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The Fullerton Hotel Singapore and the Central Business District of Singapor/ ASEAN-member-countries, 2014/Détail, couverture du livre "Asie du Sud-Est. De l'émergence à la puissance" (Ellipses)

Asie du Sud Est : la diplomatie du bambou

59 min
À retrouver dans l'émission

Rivalités en Asie du Sud Est et en mer de Chine : concentration de puissances nucléaires, résistances aux pressions extérieures - notamment celles des grandes puissances, prospérité de Singapour, essor du Vietnam, autonomie et coopérations diverses, anniversaire de l'ASEAN... Quels enjeux régionaux?

The Fullerton Hotel Singapore and the Central Business District of Singapor/ ASEAN-member-countries, 2014/Détail, couverture du livre "Asie du Sud-Est. De l'émergence à la puissance" (Ellipses)
The Fullerton Hotel Singapore and the Central Business District of Singapor/ ASEAN-member-countries, 2014/Détail, couverture du livre "Asie du Sud-Est. De l'émergence à la puissance" (Ellipses) Crédits : Wikicommons/Dem Romero/Astore international/Ellipses

C'est la partie du monde, où les risques de conflits sont, aujourd'hui, les plus aigus, là que se concentrent le plus grand nombre de puissances nucléaires, là aussi que se crée l'essentiel de la croissance économique mondiale. L'Asie, et en particulier l'Asie du Sud-Est, reste cet immense espace terrestre et maritime où les rivalités nationales et les revendications territoriales et maritimes accélèrent les déséquilibres de la planète, avec la participation active de 4 grandes puissances, les États-Unis, la Chine, la Russie et le Japon. Provocations nucléaires de la Corée-du-Nord, bras de fer avec Washington, militarisation des îlots en Mer de Chine, rééquilibrage annoncé des relations entre le président chinois et Donald Trump. C'est à Singapour, la cité-État dont la stabilité et la prospérité font envie alentours que l'on rencontre aujourd'hui les observateurs les mieux informés des rapports de force régionaux. Le moment est d'autant plus intéressant qu'il coïncide avec le 50e anniversaire de l'ASEAN, l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est, fondée dans la foulée de la Communauté Economique Européenne mais sans en avoir développé, loin s'en faut, les ambitions.

Autour de Christine Ockrent :

En plateau, Laurence Daziano, économiste, maître de conférences à Sciences Po et membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique. Elle a publié "Les pays émergents : approche géo-économique", chez Armand Colin en 2014.

Au téléphone, depuis Singapour, Pascal Vennesson professeur de science politique à l'Université Panthéon-Assas (Paris II) et à la S. Rajaratnam School of International Studies, Nanyang Technological University. Il est notamment l'auteur de l'ouvrage ASEAN’s External Agreements. Law, Practice and the Quest for Collective Action (avec Marise Cremona, David Kleimann, Joris Larik, Rena Lee). Cambridge University Press, en 2015 et du Dictionnaire des relations internationales : approches, concepts, doctrines (avec Dario Battistella, Franck Petiteville, Marie-Claude Smouts), Dalloz, en 2012.

Au téléphone, depuis Brest, Éric Frécon, docteur en science politique, enseignant-chercheur à l'École navale et coordinateur de l'Observatoire Asie du Sud-Est au sein d'Asia Centre. Il a coordonné avec Arnaud Pautet, l'ouvrage collectif Asie de l'Est et du Sud-Est : de l'émergence à la puissance (Chez Ellipses en 2015)

Dr YEO Lay Hwee, Directrice du European Union Centre de Singapour et chercheuse senior au Singapore Institute of International Affairs (itw pré-enregistrée en anglais à Singapour).

Manu Bhaskaran, PDG de Centennial Group International à Singapour (itw pré-enregistrée en anglais à Singapour).

"La diplomatie du bambou, ou ne pas mettre tous ces œufs dans le même panier..."

Ouvrages d'E. Frécon, L. Daziano et de P. Vennesson, portrait de C. Ockrent et d'E. Chol
Ouvrages d'E. Frécon, L. Daziano et de P. Vennesson, portrait de C. Ockrent et d'E. Chol Crédits : Ellipses/A. Colin/RF/Courrier Intern./Cambridge/Dalloz

La chronique d'Eric Chol de Courrier International

Eric Chol, Directeur de la rédaction de Courrier International

La presse asiatique parle d’une nouvelle « pax asiana »

Ce titre fait référence évidemment à la fameuse « Pax Americana », et Michael Vatikiotis, un ancien journaliste qui dirige aujourd’hui une ONG basée à Singapour, a publié en janvier une analyse perspicace dans la Nikkei Asian Review : son article tire les conséquences du pivotement du monde et s’intitule : « le temps est venu pour une nouvelle Pax Asiana ». L’explication est simple et découle nous dit l’auteur, de cette idée largement partagée « d’un retranchement possible de l’Occident derrière les barrières du protectionnisme».

Et selon Michael Vatikiotis, le premier effet de ce retrait occidental se traduira par un ralentissement sur les réformes politiques en Asie, voire un freinage brusque dans certains pays. C’est évidemment un tournant historique, après trente ans au cours desquels les pays occidentaux ont joué un rôle important en Asie pour promouvoir les libertés. Et l’autre question que pose cet effacement de l’Occident, c’est évidemment celle de son remplacement . Qui va prendre la relève des Etats-Unis ou de l'Europe en Asie, s’interroge Michael Vatikiotis? En réalité, juge ce très bon connaisseur de cette région du monde, les ambitions des puissances régionales vont combler le vide, avec en première ligne, la Chine, l’Inde ou le Japon. Surtout, nous dit-il, il y a des signaux qui montrent clairement que ces puissances asiatiques sont désormais prêtes à assumer ce fardeau du leadership sur de nombreux sujets, à commencer par celui du libre échange.

La Chine peut-elle prendre le relais des Etats-Unis ?

Un autre article de la même revue, la Nikkei Asian Review dresse précisément un état des lieux en Asie depuis l’annonce faite en janvier par Donald Trump du retrait américain du Traité Trans-Pacifique surnommé le TPP.

« Cette décision a non seulement semé la panique au sein des conseils d’administration des entreprises, mais elle a aussi créé une grande confusion sur l’avenir commercial de l’ensemble de la région Asie-Pacifique », écrit l’auteur.

En résumé, il y a aujourd’hui deux projets de libre échange en lice : le premier consiste en un TPP au rabais, c’est à dire avec non plus 12 mais 11 pays avec le départ des Etats-Unis. Le problème, explique l’auteur, c’est que ce TPP aménagé perd de son efficacité, puisque sans les Etats-Unis ce groupement ne représente plus que 13% du PIB mondial, contre 38% dans sa version initiale. Résultat, explique la Nikkei Asian Review, c’est le deuxième projet qui a aujourd’hui l’avantage . Celui-ci répond au doux acronyme de RECP, en français le Partenariat économique intégral régional, et il est soutenu par la Chine : il rassemble les 10 pays membres de l’Asean ainsi que leurs partenaires commerciaux, donc la Chine, mais aussi le Japon, l’Inde, l’Australie ou encore la Nouvelle Zelande… »

Pour Pékin, qui se prépare à des changements politiques importants à l’automne lors du prochain congrès national du Parti communiste chinois, faciliter cet accord commercial sur le RECP serait du "meilleur effet pour montrer son leadership sur la communauté internationale", conclut le journaliste. Une façon pour la Chine de prendre la relève des Etats-Unis.

Intervenants
  • Economiste, maître de conférences à Sciences Po et membre de la Fondapol
  • Professeur de science politique à l'Université Panthéon-Assas (Paris II) et à la S. Rajaratnam School of International Studies, Nanyang Technological University, Singapour.
  • Docteur en science politique, enseignant-chercheur à l'École navale et coordinateur de l'Observatoire Asie du Sud-Est au sein d'Asia Centre.
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