez Lezama, chargée de recherche CNRS au LADEC (Laboratoire d’Anthropologie des Enjeux Contemporains à l’ENS Lyon). Elle a publié _Le chavisme : un militarisme compassionnelaux Editions Maison des sciences de l'homme, en 2014 et elle a dirigé le stimulant numéro de la revue Les Temps modernes_, “Venezuela 1998-2018 : le pays des fractures (Gallimard en 2017).

Jadis riche, grâce au pétrole, le Venezuela, confronté à une violente crise et l'hyperinflation est en perdition :

On a 8 zéro de moins qu’avant l’arrivée de Chavez… Tant qu’il n’y aura pas de changement politique, il n’y aura pas de solution économique… On ne voit chez Maduro aucune volonté de  mettre en place quelque chose qui puisse corriger les distorsions profondes de l'économie vénézuélienne.  L’hyperinflation continue, même si on enlève les zéros… C’est une question de confiance dans la monnaie qui est complètement minée… La valeur des choses est en soi détruite… 

C’est un pays très surréaliste ; rien ne vaut de ce qui devrait valoir. La signification de la monnaie, elle même, et de la valeur e a été anéantie dans cette crise. Cela fait 3 ans que cela dure déjà. On est dans une sorte de climax aujourd’hui. C’est quelque chose qui s’est instauré petit à petit… On est dans quelque chose de beaucoup plus profond et qui nuit vraiment à la population qui ne peut pas se payer les médicaments, l’école, les biens…

François Héran, anthropologue-démographe, professeur au Collège de France, Directeur de l’Institut Convergences Migrations.  Il a notamment publié Avec l’immigration, Mesurer, débattre, agir, aux éditions La Découverte, en 2017. Sa Leçon inaugurale au Collège de France Migrations et sociétés  sera publiée fin octobre chez Fayard. Ses cours viennent d’être diffusés sur France Culture.

Face à cet état de faillite, "c'est un exode de très grande ampleur pour le Venezuela... Une migration de refuge".

Tout le monde migre au Venezuela... 

C'est un bouleversement inouï pour les Vénézuéliens (le Venezuela était jadis un pays d'immigration). L'Argentine est un des pays les plus accueillants. Le Pérou et l'Equateur demandent la possession de passeports qui sont très chers... 

30 /40% des Vénézuéliens vont en Colombie... L'élite va plutôt en Argentine.

Plus de la moitié des Vénézuéliens qui quittent leur pays définitivement, disent qu'une de leurs raisons de migrer, c’est l’absence de médicaments… Mais  la première des raisons qui est citée, c'est l'insécurité, les 3/4 disent que c’est à cause de l’insécurité, de la peur pour leur personne,  puis dans les raisons intermédiaires, c’est la faim, le stress…

"Les associations humanitaires subissent les attaques extrêmement violentes du régime, le HCR aussi. La situation est extrêmement difficile pour les humanitaires" au Venezuela.

"Le pays clé dans cette crise, c’est la Colombie… c’est elle qui reçoit le plus grand effectif de migrants et qui connait le mieux le Venezuela de longue date..."

Par téléphone depuis Nice, Isabelle Vagnoux, professeur à l’université d’Aix-Marseille, membre du Laboratoire d’études et de recherche sur le monde anglophone (LERMA) et Rédactrice en chef de la revue IdeAs, Idées d'Amérique,  elle a notamment coordonné le numéro États-Unis – Cuba : Une nouvelle donne ? automne-hiver 2017-2018.

Des Vénézuéliens ont demandé l'intervention des Etats-Unis

Malgré le lobby cubain en faveur de l'intervention à Washington, "le département d’Etat et de la Défense ne sont pas pressés d’intervenir, ils pousseraient pour une solution humanitaire internationale", une "action multilatérale"…

"Les Colombiens reçoivent en premier des flots de migrants. L'aide humanitaire des Etats-Unis va au Venezuela, mais aussi à la Colombie" qui accueille cet exode."

"Pour ne pas apparaitre au premier rang dans cette crise, peut-être que Washington poussera un autre pays." "Le Canada a souvent joué les intermédiaires, ces dernières années.

Par téléphone depuis Mexico, Isabelle Rousseau, professeur, au Centre des Etudes Internationales, au Colegio de México, coordinatrice du Programme  de l’Energie et chercheuse associée au Ceri. Elle a notamment publié "Le pétrole au coeur de la crise vénézuélienne" dans  Les grands dossiers de Diplomatie. Focus. N0. 43. Fév- Mars 2018. pp. 94-95.

"La Russie est très intéressée par les actifs au Venezuela. Il y a une sorte de jeu entre la Russie et la Chine qui s’est un peu lassée de la corruption au Venezuela…" "La grande crainte des Etats-Unis, c’est d’avoir ces deux puissances dans son pré carré".

BEIJING, CHINA - SEPTEMBER 14: China's Premier Li Keqiang (R) shakes hands with Venezuelan President Nicolas Maduro during their meeting at the Great Hall of the People on September 14, 2018 in Beijing, China.
BEIJING, CHINA - SEPTEMBER 14: China's Premier Li Keqiang (R) shakes hands with Venezuelan President Nicolas Maduro during their meeting at the Great Hall of the People on September 14, 2018 in Beijing, China. Crédits : Liu Zhen/China News Service/VCG via Getty Images) - Getty

Pour Prolonger :

  • Sur la crise au Venezuela, EL PAÍS propose de nombreux reportages et articles.
  • L'exode vénézuélien vers la Colombie
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La BBC Mundo propose un dossier actualisé et très complet en espagnol, sur le Pont international Simon Bolivar qui relie le Venezuela à la Colombie. Ce pont est emprunté par des foules de Vénézuéliens (ce seraient 70 000  personnes par jour, selon les estimations) qui fuient leur pays, achètent des produits de première nécessité, font vacciner leurs enfants...

Nicolás Maduro par Eric Chol de Courrier International

La revue de presse internationale par Eric Chol, Directeur de la Rédaction de Courrier International

Nicolás Maduro a beau être détesté  par une partie des dirigeants de la planète, pour les souffrances qu’il fait endurer au peuple vénézuelien, il garde quelques amis à l’étranger. Parmi eux figure Xi Jinping, le président chinois, à qui Maduro rend visite cette semaine.  

Avant son départ mercredi, le président vénézuelien  confiait au quotidien Ultimas Noticias qu’il nourrissait « des grandes attentes » de ce voyage, et qu’il souhait,  

"continuer à approfondir les relations politiques, culturelles et économiques extraordinaires entre le président Xi Jinping et notre patrie".

Une telle langue de bois ne s’invente pas : Nicolás Maduro, successeur de Hugo Chávez, est, à 55 ans, depuis des années aux premières loges de la révolution bolivarienne, pour le meilleur et surtout pour le pire, comme l’accusent ses détracteurs.  

Révolutionnaire, il l’est depuis son plus jeune âge, raconte ce journaliste vénézuélien, qui dressait dans l’hebdomadaire Semana un long portrait du président en 2013, au moment où celui-ci a pris les rênes du  pays. Son père était un militant de gauche et un syndicaliste : élevé dans un quartier populaire de Caracas, Nicolás Maduro aurait pu choisir le baseball, un sport dans lequel il excellait, mais il a préféré la politique, à gauche selon la tradition familiale.  Il se fait exclure du lycée pour ses penchants communistes, poursuit le journaliste. C’est sa future compagne, l’avocate Cilia Flores, qui le mettra en contact avec le commandante Chávez juste après le coup d’Etat raté de 1992. Tandis que Chávez est en prison, Maduro, lui, poursuit sa carrière syndicale et politique : le chauffeur de bus syndicaliste va vite devenir un des rouages de la révolution bolivarienne. 

Lorsque Chávez le nomme en 2007  ministre des Affaires étrangères, écrit le journaliste de Semana,  

« beaucoup pensent qu’il va échouer, à cause de son manque de formation universitaire et de son ignorance de la diplomatie ». 

Or non seulement, il conserve son portefeuille jusqu’en 2013, mais sa loyauté et  son caractère révolutionnaire à part entière le propulsent au rang de vice-président : c’est lui qui annonce à la télévision le 5 mars 2013 la mort d’Hugo Chávez : un mois plus tard, Maduro est élu à la tête du Vénézuela 

Depuis, le pays sombre dans la dictature ?

Ce qui est certain, comme l’écrit le site Venezuelaanalysis, c’est qu’ 

« en tant que successeur du légendaire Hugo Chávez. Maduro a du affronter des critiques violentes aussi bien de la gauche que de la  droite. A gauche, on lui a reproché d’avoir abandonné la vision de Chávez sur le rôle des communes comme instrument du socialisme. Tandis qu’à droite, on l’a accusé tantôt d’être un ennemi du capital tantôt d’être plus faible et moins intelligent que Chávez ». 

Maduro, lui, s’accroche au pouvoir. 

« Au point, écrivait le New-York Times, d’avoir survécu à des tentatives de rebellions, à des mois de protestations dans les rues, à l’isolement de la part des pays voisins, à des menaces d’intervention militaire de Donald Trump, à la chute des recettes pétrolières, à des mouvements de dissidence dans son propre parti, à l’exode massif de son peuple, ou encore à l’élection en mai dernier, largement décrite comme truquée, et qui lui a permis de prolonger son mandat jusqu’en 2025 ». 

Au passage Maduro peut encore compter sur le soutien des militaires, qu’il n’a cessé de soigner, explique le New-York Times. Et les comparaisons avec les célèbres autocrates ne lui déplaisent pas. Le  journal américain rapporte une anecdote à ce sujet, qui vient de Nicolás Maduro lui-même . 

Le président vénézuélien expliquait l’an passé dans une émission : 

« Il y a des gens dans le monde qui me voient comme le Staline des Caraibes. Et c’est vrai que je lui ressemble. Regardez mon profil : parfois, quand je regarde dans le miroir, je vois Staline ». 

Sur le pétrole :

Quelques articles récents d' Isabelle Rousseau :

  • “Venezuela"  in "Navigating the Storm: “OPEC ”Producers facing Lower Oil Prices”. (M-A. Eyl-Mazzega (ed.). Études de l’IFRI. IFRI Center for Energy./Paris.  June 2017. pp. 97-103. 
  • "Petróleos de Venezuela (PdVSA): De la logique entrepreneuriale à la mission nationale (1920-2016)". (I. Rousseau). Encyclopédie de l’Energie (Ed : J-M Martin Amouroux). UGA editions(CNR/Grenoble INP ENSE3. décembre 2017. pp. 25. 
  • Tribulaciones de dos empresas petroleras (1900-2014). Trayectorias comparadas de Pemex y PdVSA (. Ed. El Colegio de México. Estudios sobre Energía. Mexico. 2017. pp. 702. 
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