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Statue royale anthropo-zoomorphe représentant le roi Béhanzin dernier roi du Dahomey (1890-1894)

Art africain : partage ou restitution ?

59 min
À retrouver dans l'émission

L'Art africain est partout, sauf en Afrique, dans nos musées, dans les collections privées au prix d'une folle spéculation. Patrimoine, partage, restitution, repentance post-coloniale ?

Statue royale anthropo-zoomorphe représentant le roi Béhanzin dernier roi du Dahomey (1890-1894)
Statue royale anthropo-zoomorphe représentant le roi Béhanzin dernier roi du Dahomey (1890-1894) Crédits : Patrick Gries. Musée du quai-Branly-Jacques-Chirac.

Stéphane Martin, président du Musée du Quai Branly qui accueille l’exposition, “Les Forêts Natales”, jusqu’au 21 janvier 2018 sur l’art africain. 

Marie-Cécile Zinsou, créatrice de la Fondation Zinsoupour l’art contemporain africain, qui accueille à Cotonou, l’exposition : sur un horizon infini se joue le théâtre de nos affections de Joël Andrianomearisoa jusqu’en février 2018.

Corinne Hershkovitch, avocate au barreau de Paris. Elle a publié avec Didier Rykner La restitution des oeuvres d’art: solutions et impasses en 2011 aux éditions Hazan

Au téléphone depuis Londres, Bénédicte Savoy, professeur et historienne de l’art, à l'Université Technique de Berlin et professeur, titulaire de la chaire Histoire culturelle des patrimoines artistiques en Europe, XVIIIᵉ-XXᵉ siècle au Collège de France. Sa leçon inaugurale Objets du désir. Désirs d’objets a été publiée cette année aux éditions Fayard/Collège de France, son Cours du Collège de France, "A qui appartient la beauté ? Arts et cultures du monde dans nos musées" est disponible sur France Culture et les vidéos  sur le site du Collège de France.  

depuis Bruxelles, Bernard de Grunne, il a participé au rendez-vous Parcours des mondes avec son exposition basée sur un style spécifique de l'art du bassin du Congo : Luba Hemba Cariatides.

La Chronique d'Eric Chol : 

Au Bénin, la restitution du patrimoine africain est devenue une affaire d’Etat…

En particulier depuis qu’un conseil des ministres qui se déroule le 27 juillet 2016 fait valoir la volonté du gouvernement de faire revenir au Bénin les biens culturels qui ont été emportés en France à la fin du XIXeme siècle.

Mais très vite, raconte La Nouvelle Tribune, les autorités béninoises réalisent que les mots ne suffisent pas. « Ce fut un mauvais départ ou du moins une démarche à la légère quand on se réfère aux différents cas de restitution encore infructueux depuis des années », raconte le journaliste ; « plus encore, le Bénin n’avait encore rien fait notamment en termes de textes, ou même d’inventaire sur un tel patrimoine, afin d’avoir une idée précise de ce qu’il demande ».

La réponse de la France fut d’ailleurs à cette époque lapidaire rappelle le journal de Cotonou : « une lettre signée de son ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, pour affirmer sans ambages son opposition avec pour seule ouverture des coopérations muséales », détaille le journal qui reproche au gouvernement béninois de se contenter d’effets d’annonce sans prendre la mesure réelle du dossier.

Mais l’écrivain dramaturge Ousmane Aledji, interviewé par La Nouvelle Tribune, met en garde ses compatriotes : « Afin de récupérer tout cela, le bras de fer n’est pas nécessaire. Le Bénin perdrait face à la France dans un rapport de force ou un rapport de puissance. Mais poursuit-il, je crois que les lois internationales sont de notre côté. Il faut espérer que nous fassions à la fois le travail scientifique et technique mais aussi le travail juridique et le travail au niveau diplomatique. Selon cet intellectuel béninois, ça doit être structuré de sorte que les gens ne voient pas ça comme un affrontement avec la partie française mais comme une réclamation légale et légitime ».

Le discours d’Emmanuel Macron a-t-il changé les choses ?

Il faut lire la réaction de l’écrivain et bloggeur Kwame Opoku, spécialiste de la question, publiée par le site d’information Modern Ghana. Cette réponse est très longue. En voici le résumé. Evidemment, la promesse de la présidence française est une excellente nouvelle. 

« Emmanuel Macron n’a pas seulement prononcé un discours historique, écrit Kwame Opoku : il ouvre la voie à une révolution culturelle en France où les demandes des restitutions d’art africain pillé pendant l’époque coloniale ont toujours été considérées comme impossibles et écartées.».

Satisfait, l’auteur ghanéen ne l’est pourtant qu’à moitié, car en regardant de près le discours d’Emmanuel Macron, il a des doutes sur la volonté réelle de la France. En particulier quand le président français pose des conditions au retour des œuvres. « Quel droit a le successeur des pilleurs de poser des conditions de retour des œuvres volées à leur propriétaires? », s’interroge Kwame Opoku. Et il enfonce le clou, avec une image parlante : 

« Est ce que quelqu’un qui a volé ma Mercedes Benz peut me déclarer sa volonté de me la rendre à la condition que je bâtisse un garage adapté aux bonnes dimensions et que j’engage un chauffeur expérimenté ? ».

Bref conclut l’auteur ghanéen, « Si Macron est sérieux, il devrait déclarer son intention sans condition de rendre les œuvres volées » .

En Algérie, la promesse d’Emmanuel Macron de rapatrier les crânes des résistants algériens conservés en France a t elle été appréciée ?

Pour le quotidienEl Wattan, cela faisait partie des revendications de l’Algérie pour:  « Tourner la page de l’histoire avec la France ». Même si, remarque le journaliste le geste n’est pas totalement désintéressé: 

« En réalité, écrit El Wattan, la déclaration du président français intervient alors que les deux pays semblent s’accorder sur un échange d'ossements de Brazzaville de soldats français enlevés en Algérie contre les ossements de quelques 36 résistants algériens dans la révolte de Zaatcha ».

Exposition du Quai Branly et de la fondation Zinsou/Objets du désir, désir d'objets, B. Savoy/La restitution des oeuvres d'art, D.Rykner& c.Hershkovitch/Exposition de B. de Grunne/ Dieu Gou Par Akati Ekplékendo après la prise du palais Abomey en 1894
Exposition du Quai Branly et de la fondation Zinsou/Objets du désir, désir d'objets, B. Savoy/La restitution des oeuvres d'art, D.Rykner& c.Hershkovitch/Exposition de B. de Grunne/ Dieu Gou Par Akati Ekplékendo après la prise du palais Abomey en 1894 Crédits : Quai Branly / Fondation Zinsou / Fayard / Hazan / B. de Grunne
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