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Prince of Saudi Arabia Mohammad bin Salman Al Saud before a bi-lateral meeting held at the Pentagon in Washington, D.C., Mar. 16, 2017. (DOD photo by Sgt. Amber I. Smith/Jim Mattis)

Arabie saoudite

59 min
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Qui est MBS ? Mohammed ben Salmane, prince héritier et vice-Premier ministre d'Arabie saoudite depuis le 23 juin 2017 ? Quelles révolutions opère-t-il en Arabie saoudite ? Quelles conséquences à l'intérieure du royaume et quels enjeux régionaux ?

Prince of Saudi Arabia Mohammad bin Salman Al Saud before a bi-lateral meeting held at the Pentagon in Washington, D.C., Mar. 16, 2017. (DOD photo by Sgt. Amber I. Smith/Jim Mattis)
Prince of Saudi Arabia Mohammad bin Salman Al Saud before a bi-lateral meeting held at the Pentagon in Washington, D.C., Mar. 16, 2017. (DOD photo by Sgt. Amber I. Smith/Jim Mattis) Crédits : Wikicommons

Longtemps le royaume est apparu enlisé dans les sables, assoupi sur le ruissellement de l'or noir et le rigorisme de l'islam wahhabite, troublé une fois par an par les foules de fidèles tournant à Mecque autour de la Kaaba, et voilà qu'en deux ans, un jeune prince entreprend de forcer l'entrée de l'Arabie Saoudite dans le siècle, concentrant tous les pouvoirs, ébranlant en même temps les piliers du système féodal, autant politiques, économiques, sociaux que religieux, ajoutant encore aux convulsions du Moyen-Orient en tentant sans grand succès de faire barrage au grand rival triomphant, l’Iran. Pourquoi Mohammed ben Salmane déclenche-t-il ainsi la révolution? Impétuosité de la jeunesse, visionnaire, nationaliste, populiste? Il veut sortir de la dépendance pétrolière, rétablir, dit-il, un Islam modéré, séduire la jeunesse et convaincre les investisseurs internationaux, tout en emprisonnant quelques un des principaux décideurs économiques du pays. Pourquoi déstabiliser le Liban, guerroyer au Yémen, défier le Qatar et Téhéran? Veut-il embraser plus encore la région avec le soutien explicite de Donald Trump et la caution implicite d’Israël? D’évidence, les risques sont immenses, quelles sont les chances de succès et quelles sont les conséquences pour nous? 

Stéphane Lacroix, professeur associé à Sciences Po et chercheur au CERI. Il a publié Les islamistes saoudiens : une insurrection manquée, en 2015 aux PUF.

Pierre Terzian, Directeur de PETROSTRATEGIES

Depuis Ryad, François-Aïssa Touazi, Ancien diplomate, cofondateur du think-tank CapMena, il a publié Le ciel est leur limite : les dirigeants du Golfe, leur influence, leurs stratégies, aux Editions du Moment en 2014. Il a donné une interview récente à Georges Malbrunot pour Le Figaro, «Une partie de la famille Saoud est déstabilisée», le 12 novembre 2017.

Depuis Dubaï, Camille Lons, chercheuse et coordinatrice au programme Moyen-Orient de l'ECFR. Elle a publié récemment "Modernisation de l’autoritarisme saoudien : le jeu dangereux de Mohammed Ben Salman" sur la site de l'ECFR, le 13 novembre 2017 et pour Les Echos, "Arabie saoudite : le jeu dangereux de «MBS»", le 7 novembre 2017.

La chronique d'Eric Chol

Eric Chol, directeur de la Rédaction de Courrier International, présente la réaction de la presse régionale face au danger, peut-être l’imminence d’une nouvelle guerre, cette presse s’interroge sur l’avenir du  Liban

Les Libanais sont très conscients du danger que constituent pour eux le risque d’une confrontation entre l’Iran et Israël,  explique le site d’information Al Araby Al-Jadid. Les plus optimistes d’entre eux, note le journaliste, espèrent que l’affrontement pourra-être évité. « Peut-être qu’on arrivera au seuil de la guerre, puis que tout cela se terminera par un “règlement” »  espère par exemple un habitant de Beyrouth interrogé par ce journal arabe, financé par le Quatar et basé à Londres. Mais cette hypothèse est selon Al Araby Al-Jadid est peu probable tant la région paraît engagée dans une marche à la guerre. Mais alors, se demandent les Libanais, faut-il se ranger du côté de l’Iran ou d’Israël ? Commentaire du journaliste, qui est allé prendre le pouls de la société libanaise : « La réponse ne va de soi pour personne. Car, explique-t-il, parmi les Libanais, deux camps s’affrontent » Le premier, c’est celui du “front de résistance”, donc anti-israélien. Tout simplement, poursuit le site Al Araby-Al Jadid, « parce qu’Israël est l’ennemi de toujours. Alors que l’Iran est contre Israël ». 

En face, l’autre camp semble embarrassé : il y a ceux qui estiment que la responsabilité de cette guerre qui vient incombe aux Iraniens, les mêmes qui « avaient causé la guerre de 2006 ou encore qui ont implanté ses milices confessionnelles un peu partout au Moyen-Orient ». 

Conclusion du journaliste : 

toute la difficulté va être « de devoir choisir en se demandant qui sera le moins mauvais, qui nous détruira le moins » Mais la vérité, constatent les Libanais interrogés par le journal «  c’est que « nous autres, nous sommes totalement hors jeu. Le spectre de la guerre qui plane au-dessus de nos têtes n’a que faire de ce que nous en pensons ». 

Pour autant, l’attitude de Ryad est loin d’être applaudie
Beaucoup au Liban s’interrogent en effet sur la réalité de la puissance du royaume saoudien. Comme le rapporte le quotidien L’Orient le Jour, l’Arabie saoudite est déjà empêtrée au Yémen, elle est toujours brouillée avec le Qatar, et elle paraît incapable de former un bloc sunnite face à l’Iran, 

Même si, c’est vrai,  reconnaît L’Orient le Jour, Riyad « bénéficie d’ores et déjà de l’appui actif des Émirats Arabes Unis, pays “frère”, en première ligne à ses côtés et véritable puissance militaire du Golfe ». 

Mais quand on regarde ailleurs dans la région, relativise le journal de Beyrouth, 

« le soutien est mitigé à travers les pays sunnites de la région face à une possible escalade des tensions », d’autant insiste-t-il, que la Turquie, l’Égypte et le Pakistan lui feront défaut.

Ce qui rend  difficile un projet saoudien de formation d’un bloc sunnite, si on observe les divergences de priorité entre chacun de ces acteurs.  

Et comment réagit la presse iranienne ? 

En fait, depuis la démission surprise le 4 novembre de l’ancien premier ministre libanais Saad Hariri, toute la presse iranienne met en avant l’union nationale, une union évidemment tournée contre Israel les Etats-Unis et l’Arabie saoudite.
Pour le quotidien réformateur Bahar: 

” La raison principale des tensions se trouve en Israël. Aux États-Unis et en Israël, les ultras veulent une guerre et il y a une grande chance qu’ils réussissent.” 

Le quotidien Ebtekar souligne de son côté  que ni Washington, ni Riyad ni Tel-Aviv ne supportent  “la montée et la percée de l’Iran dans la région grâce à sa lutte victorieuse contre Daech”. Mais le journal prévient : 

”Téhéran doit éviter toute réaction hystérique face aux manœuvres de Riyad et de Washington et de leurs alliés. La retenue et la mesure dont fait preuve l’Iran pourront neutraliser le jeu de Riyad”, conclut Ebtekar. 

Dans la presse ultraconservatrice on est moins réservé. Ainsi le journal Kayhan défend une approche agressive et dénonce ses détracteurs qui, selon lui, sont trop tendres envers les ennemis de l’Iran. La presse iranienne est, elle aussi, sur le pied de guerre. 

Emission enregistrée, le 15 novembre 2017

Pour prolonger :

Les Echos, Qui est « MBS », le nouveau prince héritier d'Arabie saoudite ? par ADRIEN LELIÈVRE - LE 21/06/17

Intervenants
  • Professeur associé à l’Ecole des affaires internationales de Sciences Po, chercheur au CERI
  • directeur de Pétrostratégies
  • chercheuse à l'International Institute for Strategic Studies
L'équipe
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