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La forêt inondée du bassin Négro de Rio, début d’août, lorsque le niveau d’eau est encore élevé, inondant une grande superficie de la forêt primaire, au Brésil

Contradictions contemporaines en Amazonie

58 min
À retrouver dans l'émission

Quels sont les enjeux autour du développement et de la protection du vaste territoire amazonien et de la savane brésilienne, le Cerrado, après l'élection au Brésil du président Bolsonaro, admirateur de Trump ? Quels sont les "malentendus" autour de l'Amazonie?

La forêt inondée du bassin Négro de Rio, début d’août, lorsque le niveau d’eau est encore élevé, inondant une grande superficie de la forêt primaire, au Brésil
La forêt inondée du bassin Négro de Rio, début d’août, lorsque le niveau d’eau est encore élevé, inondant une grande superficie de la forêt primaire, au Brésil Crédits : Photo by: Marco Gaiotti/ClickAlps/REDA&CO/UIG via Getty Images - Getty

L'Amazonie concentre beaucoup des contradictions contemporaines : celles qui opposent protection de l'environnement et développement économique, changement climatique à l'échelle du monde et priorités nationales, à commencer par le Brésil qui possède quelques 2/3 de la forêt amazonienne. 

Qu'est-ce que l'Amazonie? Quels sont les pays concernés par l'Amazonie? Pourquoi les écologistes veulent-ils internationaliser la forêt amazonienne au grand dam des Brésiliens? Quelle est l'importance de l'Amazonie sur la régulation des pluies?

Avec Catherine Aubertin, économiste de l’environnement, directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (l’IRD). Ses travaux portent sur le Brésil et la Guyane notamment. Elle a publié “L’invention du biome Cerrado. Économie verte et socio-biodiversité” pour la revue Confins, en 2013 et “Politiques forestières en Amazonie brésilienne” Du REDD au code forestier 1. Elle publié avec Livia Kalil une analyse de "La contribution du Brésil à la COP21 : l’agrobusiness du futur" dans la revueBrésil(s) (revue éditée par le Centre de Recherches sur le Brésil Colonial et Contemporain - CRBC-Mondes Américains/EHESS)

Florent Kohler, anthropologue, Maître de conférences à l’Université de Tours, Membre du Conseil National de Protection de la Nature. Il a contribué à l’ouvrage collectif dirigé par François-Michel Le Tourneau,  Amazonie brésilienne : usages et représentations du territoire aux éditions IHEAL CREDA, en 2016 

Par téléphone depuis Montpellier, Dr. Neli Aparecida de Mello-Théry, géographe et professeure en développement durable à l'Université de São Paulo. Elle  a occupé plusieurs postes de direction au sein du Secrétariat d’État à la coordination des Affaires amazoniennes du Ministère de l’Environnement, des ressources hydriques et de l’Amazonie du Brésil. Elle a publié en 2017, “Politiques environnementales brésiliennes : intentions et réalités”.

par téléphone depuis Tucson en Arizona, François-Michel Le Tourneau, géographe, spécialiste de l'Amazonie brésilienne, directeur de recherche au CNRS, il a effectué de très nombreuses missions de terrain au Brésil. Il a dirigé l’ouvrage collectif  Amazonie brésilienne : usages et représentations du territoire aux éditions IHEAL CREDA, en 2016.  Il publie prochainement L'Amazonie, le malentendu occidental

Martine Droulers, géographe,  directrice de recherche émérite au Centre de recherche et de documentation sur les Amériques du CNRS. Elle a co-publié avec Céline Broggio le Que sais-je sur le Brésil  aux PUF et elle a dirigé avec François-Michel Le Tourneau, L'Amazonie brésilienne et le développement durable en 2011 chez Belin.

MAIN SQUARE, BARRANCO, LIMA, PERU. Un Indien amazonien portant une paire d’avirons manifeste pour les victimes des sociétés minières et forestières (23 nov. 2018)
MAIN SQUARE, BARRANCO, LIMA, PERU. Un Indien amazonien portant une paire d’avirons manifeste pour les victimes des sociétés minières et forestières (23 nov. 2018) Crédits : Photo de Carlos Garcia Granthon/Fotoholica Press/LightRocket via Getty Images - Getty

Pour prolonger :

Rapport du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) qui détaille les quelques 900 actions en justice intentées contre différents Etats par des citoyens et des ONG.

Rapport de la Plénière de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques sur les travaux de sa sixième session

Mappe : "Amazonie_, Préserver et exploiter",_avec les contributions notamment de Jean-Michel Le Tourneau et Martine Droulers du CNRS (2015). 

"Ce territoire immense, poumon de planète, permet le développement des pays d’Amérique du Sud mais est aussi en danger. La forêt, le pétrole, l’eau de l’Amazone sont les ressources principales des pays voisins et sont aussi problématiques pour cette région qui doit protéger les populations et préserver ses richesses."

La chronique d'Eric Chol, Directeur de la rédaction de Courrier International

Deux reportages dans la presse espagnole  illustrent le rôle clef des chercheurs scientifiques pour protéger la forêt.

Le premier raconte la mise en place depuis le printemps d’un projet scientifique très ambitieux, qui permet d’étudier en temps réel les relations qu’entretiennent les animaux et la flore dans l’écosystème amazonien. Ce  programme baptisé "Providence"  s’appuie sur une quarantaine de chercheurs : des Brésiliens, des Espagnols, des  Australiens et des Français,  et il déploie au cœur de l’Amazonie brésilienne des technologies très sophistiquées pour aller sonder les mystères de la forêt tropicale.

Le quotidien El Pais  a consacré un grand reportage à ce projet Providence et il nous rappelle que cette forêt n'abrite pas moins de 2 500 espèces d’oiseaux, autant de poissons et au moins 16 000 variétés d’arbres. Pour mieux comprendre les rouages de cette forêt, ce programme est allé chercher des spécialistes du génie électrique, de l’intelligence artificielle, de l’informatique, de l’électronique ou encore de la biologie.  C’est ainsi, nous raconte le journal, que des panneaux solaires ont été placés à la cime des arbres, ils alimentent en énergie des dispositifs dotés de caméras et de micros : 

« comme Big Brother, ils enregistrent les activités de la faune et envoient ces données via Internet à des milliers de kilomètres de là », écrit El Pais.  

Voilà comment à distance on voit apparaître des images d’animaux, ou on peut écouter le comportement du dauphin rose ou du crocodile bleu. Car les sons sont très précieux pour comprendre les interactions de la forêt. 

« Nous pensons plutôt à des images quand nous évoquons la vie des animaux, parce que leurs comportements nous touchent. Mais les sons peuvent être beaucoup plus efficaces », explique un des chercheurs de Providence interviewé par El Pais

Grace à leur collecte, la forêt amazonienne se transforme en « un orchestre symphonique, dont les mélodies, raconte ce scientifique, sont aujourd’hui essentielles pour en savoir plus sur l’état de santé de la plus grande forêt tropicale au monde, menacée par l’expansion de l’élevage commercial, certaines monocultures telles que le soja ou encore la construction de centrales hydroélectriques et de routes. »

La cartographie a aussi fait beaucoup de progrès pour dessiner des plans en 3D de la forêt.

Ces nouvelles technologies peuvent s’avérer très utiles aux habitants de la forêt. C’est en tout cas l’espoir de Wendy Pineda, une cartographe péruvienne, qui, nous raconte le journal en ligne espagnol Altaïr, « forme des tribus amazoniennes afin qu’elles puissent représenter leurs terres et les dégâts causés par l’orpaillage clandestin ». Le journaliste a suivi cette femme ingénieure topographe à l’est du Pérou, dans la forêt amazonienne de Madre de Dios. Ici, raconte-il, 

« l’orpaillage illégal a transformé cette partie de la jungle en paysage lunaire : les hectares de marais et de gorges profondes ont été remplacés par une pampa desséchée. On dirait que tout ce qui était vert a été rasé. Les chants des oiseaux et les hurlements des singes ont disparu »

C’est précisément dans cette région que Wendy Pineda aide depuis une dizaine d’années les communautés autochtones à dresser leurs propres cartes. Grâce au financement d’une ONG néerlandaise, elle a conçu un programme pilote pour former une tribu locale au maniement d’un drone : il s’agit d’un « robot volant de la taille d’une valise doté d’une caméra et de quatre hélices », précise le journaliste. Ce drone surnommé par les habitants locaux « l’abeille tueuse », à cause du bourdonnement des hélices, se positionne au dessus d’un site d’orpaillage clandestin. Wendy Pineda explique que les photos et les vidéos que l’appareil va prendre « créeront une mosaïque d’images qui permettra de réaliser une carte détaillée du territoire touché par ces activités ». En réalité, cela fait déjà plusieurs années que les peuples autochtones utilisent cartes, coordonnées et images pour montrer ce qui se passe vraiment sur le terrain et pour tenter de faire valoir leurs droits face aux entreprises minières ou pétrolières.  Mais grâce à ce programme  de cette cartographe péruvienne,  « pour la première fois en Amérique latine, un village de l’Amazonie manipule son propre drone, utilise tablettes et GPS pour surveiller la forêt », conclut le journaliste d’Altair.   

Intervenants
  • Géographe, directeur de recherche au CNRS (Unité mixte de recherche internationale sur les espaces amazoniens à Tucson, Arizona).
  • Géographe, Directrice de recherche émérite au CNRS / Centre de recherches et de documentation de l’Amérique latine (CREDAL) de Paris III
  • docteur en géographie, professeur en gestion de l’environnement à l’Université de São Paulo à l’École des Arts, Sciences et Humanités.
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