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Caricatures du roi saoudien Al Saud, du président américain D. Trump et du Premier ministre israélien B. Netanyahu, lors d'une cérémonie marquant le 40e anniversaire de la révolution islamique iranienne, 11 February 2019, Azadi Square

Tempête dans le Golfe

58 min
À retrouver dans l'émission

Les voisins de l'Iran, qui souhaitent préserver leur prospérité économique, redoutent une confrontation entre les Etats-Unis & l'Iran. Quel est le risque d'une nouvelle guerre américaine dans le Golfe persique? Comment enrayer l'engrenage dans lequel sont pris Washington et Téhéran?

Caricatures du roi saoudien Al Saud, du président américain D. Trump et du Premier ministre israélien B. Netanyahu, lors d'une cérémonie marquant le 40e anniversaire de la révolution islamique iranienne, 11 February 2019, Azadi Square
Caricatures du roi saoudien Al Saud, du président américain D. Trump et du Premier ministre israélien B. Netanyahu, lors d'une cérémonie marquant le 40e anniversaire de la révolution islamique iranienne, 11 February 2019, Azadi Square Crédits : Photo de Saeid Zareian / Alliance photo via Getty Images - Getty

Clément Therme, Chercheur à l'International Institute for Strategic Studies (IISS). Vous avez publié votre thèse sous le titre, Les relations entre Téhéran et Moscou depuis 1979 (aux éditions PUF en 2012). Il a également contribué au Middle East Journal avec l’article “Iran and Russia: a regional alliance?” dans le numéro de l'automne 2018. 

Maya Kandel, historienne, chercheuse associée à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, animatrice du blog froggybottom. Depuis sa thèse, elle analyse le rôle du Congrès en politique étrangère. Elle a publié Les Etats-Unis et le monde : de George Washington à Donald Trump, chez Perrin en 2018

Fatiha Dazi-Héni, spécialiste des monarchies de la Péninsule Arabique, chercheuse à  à l'Institut de recherches stratégiques de l'école militaire (l'IRSEM Paris). Elle a publié _L'Arabie saoudite en 100 questions,_chez Tallandier (réédition en 2018).

Pierre-Jean Luizard, historien spécialiste des islams au Moyen-Orient, directeur de recherche au CNRS, membre du Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (GSRL, CNRS/EPHE/PSL) à Paris. Il a publié La République et l'islam : aux racines du malentendu chez Tallandier, en 2019 et chez le même éditeur Chiites et sunnites, la grande discorde en 100 questions (2017), ainsi que Le Piège Daech. L'État islamique ou le retour de l'Histoire (La découverte, en 2015) 

Quels sont les enjeux autour du détroit d’Ormuz ?

Soldat à bord du bateau du commandant français Bory dans le cadre d'une mission d'observation des mouvements de pétroliers et de bateaux de guerre dans le détroit d'Ormuz
Soldat à bord du bateau du commandant français Bory dans le cadre d'une mission d'observation des mouvements de pétroliers et de bateaux de guerre dans le détroit d'Ormuz Crédits : Jacques Langevin/Sygma/Sygma via Getty Images - Getty

La revue de presse d'Eric Chol, Directeur de la rédaction de Courrier International

Pourquoi le détroit d’Ormuz est il aussi stratégique ?

Comme l’explique le site The Conversation

"Tout le trafic maritime en provenance des pays riches en énergie du Golfe converge vers le détroit d'Ormuz, y compris les exportations de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié en provenance d'Iran, d'Irak, du Koweït, de Bahreïn, du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis".

Les chiffres varient selon les experts, mais on peut dire qu’environ 30% du pétrole de la planète transitent par ce détroit, qui sépare le golfe d’Oman du Golfe persique : il s’agit d’une couloir, long d’une quarantaine de  kilomètres et bordé d’un coté, par l’Iran, et de l’autre, par Oman, dans lequel passent chaque jour 17 millions de barils de brut. 

"Malgré son étroitesse, cette route est en réalité assez profonde pour accueillir les plus grand tankers du monde", précise le magazine Fortune.

Trafic pétrolier, passage hyper étroit  (dans sa plus petite largeur, il ne dépasse pas 60 kilomètres),  on comprend pourquoi le détroit d’Ormuz, qui sert à approvisionner les pays d’Asie en énergie, est vulnérable, et qu’il soit devenu une cible de choix.

Ce n’est pas la première fois que le détroit d'Hormuz est menacé ?

Le site The Conversation rappelle :

Le détroit est devenu un théâtre de conflit pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980.

Au cours de cette 'guerre des tankers', chaque camp  tentait de couler les exportations d'énergie de l'autre .  Pendant les 4 années de ce  conflit,  plus de 600 navires ont été attaqués. A l’époque, rappelle le site, 

Les taux d'assurance maritime pour les navires circulant dans le détroit ont grimpé jusqu'à 400 %.

Ce surenchérissement des coûts a probablement alimenté  la hausse des prix de l'essence et du diesel à l'échelle mondiale, analyse le site.

Aujourd’hui, cette menace n’a pas disparu, pour une raison simple, que rappelle la journaliste de Fortune : ce qui rend le détroit d’Hormuz aussi indispensable dans cette région du monde est l’absence de plan B. « Il y a certes des pipelines construit par les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite, mais ceux-ci n’ont pas la capacité d’acheminer autant de brut que les bateaux pétroliers », précise la journaliste.

Risque t-on de voir le même scénario se reproduire ?

Avec cette menace des autorités iraniennes de bloquer le détroit, on peut effectivement le penser, d’autant qu’on a vu ces dernières semaines des sabotages sur des bateaux à proximité du détroit. Selon le site The Conversation, l’Iran aurait toutefois certainement du mal à stopper complètement la circulation maritime dans le détroit : 

les cargos qui naviguent aujourd’hui sont modernes et difficiles à couler, écrit the Conversation. Contrairement aux années 80,  la plupart des tankers possèdent une double coque. 

Mais l’Iran conserve quand même des moyens de faire des dégâts. 

Mêmes des petites entraves aux trafic commercial pourrait déclencher des dommages économiques susceptibles d’entraîner des hausse de taux  d’assurance, des inquiétudes sur le marché de l’énergie et des perturbations des bourses, écrit The Conversation.

Il faut mentionner aussi les nouveaux risques, qui n’existaient pas il y a trente ans : Téhéran pourrait par exemple se livrer à des cyberattaques pour détruire les infrastructures pétrolière arabes.

Au total, récapitule le Washington Post

Si cette route devait être coupée, l’ensemble des approvisionnements en pétrole chuteraient de 20%.

Mais attention, une fermeture du détroit d’Ormuz ne serait pas insurmontable pour les Etats-Unis, dans la mesure où « cette route ne menace pas nécessairement leur sécurité énergétique » précise le journal Fortune, qui poursuit : 

"Depuis  le boom des gaz de schistes, les Etats-Unis sont devenus exportateur de pétrole et de gaz, et non plus importateur".

En fait, selon les données et les projections américaines ("Annual Energy Outlook 2019 with projections to 2050", par U.S. Energy Information Administration), les Etats-Unis sont devenus  exportateurs nets de gaz en 2017 ; pour le pétrole et les liquides associés, ce sera le cas en 2020. Selon les projections de ce document, ce serait à partir de 2020 que les Etats-Unis seraient exportateurs nets d’énergie (Source : https://www.eia.gov/outlooks/aeo/pdf/aeo2019.pdf)

Cela posé, concernant le détroit d'Ormuz, cela ne veut pas dire qu’ils se désintéressent de la situation, bien au contraire. Mais, comme le précise le Washington Post, ils ne sont pas les seuls à s’inquiéter à partir du moment où une majorité des barils de pétrole sont destinés aux marchés asiatiques et en particulier au Japon, à la Chine et à l’inde. 

Intervenants
  • Chargé de cours à l’université Paul-Valery de Montpellier
  • historienne des Etats-Unis, chercheuse à l'Université Sorbonne Nouvelle et responsable du programme Etats-Unis à l’Institut Montaigne
  • Politologue, spécialiste des monarchies de la péninsule arabique, chercheuse à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (IRSEM) et enseignante à l'IEP de Lille
  • directeur de recherche au CNRS, historien spécialiste du Moyen-Orient, en particulier de l'Irak, de la Syrie et du Liban
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