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Algérie, manifestations du 8 mars 2019 contre le 5e mandat du président A. Bouteflika ; le 7 mars, un millier d’avocats du barreau d’Alger se sont rassemblés devant le siège du Conseil constitutionnel, réclamant qu’il invalide cette candidature.

Algérie : la fin du système

58 min
À retrouver dans l'émission

Manifestations massives en Algérie, depuis le 22 février contre le système Bouteflika, grande marche le 8 mars : le peuple marque son opposition au 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika. Les Algériens se sont levés et le pouvoir, ce matin, pris de sidération, semble commencer à vaciller...

Algérie, manifestations du 8 mars 2019 contre le 5e mandat du président A. Bouteflika ; le 7 mars, un millier d’avocats du barreau d’Alger se sont rassemblés devant le siège du Conseil constitutionnel, réclamant qu’il invalide cette candidature.
Algérie, manifestations du 8 mars 2019 contre le 5e mandat du président A. Bouteflika ; le 7 mars, un millier d’avocats du barreau d’Alger se sont rassemblés devant le siège du Conseil constitutionnel, réclamant qu’il invalide cette candidature. Crédits : Photos 8 mars par Ryad Kramdi/AFP ; 7 mars par Farouk Batiche/Getty

Les Algériens se sont levés et le pouvoir, ce matin, pris de sidération, semble commencer à vaciller. Drôle de révolution, pacifique et émouvante, innovante, puisque les revendications ne portent pas sur l’emploi ou le niveau de vie, mais bien sur la nature du système qui tient le pays depuis 20 ans. Drôle de révolution dont on comprend les ressorts mais dont on voit mal l'issue. Comment va évoluer cet immense mouvement populaire qui touche tout le pays, mais qui reste sans leader ? Le clan Bouteflika peut-il encore tenir? Que fera l’armée alors que les milieux d’affaires se désolidarisent?

Autour de Christine Ockrent

Par téléphone depuis Alger, Amel Boubekeur, chercheuse en sociologie à l’EHESS spécialiste des pays du Maghreb. Elle a publié avec Olivier Roy Whatever Happened to the Islamists? en 2012 chez Hurst

"Les protestations d’hier ont été bien plus importantes que celles des semaines passées toujours avec beaucoup de détermination et de fierté d’avoir été capable de maintenir cette démonstration pacifique, en dépit du nombre très très important. Il y a eu beaucoup de femmes bien-sûr, aussi beaucoup de petites filles, des personnes âgées, une vraie unité dans la diversité de la société algérienne. Et puis surtout une volonté de redéfinir l’Algérien, en dehors des définitions du régime. C’était vraiment marquant. 

Il y avait une volonté d’annihiler les récits du pouvoir sur les algériens, récits distillés depuis longtemps et qui consistent à dire que 'les Algériens sont sales, désorganisés', ce à quoi les manifestants vont répondre par le fait de ramasser les ordures ; 'que les Algériens ne peuvent s’entendre entre eux, qu'ils sont condamnés à s’entre-tuer', ce à quoi, les manifestants vont répondre par des slogans à l’approche des policiers en disant que 'le peuple et les policiers sont frères' et puis, au fil des manifestations, on voit, qu’en fait, se forge un sens plus aigu des demandes politiques ou du moins de la lecture politique des événements, avec des nouveaux slogans qui sont apparus hier. Par exemple, on pouvait voir des mises en garde contre toute interférence étrangère, vis-à-vis des États-Unis."

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Kader Aberrahim, maître de conférence à Sciences Po, spécialiste du Maghreb et de l’islamisme, également membre du Global Finder Experts des Nations Unies. Il a publié Géopolitique du Maroc aux éditions Bibliomondes en 2018

A propos du mot d'ordre sur Facebook pour la grève générale. C'est un moment important, c'est la première fois depuis la bataille d'Alger qu'on a un mot d'ordre de grève générale... Le régime va être confronté avec lui-même. Que va-t-il faire?

Razika Adnani, écrivain, philosophe et islamologue, elle a publié Islam : quel problème ? Les défis de la réforme chez UPpublisher en 2017

"Moi, je pense qu'on est devant une nouvelle société algérienne. Il y a un avant et un après du 22 février. Ce n'est pas seulement le pouvoir qui s'est trompé, beaucoup d'intellectuels se sont trompés. Cette population a surpris tout le monde. C'est quelque chose d'extraordinaire".

Depuis Bordeaux, Pierre Vermeren, Professeur d’histoire à l'université Paris I, spécialiste du Maghreb. Il a publié avec Khadija Mohsen-Finan, Dissidents du Maghreb, depuis les indépendances chez Belin en 2018.

El Mouhoub Mouhoud,  Professeur d’économie à l’université Paris Dauphine où il dirige le Master Affaires Internationales, ses recherches portent sur les effets de  la mondialisation et les relations Euro-Méditerranéennes. Il a publié L'immigration en France : Mythes et réalités, chez Fayard, en 2017 et  Mondialisation et délocalisation des entreprises, chez La Découverte, (collection Repères, en 2017, pour la troisième édition)

Djamila Bouhired, "icône de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie : torturée, condamnée à mort, libérée... À 84 ans, elle manifeste ce mois de mars contre un cinquième mandat du président Bouteflika". Elle est le "trait d'union dans l'histoire algérienne pour la défense de la démocratie" (itw de la politologue Feriel Lalami Fates, vidéo de Camille Renard et motion design d'Anselme Calabrese) 

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Algérie : Les clans du pouvoir

Malgré ses problèmes de santé, le Président algérien Abdelaziz Bouteflika se présente à la réélection. Il a voté en fauteuil roulant. Ses frères Saïd (G), conseiller spécial, et Nasser (D) votent aussi, Alger le 17 avril 2014.
Malgré ses problèmes de santé, le Président algérien Abdelaziz Bouteflika se présente à la réélection. Il a voté en fauteuil roulant. Ses frères Saïd (G), conseiller spécial, et Nasser (D) votent aussi, Alger le 17 avril 2014. Crédits : AFP PHOTO / FAROUK BATICHE Farouk Batiche / AFP - AFP

La chronique d'Eric Chol, Directeur de la rédaction de Courrier International

Dans la famille Bouteflika, il y a Abedlaziz, le président, mais aussi son plus jeune frère. 

D’ailleurs, la rue ne s’y trompe pas , quand elle crie : ni Bouteflika, ni Said. Car le frère cadet est celui qui tient le clan présidentiel. Officiellement, il est conseiller spécial au sein du Palais El Mouradia.  En réalité, nous dit le Huffington post Maghreb

« il gère depuis le 27 avril 2013, date de l’AVC présidentiel, cette situation de délégation de pouvoir non écrite ».

Cet ancien professeur d’informatique joue un rôle clef, au point que l’Observateur d’Alger le qualifiait récemment  de « mentor du système en place dans sa quête de pérennité », celui qui reçoit les militaires, les hauts fonctionnaires ou les hommes d’affaires.  

Pourtant Said  Bouteflika est aujourd’hui en perte de vitesse, estime le Huffington Post Maghreb, qui s’interroge : 

« face au déclin physique avéré de son frère,  aurait-il pu éviter cette hémorragie du  pouvoir de la maison des Bouteflika? ». 

Selon le site, le dernier de la fratrie Bouteflika -21 ans sépare Said d’Abdelaziz- n’a pas osé imposé un successeur à son frère. Résultat, le voilà sans autre plan que de faire réélire son frère, estime le Huffington Post, qui poursuit : 

«  C’est-à-dire avec un plan porteur au mieux de paralysie politique au pire de collapsus complet du clan Bouteflika. ». 

Courrier International, "Algérie place aux jeunes!" HEBDO N° 1479 DU 07 MARS 2019
Courrier International, "Algérie place aux jeunes!" HEBDO N° 1479 DU 07 MARS 2019 Crédits : Courrier International

Dans les clans qui se partagent les commandes du pays,  les militaires occupent une place à part...

Un homme se distingue dans cette  période troublée que connaît l’Algérie actuellement : c’est le chef d’Etat major Ahmed Gaïd Salah. Celui qui s’affiche en treillis à la télévision a réussi ces dernières années à faire le vide autour de lui en mettant à la retraite plusieurs généraux. Selon le Huffington Post Maghreb, 

«il est maintenant presque acquis que l’homme pivot de la décision pour la prochaine présidentielle, dans le cas – toujours bon à rappeler- de non irruption de la colère populaire dans l’intervalle, est le général de corps d’armée Ahmed Gaid Salah ».

Or depuis, le peuple a décidé de faire entendre sa colère. Le patron de l’armée qui est aussi vice ministre de la défense nationale a réagi  en appelant au calme et sans doute attend-il son heure. Le temps lui est compté, car à 79 ans,  Ahmed Gaid Salah n’incarne pas la relève. 

Parmi les candidats au scrutin présidentiel, Rachid Nekkaz s'est beaucoup fait remarquer... 

Rachid Nekkaz, homme d’affaires franco-algérien,  explique pourquoi il propose de payer les amendes pour les musulmanes qui ont violé la nouvelle interdiction de la burqa devant le Parlement danois le 11 septembre 2018 à Copenhague, au Danemark.
Rachid Nekkaz, homme d’affaires franco-algérien, explique pourquoi il propose de payer les amendes pour les musulmanes qui ont violé la nouvelle interdiction de la burqa devant le Parlement danois le 11 septembre 2018 à Copenhague, au Danemark. Crédits : Ole Jensen/Getty Images - Getty

Cet opposant et homme d'affaires franco-algérien, qui a tenté d'être candidat à l'élection présidentielle en Algérie, a été cependant déféré samedi devant un Procureur à Genève pour "violation de domicile", après avoir fait irruption dans l'hôpital où est soigné le président Abdelaziz Bouteflika, a annoncé la police genevoise.

Ce drôle de candidat a pu être qualifié par le journal El Watan, de “phénomène nommé Nekkaz”. Car ce franco-algérien, qui a renoncé à son passeport français pour pouvoir candidater en 2014 en Algérie, a fait un tabac dans ses meetings électoraux, à À Khenchela, Batna ou Tébessa, dans un premier temps. 

El Watan se demande comment cet homme « qui n’a pas de parcours politique ou militant, qui n’a pas de parti politique et qui a vécu toute sa vie en France, a pu susciter un tel engouement » ?

Rachid Nahkkaz est un homme d’affaires qui a fait fortune dans la promotion immobilière. Il est surtout devenu célèbre depuis une dizaine d’année en France et dans plusieurs pays européens “pour son action spectaculaire” qui consiste à payer les amendes infligées aux femmes qui portent le niqab et qui “lui vaut une entrée fulgurante dans les cœurs des Algériens », raconte El Watan. 

Surtout, ce quadragénaire sait utiliser les réseaux sociaux : près d’un million et demi de personnes le suivent sur Facebook. Pourtant, prévient le journal algérien, sa candidature risque de ne pas aller très loin : un amendement de la Constitution stipule en effet que pour être  éligible à la magistrature suprême, le candidat doit avoir résidé depuis dix ans en Algérie.  

« Il faut être un bouffon pour ignorer cette condition, ou alors très intelligent pour utiliser cette opportunité électorale et viser d’autres objectifs, comme par exemple se construire une base populaire en attendant un jour que soient supprimées ces conditions.” conclut El Watan.

Pour prolonger : 

Courrier International, "Contestation. Non, l’Algérie ce n’est pas la Syrie  !" EL WATAN - ALGER. Publié le 08/03/2019 - 12:20

Intervenants
  • Directeur de recherches à l’Institut de prospective et de sécurité en Europe (IPSE)
  • Écrivaine, philosophe et islamologue
  • Sociologue et chercheuse invitée au programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à l'ECFR
  • Professeur d’histoire contemporaine à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, spécialiste du Maghreb
  • Professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine, spécialiste de la mondialisation, des délocalisations et des migrations internationales.
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