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Détails/couverture "Des murs entre les hommes" et "Histoire des murs" /Carte extraite de l’«Atlas des frontières», Éd. Les Arènes

La politique des murs et des frontières

58 min
À retrouver dans l'émission

Les frontières s'hérissent de barbelés et toutes sortes de murs s'élèvent. Pourquoi se multiplient-ils? Des murs historiques, la grande muraille de Chine au mur de Bush et Trump entre les Etats-Unis & le Mexique, aux barbelés des 2 Corée ou de l'Europe, les murs gardent-ils leur fonction politique?

Détails/couverture "Des murs entre les hommes" et "Histoire des murs" /Carte extraite de l’«Atlas des frontières», Éd. Les Arènes
Détails/couverture "Des murs entre les hommes" et "Histoire des murs" /Carte extraite de l’«Atlas des frontières», Éd. Les Arènes Crédits : La Documentation française/Perrin/Les Arènes

On hésite à les compter tant leur définition est imprécise… 75, 70 une soixantaine, une vingtaine, une dizaine… toujours est-il qu'en pleine mondialisation et sans doute à cause d’elle, les murs, les barrières, les clôtures prolifèrent. C'est une muraille en Chine qui demeure la plus grande construction de l'histoire humaine et c'est aujourd’hui, une question de poste de frontières entre les deux Irlande qui empoisonne les négociations du Brexit. C'est un mur, un grand mur que Donald Trump persiste à vouloir construire entre son pays et le Mexique. Ce sont des barbelés qui séparent les deux Corée. Ce sont des barrières que certains pays d'Europe mettent en place pour entraver les flux des migrants. 

Cicatrices de guerre du siècle dernier, résurgence des peurs traditionnelles, gonflement des flux migratoires légaux et clandestins, crispations identitaires, comment interpréter la multiplication des remparts? S’agit-il d’une démonstration de force ou un signe de faiblesse? A l’ère des nouveaux moyens électroniques, des nouvelles menaces venues du cyber-espace, les murs gardent-t-il la même fonction symbolique et politique?

Carte extraite de l’«Atlas des frontières», de B. Tertrais avec D. Papin et X. Laborde pour le design des cartes
Carte extraite de l’«Atlas des frontières», de B. Tertrais avec D. Papin et X. Laborde pour le design des cartes Crédits : Éd. Les Arènes

Autour de Christine Ockrent :

Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS). Il a publié avec Delphine Papin et Xemartin Laborde pour le design des cartes, L'atlas des frontières : murs, conflits, migrations  aux Editions Les Arènes, en 2016, et l’an dernier, La revanche de l'histoire : comment le passé change le monde chez Odile Jacob.  

Alexandra Novosseloff, chercheuse invitée à l'International Peace Institute de New York. Elle a publié avec Frank Neisse Des murs entre les hommes (A la Documentation française en 2015) et elle vient de diriger Des ponts entre les hommes, aux CNRS Editions  

Claude Quétel, Historien, directeur de recherche honoraire au CNRS, il a  publié Histoire des murs : une autre histoire des hommes chez Perrin et en Tempus, en 2014. Plus récemment, il apublié Le chien des boches : récit chez Albin Michel, en 2016.  

Michel Foucher,  géographe titulaire de la chaire de géopolitique appliquée au Collège d'études mondiales, il a publié aux Editions du CNRS, Le retour des frontières en 2016 et récemment, chez le même éditeur,Lille Métropole en Europe et dans le monde et il a dirigé avec Thierry Chopin L'état de l'Union : rapport Schuman 2018 sur l'Europe qui vient de sortir aux éditions Lignes de repères. 

Ouvrages d'A. Novosseloff/ de B. Tertrais/ de C. Quétel/ de M.Foucher
Ouvrages d'A. Novosseloff/ de B. Tertrais/ de C. Quétel/ de M.Foucher Crédits : La Documentation Française/Les Arènes/Perrin/CNRS Ed.

Le mur de Trump vu par les Chinois et leur longue expérience des murs...

La revue de presse d'Eric Chol, Directeur de la Rédaction de Courrier International

Le mur que veut bâtir Donald Trump fait réagir les chinois, qui, il est vrai, ont une longue expérience la matière. 

Le président américain a sans doute beaucoup à apprendre de l’histoire de la Grande Muraille de Chine. Tom Phillips, le correspondant à Pékin du Guardian s’est rendu dans la ville de Jiayuaguan, située à l’extrémité occidentale du  « fantastique serpent de pierre » comme le surnommait les aventuriers du XIXe siècle. Là, dans cette forteresse à l’entrée du désert de Gobi, il a rencontré Zhang Xiadong, le conservateur d’un musée consacré à la Grande Muraille, qui lui a livré tous ses secrets . Ainsi, raconte le journaliste du Guardian

« cette fortification légendaire n’a pas été construite en un seul mur, mais elle est un réseau de 16 barrières non  connectées les unes aux autres, et qui ont été érigées sur une période de 2400 ans avec l’idée de contenir les étrangers indésirables ». 

La Grande Muraille vue de Mutianyu, près de Pékin, en juillet 2006.
La Grande Muraille vue de Mutianyu, près de Pékin, en juillet 2006. Crédits : Wikicommons / Nicolas Perrault III

Cet objectif est une constante dans l’histoire chinoise. Le journal de Hongkong le South China Morning Post, fait lui aussi le parallèle entre le projet de mur de Donald Trump et la Grande muraille de Chine. Et le quotidien revient sur cette obsession chinoise vis à vis des barbares, qu’il fallait à tout prix maintenir à l’écart. Le journaliste écrit : 

« une séparation physique épargnait les Fils du ciel –c’est ainsi qu’on surnommait les empereurs- des nuisances provoqués par les contacts avec les étrangers: qu’il s’agisse des cités tartares, des quartiers diplomatiques, des concessions étrangères ou aujourd’hui des régions spéciales administratives, tous les espaces cloturés ont servi le même objectif dans l’histoire chinoise ».

Donald Trump devrait tout de même s’interroger sur le véritable bilan de la grande muraille de Chine. Arthur Waldron, professeur à l’université de Pennsylvanie, confie au Guardian  à quel point celle-ci s’est révélée « catastrophique et ruineuse » : 

«  elle a vidé les coffres de la dynastie Ming, sans pour autant éviter sa chute, quand les Mandchous ont déferlé sur la Chine et établi la dynastie Qing en 1644 ».

Une leçon pour les Chinois, qui continuent pourtant à bâtir des murs

Même si ces murs sont un peu différents, l’idée reste identique: se protéger du reste du monde. Ainsi, détaille le South China Morning Post, la même logique se poursuit dans le cyberespace avec la grande muraille électronique. Autre exemple, dans la  province du Xinjiang, dans l’ouest de la Chine, où le ministre de la défense s’est rendu récemment: le Global Times, un journal chinois en langue anglaise et proche du régime explique que pour préserver la stabilité de la Chine, Pékin veut  y bâtir, 

« un mur d’acier pour renforcer la défense de la frontière ». 

La Chine cherche en effet à  éviter le retour des djihadistes de Syrie, précise le journal. 

Et pendant ce temps,  à Shenzhen, le gouvernement chinois détruit des murs

C’est à nouveau le South China Morning Post, qui nous raconte comment au début d’année, le conseil d’Etat , une des plus hautes instances du pouvoir en Chine, a donné son feu vert pour abolir la frontière physique autour de la ville de Shenzhen. Une décision presque symbolique, car cela fait déjà quelques années que le mur érigé, il y a maintenant 4 décennies, au moment de la création d’une zone économique spéciales voisine  de Hongkong a été démantelé. 

"En effet, écrit le journal, au fur et à mesure que le fossé économique entre Hongkong et la Chine continentale se réduisait, les barrières artificielles pour stopper l’immigration ou l’urbanisation sont devenus un handicap"

Handicap sur le plan économique, tant la ville de Shenzhen, qui n’était à l’époque qu’un village de pêcheurs, s’est transformée aujourd’hui en une métropole ultra moderne. D’ailleurs, pronostique le journal, d’ici la fin de l’année, la ville de Shenzhen et celle de Canton pourraient passer devant Hongkong sur le plan économique. Il était temps de mettre fin à ce rideau de bambous autour de Shenzhen. 

Pour prolonger :

Ces murs qui partout se dressent, PAR GENEVIÈVE THIBAUD - LES ECHOS WEEK-END | LE 06/05/2016

INTERVIEW Bruno Tertrais : «Une frontière n’est jamais naturelle», LIBERATION, Par Catherine Calvet — 19 décembre 2016 

Emission préparée avec la Documentation d'actualité de Radio France et Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France.

Intervenants
  • Senior Visiting Fellow au Brian Urquhart Center for Peace Operations International Peace Institute (IPI) de New York
  • Politologue spécialiste de l'analyse géopolitique et stratégique, et directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique.
  • Géographe, ancien ambassadeur de France, titulaire de la chaire de géopolitique appliquée au Collège d’études mondiales de la Fondation Maison des Sciences de l'Homme (FMHS).
  • Directeur de la rédaction de l'Express
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