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Insécurités alimentaires/ Regional Analysis, PREGEC Experts Meeting, Dakar, Senegal, 22-24 March 2017

Afrique : guerres et famines

58 min
À retrouver dans l'émission

La sécheresse, la guerre et la famine, encore une fois, cette terrible trilogie s'est abattue sur l'Afrique. Comment faire face ? quels sont les projets ? quels sont les ressorts au sein des sociétés africaines, où la classe moyenne se développe, qui permettraient d'enrayer le pire ?

Insécurités alimentaires/ Regional Analysis, PREGEC Experts Meeting, Dakar, Senegal, 22-24 March 2017
Insécurités alimentaires/ Regional Analysis, PREGEC Experts Meeting, Dakar, Senegal, 22-24 March 2017 Crédits : Map produced by CILSS/Agrhymet

Au Sud du Sahara, depuis le Mali, au centre Ouest jusqu'à la Somalie, à l'Est du continent, des populations par millions ont été déplacées, victimes de violences, de malnutrition, abandonnées par des états faillis. L'aide internationale d'urgence ne parvient pas à faire face.

Voilà des décennies pourtant que la situation des pays du Sahel fait l'objet de rapports, de projets et d'investissements de toutes sortes, à la pression démographique qui s'accélère et gonfle les flux migratoires s'ajoute désormais les menées djihadistes, Boko Haram en particulier, qui ravage les régions du lac Tchad. La France et l'ONU maintiennent une présence militaires au Mali, essentiellement pour stabiliser la situation. Et plus à l'Est vers la corne de l'Afrique, du Soudan du Sud en particulier, la situation est encore pire, le Soudan du Sud étant déchiré par la guerre. Et de l'autre côté de la Mer Rouge, la situation au Yémen - ce n'est pas tout a fait l'Afrique, mais c'est aussi une situation dangereusement similaire, et une guerre dont on parle fort peu.

Les agences de l'ONU réclament près de 6 milliards de dollars pour faire face à cette grande famine en Afrique et à la pointe de la péninsule arabique. Elle n'en disposeront probablement pas et d'autant plus que Donald Trump a décidé de baisser les contributions américaines à l'aide au développement.

Autour de Christine Ockrent :

Laurent Bossard, directeur du Club du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest à l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). Sur le site de l’OCDE, toutes les références des rapports de l’OCDE et l'actualité Ouest Africaine.

Laurent Bonnefoy, Chargé de recherche CNRS, au CERI, politologue, spécialiste des mouvements salafistes et de la péninsule arabique contemporaine. Il a publié l'article, "Pourquoi la guerre au Yémen", Orient XXI, 10 avril 2017.

Sylvie Brunel géographe. Professeur à Paris-Sorbonne, spécialiste des questions de sécurité alimentaire et de développement durable, elle vient de publier Plaidoyer pour nos agriculteurs : il faudra demain nourrir le monde chez Buchet Chastel.

Pierre Boilley, Directeur du Centre d’études des mondes africains. Il a notamment publié Les Touaregs Kel Adagh. Dépendances et révoltes : du Soudan français au Mali contemporain (Karthala, 2012)

Deborah Goffner Directrice de recherche au CNRS, spécialiste en biologie végétale, elle travaille au sein de l’Observatoire Hommes-Milieux International Tessékéré. Le concept d’Observatoire Hommes-Milieux désigne un dispositif de l’Institut Écologie et Environnement du CNRS destiné à favoriser la recherche interdisciplinaire sur un objet commun, comme le projet de la Grande Muraille Verte. Cette vaste zone de transition bioclimatique est caractéristique des crises écologiques et humaines qui touchent l’Afrique depuis plusieurs décennies.

A VOIR "Pourquoi meurt-on encore de faim en Afrique"

OHMI/ livres de S. Brunel et de P. Boilley/ RPCA OCDE, Maps & Facts  les enjeux Alimentaires/C. Ockrent/Orient XXI Guerre au Yémen/E. Chol
OHMI/ livres de S. Brunel et de P. Boilley/ RPCA OCDE, Maps & Facts les enjeux Alimentaires/C. Ockrent/Orient XXI Guerre au Yémen/E. Chol Crédits : OHM-CNRS/Buchet&Chastel/Karthla/OCDE/RF/Courrier International

La chronique d'Eric Chol de Courrier International

Au moment où l’une des plus importantes famines menace l’Afrique, l’administration de Donald Trump décide de resserrer les crédits d’aide internationale.

C’est le paradoxe que relève John Feffer, le co-responsable du think tank américain Institute for Policies Studies : il pousse un véritable coup de gueule dans un éditorial publié sur le site du Huffington Post.

« il y a en ce moment 1,4 millions d’enfants qui risquent de mourir de faim. Personne n’a apparemment montré à Donald Trump ou à sa fille Ivanka des photos de ces enfants menacés. Et le président américain se fiche royalement de cette statistique », déonce John Feffer.

A première vue, les chiffres des Nations-Unies peuvent donner l’illusion que les Etats-Unis restent un bon élève en matière d’aide étrangère : avec 407 millions de dollars versés au cours des 4 premiers mois de l’année, nous indique John Feffer, ils sont en tête des pays donateurs, devant les pays europénes, le Canada ou le Japon. Une place logique, en phase avec son statut de plus grand donateur du monde, la puissance américaine ayant fourni par exemple l’année d’année dernière, 28% de l’ensemble de l’aide récoltée par les 4 pays touchés par la famine cet argent versé par Washington correspond à des financements entérinés par l’administration Obama. A l’inverse, l’équipe de Trump a fait savoir qu’elle comptait rogner les crédits d’aide d’environ un tiers. Ces coupes claires dans les budgets sont dans la droite ligne de la philosophie de Donald Trump, America First. Mais avec des conséquences directes pour les pays en situation d’urgence.

"Donald Trump restera comme le président de la famine", s’emporte John Feffer, convaincu qu’il s’agit d’une politique à courte vue. "L’administration américaine peut continuer à détourner son regard de la famine ou à nier le véritable impact du changement climatique" écrit-il, "mais elle risque d’en subir les contrecoups".

L’auteur évoque ces flux de réfugiés qui fuient les pays touchés et la colère croissante de la part de ces populations qui se sentent abandonnés par l’Occident, deux facteurs qui, nous dit John Feffer, risquent de provoquer un effet de souffle sur la première super-puissance du monde.

C’est l’image des Etats-Unis qui risque d’en pâtir ?

Plus que son image, c’est son statut de superpuissance. Pour l’auteur de l’article du Huffington Post :

« si les motivations humanitaires ne suffisent pas à convaincre Donald Trump, peut-être que des arguments purement géopolitiques auront plus de chance ».

Son raisonnement est le suivant : dans la liste des donateurs qui ont répondu à l’appel d’urgence pour éviter la famine, il y a un pays notoirement absent, c’est la Chine. Cette même Chine qui ne cesse, notamment depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, de revendiquer un rôle sur la scène mondiale, poursuit John Feffer. Mais il y a une règle simple :

« il faut payer pour pouvoir jouer. Et si la Chine veut endosser des responsabilités globales, elle doit commencer à faire attention aux populations les plus vulnérables de la planète », écrit-il.

Voilà qui offre la possibilité aux Etats-Unis, pendant que la Chine réfléchit à éventuel coût d’un leadership mondial, d’apporter une contribution à la fois importante et visible pour répondre à cet appel à l’aide : ce serait une façon de préserver une partie de son statut de leader mondial.

Pour prolonger :

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