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Préparation d'une affiche de campagne pour le Likud, le parti de Benjamin Nethanyau,  Petah Tikva, 20 février 2020

Israël : un scrutin de plus

58 min
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Les élections législatives en Israël commencent le lundi 2 mars. Quels sont les enjeux ? Quelle tactique Benjamin Nethanyaou va-t-il adopter ? Alors que Donald Trump a rendu fin janvier son "plan de paix", quelles sont les influences internationales dans la région ?

Préparation d'une affiche de campagne pour le Likud, le parti de Benjamin Nethanyau,  Petah Tikva, 20 février 2020
Préparation d'une affiche de campagne pour le Likud, le parti de Benjamin Nethanyau, Petah Tikva, 20 février 2020 Crédits : Jack Guez - AFP

Ce sont les derniers jours de campagne électorale, et les Israéliens y prêtent à peine attention. Pour la troisième fois en un an, ils vont devoir voter pour départager le boc de droite du parti de Benjamin Netanyahu et le bloc de centre-gauche de l'ex-général Benny Ganz. Entre "Bibi" et "Benny", la proportionnelle intégrale permettra sans doute encore une fois à la fraction ultra-nationaliste Avigdor Liberman de jouer à l'arbitre. Denis Charbit, maître de conférences en sciences politiques à l’Open University de Tel-Aviv, auteur de « Israël et ses paradoxes : idées reçues sur un pays qui attise les passions » (Le Cavalier bleu, 2018), analyse les raisons de ces élections peu suivies : 

Aucun des partis politiques n'est capable de susciter de l'attention, parce que c'est le troisième tour en un an : la parole politique peine à convaincre. Elle s'épuise par répétition des mêmes interrogations, des mêmes craintes. Même la presse a des difficultés à être originale. Le discours politique est trop stratégique, trop calculé, qui donne aux électeurs l'impression que le seul but est d'attirer les indécis. 

Ces "élections mornes", selon Denis Charbit, s'expliquent aussi par le manque de différences nettes entre les partis. C'est ce qu'indique Samy Cohen, directeur de recherches au CERI, auteur du chapitre « Israël, dé-démocratiser sans le dire » (Presse de Sciences po, 2019), dans l’ouvrage collectif « Les populismes au pouvoir », dirigé par Alain Dieckhoff et Christophe Jaffrelot : 

Les programmes ne sont pas si différenciés. Benny Ganz ne représente pas une réelle alternative politique. D'où le désintérêt de l'électeur israélien : comment peut-il faire la différence entre blanc bonnet et bonnet blanc ? Benny Glanz ne pourrait l'emporter et créer une coalition que s'il obtient le vote des arabes israéliens, qui représente 20% de l'électorat environ, et s'il accepte de gouverner avec eux. 

Mais les législatives du 2 mars prochain s'inscrivent dans un contexte singulier. Quinze jours plus tard, le 17 mars, Benjamin Netanyahu doit comparaître devant la justice pour corruption, fraude et abus de confiance. C'est la première fois qu'un premier ministre en exercice est ainsi inculpé en Israël. Son score dans les urnes va-t-il en souffrir ? Il y a un mois, tout rayonnant, Benjamin Netanyahu obtenait de son ami Donald Trump le "deal du siècle" selon leur expression commune. Un deal qui prévoit l'annexion des colonies de Cisjordanie et de la vallée du Jourdain. 

Washington l'empêche pourtant de passer à l'acte avant les élections et l'appareil sécuritaire israélien n'est guère enthousiaste. Les résultats vont-ils s'en ressentir dans les urnes ? Robert Malley, directeur de l’International Crisis Group, ancien assistant spécial de Bill Clinton sur la question israélo-arabe (1998-2001), ancien membre du Conseil national de sécurité des Etats-Unis (2014-2017) sous Barack Obama, tient cependant à nuancer ce qui est présenté comme "un plan de paix" par l'administration Trump: 

Le plan de paix n'est pas un plan qui visait à faire reprendre les négociations tout de suite avec à la clef un accord de paix. Il savait que les Palestiniens allaient rejeter cette proposition. A court terme, la séquence suggérerait que ce plan visait à aider la campagne de Netanyahu, qui faisait face à des problèmes légaux et politiques. Présenté en plein dans les procédures de destitution de Trump, le plan a pu éloigner les projecteurs des médias vers l'international. A long terme, ce plan représente la vision de David Friedman, le conseiller de Trump en Israël, et de Jared Kushner, le gendre de Trump, de l'avenir israélo-palestinien. Pour eux, les Palestiniens ont perdu et ils doivent le reconnaître. 

A peine soutenue par les régimes arabes lassés par la cause palestinienne et préoccupés par l'Iran, l'OLP paraît impuissante, la Jordanie laissée pour compte. Faut-il craindre de nouvelles flambées de violence ? Pourquoi aussi une telle impuissance du côté de l'ONU comme de l'Union européenne ?

Avec Samy Cohen, directeur de recherches au CERI, auteur du chapitre « Israël, dé-démocratiser sans le dire » (Presse de Sciences po, 2019), dans l’ouvrage collectif « Les populismes au pouvoir », dirigé par Alain Dieckhoff et Christophe Jaffrelot, Robert Malley, directeur de l’International Crisis Group, ancien assistant spécial de Bill Clinton sur la question israélo-arabe (1998-2001), ancien membre du Conseil national de sécurité des Etats-Unis (2014-2017) sous Barack Obama, Jacques Bendelac, économiste, chercheur en sciences sociales à Jérusalem, auteur de « Israël, mode d’emploi » (Plein Jour, 2018), Sarah Daoud, chercheuse au CERI de Sciences-Po, prépare une thèse sur « L'impact des dynamiques régionales sur la politique intérieure palestinienne : le cas du processus de réconciliation intra-palestinienne depuis 2005 », Denis Charbit, maître de conférences en sciences politiques à l’Open University de Tel-Aviv, auteur de « Israël et ses paradoxes : idées reçues sur un pays qui attise les passions » (Le Cavalier bleu, 2018)

Intervenants
  • Directeur de recherche émérite au CERI Centre d'Etudes et de Recherches Internationales de Sciences Po
  • économiste, chercheur en sciences sociales à Jérusalem, enseignant au Collège académique de Netanya.
  • Chercheuse-doctorante au CERI de Sciences-Po
  • Maître de conférences en sciences politiques à l’Open University de Tel-Aviv.
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