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Cyril Ramaphosa en 2015/A protest placard of Atul Gupta carried by two EFF members on either side of it at the Zuma Must Fall protests in Cape Town, 7 avril 2017/Jacob Zuma en 2014

Afrique du Sud : une ère nouvelle

58 min
À retrouver dans l'émission

Le controversé président d'Afrique du Sud, Jacob Zuma a dû démissionner. Après 10 ans de pouvoir, le bilan est accablant. Le nouveau président Cyril Ramaphosa entreprend de faire le ménage dans un pays miné par la corruption et les inégalités, mais la tâche est immense. Où en est l'Afrique du Sud?

Cyril Ramaphosa en 2015/A protest placard of Atul Gupta carried by two EFF members on either side of it at the Zuma Must Fall protests in Cape Town, 7 avril 2017/Jacob Zuma en 2014
Cyril Ramaphosa en 2015/A protest placard of Atul Gupta carried by two EFF members on either side of it at the Zuma Must Fall protests in Cape Town, 7 avril 2017/Jacob Zuma en 2014 Crédits : Wikicommons/Erfan Kouchari/Discott/U.S. Department of State

Autour de Christine Ockrent :

Thierry Vircoulon, coordinateur de l’Observatoire de l’Afrique australe et des Grands Lacs à l'Institut Français des Relations Internationales et maître de conférences à Sciences-Po. Il est consultant pour des organismes de développement et d'aide humanitaire et des think tanks.. Il a dirigé avec Cécile Perrot et Michel Prum, L'Afrique du Sud à l'heure de Jacob Zuma : la fin de la nation arc-en-ciel ?, L’Harmattan, en 2009.

Philippe Gervais-Lambony, Géographe, professeur à l'Université de Paris Nanterre, directeur de la publication de la revue Justice spagtiale/Spatial Justice. Il a notamment publié Afrique du Sud : les paradoxes de la nation arc-en-ciel (Editions Le Cavalier Bleu en 2017) et en 2013 chez Armand Colin, L'Afrique du Sud et les Etats voisins.

- Julian May, economiste, Directeur du NRF-DST Centre of Excellence in Food Security à l' Université du Western Cape, en Afrique du Sud, et directeur de la chaire UNESCO  sur le sytème Africain de nutrition. Il a notamment publié "Poverty and inequality in middle income countries" Zed Press, "ICT Pathways to Poverty Reduction" et "Impact of Information Society in the Global South" et plus récemment "Keystones affecting sub-Saharan Africa's prospects for achieving food security through balanced diets"

- Piers Pigou consultant senior pour l’Afrique du Sud à International Crisis Group, au téléphone depuis Johannesbourg

Interprète Michel Zlotowski

La chronique d'Eric Chol de Courrier International

Qui est le nouveau président Cyril Ramaphosa, élu jeudi pour remplacer Jacob Zuma, , qui a fait hier soir son discours sur l’Etat de la nation ? 

A 65 ans, c'est lui qui porte tous les espoirs de changement, aujourd’hui en Afrique du Sud. 

« Le cauchemar est fini, le jour se lève en Afrique du Sud, à nouveau » écrivait par exemple cette semaine le Daily Maverick

Cyril Ramaphosa,  élu le 18 décembre à la tête de l’ANC, le Congrès National Africain – en battant de peu, il faut le rappeler- l’ex épouse de Jacob Zuma - est un homme à la fois complexe et rempli de contradictions, nous dit le Mail&Gardian, dans un portrait consacré à cet ancien syndicaliste devenu millionnaire et donc désormais nouveau président d’Afrique du Sud.  

Par exemple, c’est lui, qui, pendant la campagne électorale qui s’est déroulée cet automne pour prendre la tête de l’ANC, n’a cessé de mettre l’accent sur deux sujets sensibles : 

« la rétrocession des terres aux noirs spoliés et la mise en place de mécanisme censés garantir que les bénéfices des minerais, qui fuient le pays, soient récupérés. »

Des promesses évidemment au cœur des attentes des militants de la population, souvent déçues par le bilan des gouvernements successifs. Mais des promesses qui collent difficilement au personnage de Ramaphosa. Car le journaliste du Mail & Guardian n’a pas oublié la tragédie de Marikana, c’était en aout 2014, lorsque la police sud-africaine  a abattu 34 mineurs en grève. Or à l’époque, Ramaphosa occupait des fonctions dans la hiérarchie de Lonmin, cette compagnie minière mise en cause dans cette affaire 

Et à ce titre, rappelle le journal, il avait pourtant pris des engagements pour améliorer la vie des salariés, en leur construisant par exemple des logements. Or, poursuit le Mail&Guardian

_"Lonmin n’a pas tenu cet engagement, alors que dans le même temps le groupe transférait près de 12 millions d’euros par an vers une société dormante aux Bermudes sans payer d’im_pots". Bref, pour le journal, "c’est cette contradiction qui se trouve au cœur même de Ramaphosa"

Un paradoxe  résumé en une phrase :

"devenu un milliardaire répertorié par la magazine Forbes, celui  qui avait pour mission de changer les mentalités d’un secteur minier, n’a pratiquement rien fait".

Peut-il être l’homme du redressement du pays ? 

Ce qui est vrai, c’est que cette figure historique de la lutte anti-Apartheid,  lui même fils d’un policer de Soweto, bénéficie d’une forte légitimité au sein même de l’ANC : il  a été un protégé de Nelson Mandela. C’est lui, rappelle le Mail&Guardian qui « a orchestré quelques une des plus longues grèves qu’ait connues le pays dans les années 80 ». Il a encore participé à la rédaction de la constitution progressiste d’Afrique du Sud,  adoptée en 1996. Au sein de l’ANC, un ancien ministre cité par le journal estime que Ramaphosa est 

« exactement l’homme qu’il faut au gouvernement parce qu’il ne peut pas être acheté, il a déjà fait fortune ».

Mais Niren Tolsi, le journaliste du Mail&Guardian qui signe ce portrait, continue de s’interroger : « Ramaphosa aura-t-il le courage de tourner le dos à un gouvernement ravagé par les dysfonctionnements, la corruption et une économie moribonde ?» 

Le journaliste reprend à son compte les paroles de l’écrivain sud-africain, Mark Grevisser, qui disait déjà à propos de Ramaphosa en 1996 : 

« Il est charmant, imperturbable, et dans le contrôle le plus total. Le plus étonnant lorsque vous rencontrez Cyril Ramaphosa, c’est que même si vous voyez parfaitement la ruse, vous ne pouvez vous empêcher de mordre à l’hameçon ». 

A l’instar du Mail&Guardian, la presse sud africaine n’est pas totalement dupe et reste prudente. Hier, le Daily Maverik titrait :

«Au tour de Ramaphosa : il y a beaucoup de travail à accomplir ». 

Intervenants
  • Chercheur associé au Centre Afrique subsaharienne de l'Ifri.
  • Professeur au département de géographie de l'université de Paris X-Nanterre, directeur de publication de la revue Justice spatiale
  • Economiste, Directeur du NRF-DST Centre of Excellence in Food Security à l' Université du Western Cape
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