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 Hall in the Musei Capitolini (Capitoline Museums) in Rome, where the European Constitution was signed on 29 October 2004 and where the European Economic Community had formally been founded in 1957 with the Treaty of Rome (close-up of statue and tabl

Europe, que faire à 60 ans ?

58 min
À retrouver dans l'émission

Les 60 ans du Traité de Rome, dans une Union Européenne en crise et dans une mondialisation contestée : les tourments actuels révèlent-ils une crise de croissance ou une maladie terminale ?

 Hall in the Musei Capitolini (Capitoline Museums) in Rome, where the European Constitution was signed on 29 October 2004 and where the European Economic Community had formally been founded in 1957 with the Treaty of Rome (close-up of statue and tabl
Hall in the Musei Capitolini (Capitoline Museums) in Rome, where the European Constitution was signed on 29 October 2004 and where the European Economic Community had formally been founded in 1957 with the Treaty of Rome (close-up of statue and tabl Crédits : Wikicommons / Hadi

Samedi prochain à Rome les 27 membres de l'Union Européenne célébreront solennellement le 60e anniversaire du traité qui donna naissance au processus d'unification du continent. Une unification par paliers, par cahots, en zigzags, avec des avancées et des coups d'arrêt et qui en 60 ans a forgé le plus vaste et prospère ensemble démocratique.

Mais c'est aussi un processus qui est remis en cause avec virulence parfois dans plusieurs pays membres, - à commencer par la France, un processus qui est fondu ou confondu avec la mondialisation et qui n'a pas suffisamment convaincu et soudé les opinions publiques. Dissensions entre le Nord et le sud de l'Europe à propos de l'austérité économique, fracture entre les pays de l'Est et de l'Ouest sur la question migratoire, rupture enclenchée avec le Royaume-Uni - à son initiative et malgré l'Écosse. Que faire de l'Europe maintenant qu'elle a 60 ans?

Autour de Christine Ockrent :

Nicole Gnesotto, professeur titulaire de la chaire sur l'Union européenne au Conservatoire national des arts et métiers, et présidente du conseil d'administration de l'Institut des hautes études de défense nationale. Elle a co-publié avec Pascal Lamy et Jean-Michel Baer Où va le monde ? chez Odile Jacob.

Enrico Letta, ancien premier ministre italien, Président de l'Institut Jacques Delors, doyen de l'École des affaires internationales de Sciences-Po. Il publie Contro venti e maree. Idee sull'Europa e sull'Italia. Conversazione con Sébastien Millard chez Il Mulino.

Robert Frank, professeur émérite à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et ancien directeur de l'unité mixte de recherche IRICE (Identités, relations internationales et civilisations de l'Europe). Il a co-publié Nos humanités : une chronologie tout en images (avec Caroline Souffir, et Didier Da Silva), chez Hélium/Actes Sud, en 2016.

Au téléphone, depuis Berlin, Daniela Schwarzer, Directrice du Conseil allemand des relations internationales (DGAP).

et Denis McShane, depuis Londres, ancien ministre britannique des Affaires européennes, ancien député travailliste. En 2015, il a publié, Brexit: How Britain Will Leave Europe et plus récemment, How Britain Left Europe chez IB Tauris

E. Chol, au centre, E. Letta et C. Ockrent, N. Gnesotto et de dos R. Frank. Courrier International, 10 mars 2017, Bibliographie des invités d'Affaires Etrangères
E. Chol, au centre, E. Letta et C. Ockrent, N. Gnesotto et de dos R. Frank. Courrier International, 10 mars 2017, Bibliographie des invités d'Affaires Etrangères Crédits : M. Moneghetti/Courrier Intern./Il.Mulino/ActesSud/IB.Tauris/O.Jacob

La chronique d'Eric Chol de Courrier International

L’Europe est très critiquée et la presse européenne se fait l’écho des objections qu’elle soulève…

Il y a les déçus, et ils sont nombreux, il y a les ronchons, qui trouvent que l’Union fonctionne décidément trop mal, pour eux ou leur pays et puis les hostiles, ceux qui rêvent d’en finir avec le projet communautaire.

Commençons par les déçus, avec cet article paru dans le quotidien espagnol Cinqo Dias. Il faut peut-être rappeler que l’Espagne fait partie de ces pays où le mouvement anti-européen n’a pas pris, où l’attachement à l’idée européenne reste très fort. Ce qui n’empêche pas les désillusions, comme celles de ce journaliste de Cinco Dias, à propos de la monnaie unique:

"L’euro vieillit mal écrit-il. Dans nos poches et porte-monnaie depuis quinze ans seulement, la monnaie unique n’est déjà plus le symbole encourageant de l’intégration politique du continent."

C’est vrai, reconnaît l’auteur, l’euro a des réussites à son actif : la maîtrise de l’inflation, la baisse des taux d’intérêt ou la disparition du risque de change. Mais l’enthousiasme initial a bel et bien disparu, et nous dit le journaliste, "l’image fragile que projette l’euro émane des doutes sur la volonté politique de soutenir un projet qui n’a résolu presque aucune question en suspens."

Les Grecs connaissent le même désenchantement,

Pour en parler, le site d’information grec Protagon a choisi de retranscrire un vrai dialogue entre habitants, capté dans un café crétois. La discussion porte sur la possibilité d’un Grexit, la sortie de la Grèce de la zone euro. "Rien ne va plus, explique un enseignant :qu’on sorte de l’Euro, à la fin, pour redresser la tête et que nos enfants aient un avenir".

Réponse de Manolis, un agriculteur: "Avec l’euro, le coût de la vie a flambé, on est jour et nuit dans nos champs, et il ne nous reste rien pour vivre à la fin du mois. Mais il faut se retirer correctement de la monnaie unique, il faut le faire sans perdre les subventions. C’est grâce à elle que nous vivons".

Et alors, voilà ce que lui répond Christoferos, lui-même fils de paysan, parti s’installer à Londres : "Oublie l’Union européenne et les subventions, oublie les grands travaux et les routes. Tu vois bien que dans tout le pays, il y a des pancartes sur les routes signalant qu’elles ont été financées par l’UE". Le dialogue se poursuit, et on sent ce désamour vis-à-vis de l’Europe, mais aussi toutes ces interrogations en cas de Grexit.

En Italie, certains rêvent aussi de sortir de l’Euro.

« Même le monde de la finance le dit : l’Italie doit revenir à la Lire, affirmait il y a quelques semaines le quotidien Il Giornale, en s’inspirant d’un rapport de la société Mediobianca. "Pour le profane, explique le journal de Milan, il ressort immédiatement une chose de ce rapport : le monde de la finance se prépare à un “Italexit” ou, du moins, envisage très sérieusement la sortie de notre pays de l’euro".

Le journaliste, en se basant toujours sur ce rapport de Mediobianca, estime que la situation du pays est intenable: "Nous voici désormais pris au piège, écrit-il: les particuliers sont matraqués, ils sont peu productifs, leur devise est surévaluée, mais la dette ne diminue pas. Dès lors, comment pourrions-nous espérer réduire cette montagne de dettes ?". Sa réponse tient en deux mots : ciao l’Euro...

En Grande Bretagne, les pourfendeurs de l’Europe sont en passe de gagner leur pari.

Ils n’ont pas le triomphe modeste, à lire le The New Statesman, qui a publié récemment un article incroyable : alors que l’on répète depuis des mois que les partisans du Brexit vont se mordre les doigts en découvrant les conséquences de leur vote, le journal britannique prend le contre-pied de cette thèse. Il affirme que non seulement "c’est une erreur de croire que le Brexit sera désastreux pour le Royaume-Uni", mais que "c’est plutôt l’Union européenne qui se dirige vers la catastrophe, si elle ne résout pas ses défauts de construction".

En fait, selon l’auteur, l’historien Brendan Simms, la variable clé n’est pas la puissance britannique mais la faiblesse de l’Europe. Et il prévient :

"L’UE se désagrégerait bien avant le Royaume-Uni, hélas. Si les continentaux veulent remédier à cette situation, il faut qu’ils s’inspirent de ce qu’ont fait les Britanniques en 1707, c’est-à-dire mettre en place une union politique des nations intégrale, dotée d’un seul Parlement commun afin de préserver la monnaie commune et la défense commune. Or c’est la seule chose qu’ils refusent obstinément de faire."

Voilà pour les leçons du New Statesman : il est toujours amusant et un peu paradoxal de voir nos amis de Londres adresser des conseils à Bruxelles.

Pour prolonger :

Intervenants
  • Historienne et politiste, titulaire de la chaire « Union européenne » au Conservatoire national des arts et métiers.
  • ancien Président du conseil des ministres italien, Président de l'Institut Jacques Delors, directeur de l'École des affaires internationales de Sciences Po Paris
  • historien, professeur émérite à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.
  • Directrice de l'Institut allemand de politique étrangère » (Direktorin der DGAP)
  • Ancien ministre britannique des affaires européennes
  • Directeur de la rédaction de l'Express
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