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Mario Draghi laisse la place de la présidence de la BCE à Christine Lagarde, Francfort, 28 octobre 2019

Banque centrale européenne : de Super Mario à la Reine Christine

58 min
À retrouver dans l'émission

Après le Ministère de l'Economie et des Finances de 2007 à 2011, puis la direction du FMI entre 2011 et 2019, Christine Lagarde prend les rênes de la BCE succédant à l'Italien Mario Draghi. Issue du monde politique, elle aura la lourde tâche de conduire la politique budgétaire de l'Europe.

Mario Draghi laisse la place de la présidence de la BCE à Christine Lagarde, Francfort, 28 octobre 2019
Mario Draghi laisse la place de la présidence de la BCE à Christine Lagarde, Francfort, 28 octobre 2019 Crédits : Boris Roessler - AFP

Après un mandat de huit ans à la tête de la Banque centrale européenne, Mario Draghi laisse la place à Christine Lagarde. L'ancienne ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie sous Nicolas Sarkozy, puis directrice du Fonds Monétaire International de 2011 à 2019 a été proposée par le Conseil européen avant de recevoir la validation des directeurs de banques nationales cet été. Elle est entrée en fonction le 1er novembre 2019.

Si l'Italien avait un profil bien identifié dans le milieu de la finance - banquier de formation, il était passé du poste de vice-président de la branche européenne de la banque d'affaires américaine Goldman Sachs à celui de gouverneur de la Banque d'Italie avant la BCE , l'avocate française, elle, vient de la sphère politique. Aura-t-elle la confiance des caciques de l'économie européenne ? Pour Guillaume Duval, éditorialiste à Alternatives Economiques et conseiller au Conseil économique, social et environnemental, auteur de « Trump, Poutine, Orban, Salvini, le Brexit... Une chance pour l'Europe ! » (Les Petits Matins, 2019), c'est justement ce parcours politique qui pourrait débloquer certains blocages laissés par Mario Draghi :  

La politique de Mario Draghi a concouru à développer les inégalités et le populisme en Europe, notamment en faisant monter les prix de l'immobilier et en nourrissant les intermédiaires financiers. La discussion entre les gouvernements nationaux et Mario Draghi à ce sujet n'a pas toujours été fructueuse. Christine Lagarde peut jouer ce rôle là : elle connait parfaitement ce langage politique, en étant passé par le Ministère de l'Economie et des Finances en pleine crise des subprimes. 

Hamdam Mostafavi, rédactrice en chef de Courrier International, dresse les portraits de Mario Draghi et de Christine Lagarde : 

La Chronique de Courrier International

“C’est l’homme qui a sauvé l’euro”, affirme ​La Repubblica​, qui rappelle ce surnom dont il est souvent affublé “Super Mario”. Le quotidien de Rome - ville dont Draghi  est originaire- surnomme aussi l’économiste italien, banquier et fils de banquier, âgé  de 72 ans, “le sphinx”, car “on ne sait jamais ce qu’il pense”. Pour le journal il restera  l’homme qui était prêt à “faire tout ce qu’il faudra” pour sauver l’euro, une phrase  restée célèbre qu’il a prononcé en 2012. L’économiste américain Paul Krugman le  décrit dans le New York Times comme le “meilleur gouverneur de banque centrale  des temps modernes”. C’était l’homme de “l’unité” qu’on osait critiquer qu’à  demi-mot, ajoute le journal. Même si ces derniers temps les critiques se sont faites  plus virulentes  note Le Financial Times, qui explique que les derniers jours de  Draghi ont été assombri par des querelles “intenses”. Les dernières décisions de  Draghi ont provoqué des divisions au sein même de la BCE, alerte le journal  économique. Et des tensions très fortes avec le président de la banque centrale  allemande - L’Allemagne, avec qui il aura eu une relation compliquée. En 2011, à sa  nomination, le tabloïd allemand Bild le montrait couronné du casque à pointe,  symbole de la Prusse, alors qu’il vantait le modèle allemand. Aujourd’hui, Bild le  qualifie le “comte Draghila” car il est accusé de sucer l’épargne des contribuables  allemands. Pour le Wall Street journal, Mario Draghi part sur une note amère,  l’institution étant soumise à tant de divisions internes et de pressions extérieures que  certains se demandent si elle pourra répondre à la dernière stimulation monétaire décidée par Draghi afin d’éviter la récession dans la zone euro”

Pour le Financial times, elle est un choix peu conventionnel à ce poste, car  contrairement à ses prédécesseurs, l’ancienne avocate et ministre de 63 ans n’est  pas une économiste et n’a jamais dicté de politique monétaire,- le quotidien  économique la décrit même comme “l’anti-Draghi”.  Cette fille d’enseignants, ancienne championne de natation synchronisée, a surtout été reconnue pour son  calme et sa compétence dans la gestion de la crise financière, en temps que  ministre des Finances en France. A la tête du FMI, où elle a succédé à Dominique Strauss-Kahn, “elle a suscité l’admiration grâce à ses talents diplomatiques et à sa  capacité à atteindre le consensus”, malgré son franc-parler lorsqu’elle a notamment appelé les Grecs à payer “tous leurs impôts”. Son approche plus conciliante pourrait  apaiser les tensions au sein de la banque centrale et avec l’Allemagne, espère le  journal britannique. Le Wall street journal s’inquiète néanmoins de son absence  d’expérience dans le domaine monétaire, estimant qu’il “va falloir qu’elle apprenne très vite” alors qu’elle est attendu au tournant. Pour ​le site américain Bloomberg​, ce sont justement ces qualités différentes de Mario Draghi qui feront sa force. Elle  sera celle qui “cherchera des solutions diplomatiques aux problèmes.” C’est aussi une femme de discipli ne, affirme le site, qui rappelle qu’au FMI, elle demandait aux participants des  réunions de ne pas regarder leur téléphone et de limiter leurs interventions à 4 minutes. Pour le journal, sa discipline et son talent politique pourraient être cruciaux quand il s’agira de convaincre les gouvernements nationaux."

La nouvelle présidente de l'institution basée à Francfort, en Allemagne, qui a déjà assuré sa volonté de s'inscrire dans la lignée de Mario Draghi. Pour George Papaconstantinou, professeur à l’Institut Universitaire Européen, ancien ministre des Finances grec, l'Italien a largement contribué à l'évolution de la BCE :

Pendant le mandat de Jean-Claude Trichet, de 2003 à 2011, la BCE était beaucoup plus conservatrice. Quand Mario Draghi arrive, il y a un changement de ton. L'ancien gouverneur de la Banque de France était d'ailleurs complètement opposé à l'idée de soutenir la Grèce, contrairement à Mario Draghi. Le volontarisme de l'Italien a aussi permis de mettre en place des dispositifs d'aide entre les Etats membres. 

Plusieurs mécanismes qui ont permis de surmonter les difficultés colossales intervenues après 2008, comme le souligne Jézabel Couppey-Soubeyran, maître de conférences à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Conseillère éditoriale au CEPII, Centre d'études prospectives et d'informations internationales :

Mario Draghi débute son mandat en 2011 dans un contexte extrêmement difficile : la crise des dettes souveraines. En prenant en charge les risques bancaires, les agences de notation ont douté de la capacité des Etats à ne pas faire défaut, comme la Grèce. C''est le début d'un cercle vicieux où tout se dégrade rapidement. 

Mais le défi le plus important, poursuit-elle, c'est la transparence vis-à-vis des citoyens européens : 

Il faut absolument que la BCE s'exprime, se justifie, explique son rôle et ses projets. Il en va de sa légitimité démocratique. En s'engageant dans la transition écologique, elle pourrait se rapprocher de l'économie réelle et des préoccupations populaires.

Avec Catherine Mathieu, économiste à l’OFCE, spécialiste des questions européennes, Jézabel Couppey-Soubeyran, maître de conférences à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Conseillère éditoriale au CEPII, Centre d'études prospectives et d'informations internationales, et par téléphone, Mathilde Lemoine, professeure à Sciences Po Paris, chef économiste du groupe Edmond de Rothschild, Guillaume Duval, éditorialiste à Alternatives Economiques et conseiller au Conseil économique, social et environnemental, auteur de « Trump, Poutine, Orban, Salvini, le Brexit... Une chance pour l'Europe ! » (Les Petits Matins, 2019) et George Papaconstantinou, professeur à l’Institut Universitaire Européen, ancien ministre des Finances grec.

Intervenants
  • économiste à l’OFCE, spécialiste du Royaume-Uni
  • économiste, maîtresse de conférences en Sciences économiques à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et conseillère scientifique à l'Institut Veblen
  • Economiste et cheffe économiste du groupe Edmond de Rothschild
  • Éditorialiste à "Alternatives économiques" et conseiller au Conseil économique, social et environnemental (CESE)
  • professeur à l’Institut Universitaire Européen, ancien ministre des Finances grec (2009-2011)
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