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Membres & sympathisants  FARC avec le nouveau logo à la rose, qui marque le passage du désarmement au parti politique, Bogotá, 1er sept 2017/Ingrid Bétancourt au centre/ferveur populaire pour la visite du pape, Bogotá, 7 sept 2017

Colombie : les braises de la réconciliation

58 min
À retrouver dans l'émission

Où en est le processus de paix en Colombie? Quelle place est faite aux victimes? Ingrid Betancourt & Daniel Pécaut reviennent sur les enjeux de la mutation des FARC en parti politique et sur la violence persistante dans un pays très inégalitaire, alors que le Pape est en visite en Colombie.

Membres & sympathisants  FARC avec le nouveau logo à la rose, qui marque le passage du désarmement au parti politique, Bogotá, 1er sept 2017/Ingrid Bétancourt au centre/ferveur populaire pour la visite du pape, Bogotá, 7 sept 2017
Membres & sympathisants FARC avec le nouveau logo à la rose, qui marque le passage du désarmement au parti politique, Bogotá, 1er sept 2017/Ingrid Bétancourt au centre/ferveur populaire pour la visite du pape, Bogotá, 7 sept 2017 Crédits : R.ARBOLEDA/AFP/C.ABRAMOWITZ/NOTIMEX E.FRANCO AFP

La Colombie : un demi-siècle de conflit aggravé par le narcotrafic, 260 000 morts, 45 000 disparus, plus de 6 millions de déplacés, un pays trop vite réduit au cycle infernal de la violence et de l’impunité et un acronyme, les FARC. Les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, l'une des plus anciennes et féroces guérillas d'Amérique latine se transforme ces jours-ci en parti politique. Le processus de réconciliation enclenché par le président Santos, lui a valu un prix Nobel de la paix et le soutien appuyé du Vatican. François, le premier pape latino-américain, est en Colombie, cette semaine, pour prêcher le pardon dans un pays à moitié convaincu. Comment une société qui reste parmi les plus inégalitaires du continent peut-elle cicatriser de telles blessures, effacer de tels cauchemars, retisser la trame d'un projet commun entre victimes et bourreaux de tous genres ?

Extrait de l'interview d'I. Betancourt au micro de C. Ockrent
Extrait de l'interview d'I. Betancourt au micro de C. Ockrent Crédits : C. Renard - Radio France

Autour de Christine Ockrent :

- Ingrid Betancourt, ancienne candidate à la présidentielle colombienne en 2002. Dans son livre, Même le Silence a une fin (Gallimard, 2010), décrit avec précision sa captivité aux mains des FARC du 23 février 2002 au 2 juillet 2008.

- A ses côtés en plateau, Daniel Pécaut, sociologue, directeur d'études à l'EHESS, grand spécialiste du rapport politique entre l’ordre et la violence en Colombie et de la « Violencia », la période d’affrontements entre libéraux et conservateurs durant les années 1950. Il a notamment publié L'Ordre et la Violence : transformations socio-politiques de la Colombie de 1930 à 1953. Éditions de l'E.H.E.S.S., Paris, 1987. Il a contribué à la revue Problèmes d'Amérique Latine qui a monté deux numéros autour de ses travaux : "Colombie. Configurations de la violence. Autour de Daniel Pécaut (1)", N° 100 et "Amérique latine. Les formes de la nation. Autour de Daniel Pécaut (2), N° 101, en 2016.

- Par téléphone, Jean-Pierre Bastian, professeur émérite de sociologie des religions à la Faculté de théologie protestante de l'Université de Strasbourg. Il a publié Le protestantisme en Amérique latine, une approche socio-historique (Labor et Fides, 1994).

- Et depuis Bogota, Frédéric Massé de l'Université Externado de Colombie.

Ingrid Betancourt, Christine Ockrent, Daniel Pécaut et Eric Chol
Ingrid Betancourt, Christine Ockrent, Daniel Pécaut et Eric Chol Crédits : C. ABRAMOWITZ - Radio France

La chronique d’Eric Chol

Eric Chol, directeur de la rédaction de Courrier International

Depuis la réconciliation avec les Farc, le gouvernement Santos caresse l’espoir de voir le pays en finir avec la culture de la drogue. Qu'en est-il de la promesse d'une mort annoncée des champs de coca?

Cette promesse, inscrite dans l’accord de paix du 30 novembre 2016, devait même provoquer

« un tournant dans la lutte contre la drogue », écrivait au début de l’année l’hebdomadaire colombien Semana.

Selon ce journal de Bogotá, le plan du gouvernement, baptisé « programme national de substitution des cultures illicites », dispose d’un atout indispensable pour sa réussite, avec la participation des Farc.

« Les Farc, souligne l’hebdomadaire, qui jusqu’à présent protégeaient les cultures, se sont engagés à collaborer efficacement à leur éradication ». Ainsi, écrit l’hebdomadaire, « les Farc doivent s’assurer que le programme est appliqué dans les régions les plus touchées, de sorte que les résultats soient les plus amples possibles, et que la guérilla démontre son engagement contre ces cultures illégales ».

Et pour que le système fonctionne, le gouvernement a imaginé un système de rémunérations pour les paysans, de l’ordre d’un million de pesos par mois, nous dit le journal, soit presque 4000 euros par an, une somme à laquelle il faut ajouter des aides diverses pour financer des nouveaux projets agricoles. Mais le journal prévient :

« La mise en œuvre de l’accord sur la drogue est fondamentale, étant donné l’augmentation alarmante des cultures illicites ».

Peut on dire que le gouvernement est en passe de gagner son pari de lutte contre la drogue ?

Non, loin de là et c’est bien ce qui désole la presse américaine. Bien sûr, il est un peu tôt pour tirer un bilan de ce plan lancé au début d’année. Mais Le Washington Post tire le signal d’alarme, voyant, dans le « boom de la cocaïne aux Etats-Unis un effet indirect de la Paix en Colombie ». Et c’est vrai, selon les derniers chiffres de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, la production annuelle de cocaïne en Colombie a presque quadruplé depuis 2013, passant de 235 à 866 tonnes.

Le journaliste du Washington Post, Nick Miroff, rappelle que :

« 17 ans après le lancement par Washington d’un vaste programme antidrogue en Colombie de 10 milliards de dollars connu comme le Plan Columbia, les champs de coca représentent 185.000 hectares. Les paysans poursuit le journaliste, n’avaient jamais connu un tel essor, pas même lorsque Pablo Escobar régnait sur le trafic de drogue ».

En réalité, résume Le Washington Post, la fin de la guerre avec les Farc a rendu la lutte antidrogue plus difficile, et non l’inverse. Fini le temps où les avions financés par les Etats-Unis déversaient des herbicides sur les champs de coca.

Aujourd’hui, écrit le journaliste, la Colombie a engagé une stratégie, à la fois très documentée et globale contre les narcotiques, mais cette nouvelle politique se heurte à plusieurs obstacles. Elle suscite par exemple chez les paysans un effet pervers qui consiste à faire pousser très vite des plants des coca afin justement de pouvoir bénéficier des subsides de l’Etat.

Ensuite, et le gouvernement le reconnait lui même, il faudra patienter avant de savoir si cette stratégie est efficace: si les Farc ont bien promis d’aider les paysans à renoncer à cultiver de la drogue, il faudra au minimum plusieurs mois avant que ces anciens combattants rejoignent le programme du gouvernement, écrit le quotidien. Programme, précise le journal, qui risque de coûter cher, voire très cher, au moins 500 millions de dollars par an.

« Et si les paysans ne reçoivent pas l’argent promis, il y a fort à parier pour qu’ils continuent à cultiver les feuilles coca », écrit le Washington Post.

Livres et articles sur la Colombie et l'Amérique Latine
Livres et articles sur la Colombie et l'Amérique Latine Crédits : EHESS/PUF/GALLIMARD/LABOR&FIDES/COURRIER INTERNATIONAL

Pour prolonger :

Courrier International, Colombie. "Les Farc se rebaptisent Farc, avec une fleur mais sans fusil", EL ESPECTADOR - BOGOTA, Publié le 01/09/2017

Courrier International, "Colombie. En visite, le pape veut réconcilier le pays", Publié le 07/09/2017

Courrier International, "Colombie. Medellín veut effacer les traces de Pablo Escobar", EL PAÍS - MADRID, Publié le 16/06/2017

Le Soir, "En Colombie, les Farc entrent résolument en politique", 30/08/2017 par ANNE PROENZA

Bibliographie

Intervenants
  • Directeur d'études à l'EHESS, spécialiste reconnu de la Colombie, à laquelle il a consacré de nombreux ouvrages, en français et en espagnol.
  • directeur du Centre de Recherches et Projets Spéciaux (CIPE) de l'Université Externado de Colombie.
  • Professeur de sociologie des religions à l’Université de Strasbourg
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