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Alfonso Cuaron, "ROMA", Netflix, Londres 8.02.2019 / T. Fremaux & P. Lescure, présentation à Paris avant le 72è Festival de Cannes, 18.04.2019 / L'offre fictions de l'application HBO Go sur Android mobile phone (Fev 2018)

La bataille des images

58 min
À retrouver dans l'émission

Le secteur audiovisuel (cinéma & télévision), dont les marqueurs culturels sont puissants & qui contribue au soft power, est bousculé par la révolution numérique & les nouveaux mastodontes (Netflix, Apple, Disney). Quels en sont les immenses enjeux créatifs & économiques en cette année charnière ?

Alfonso Cuaron, "ROMA", Netflix, Londres 8.02.2019 / T. Fremaux & P. Lescure, présentation à Paris avant le 72è Festival de Cannes, 18.04.2019 / L'offre fictions de l'application HBO Go sur Android mobile phone (Fev 2018)
Alfonso Cuaron, "ROMA", Netflix, Londres 8.02.2019 / T. Fremaux & P. Lescure, présentation à Paris avant le 72è Festival de Cannes, 18.04.2019 / L'offre fictions de l'application HBO Go sur Android mobile phone (Fev 2018) Crédits : S.-C. Wilson/D. Charriau/O. Marques/SOPA Images/LightRocket/via Getty - Getty

Autour de Christine Ockrent : 

Simone Harari, Ancienne élève de l'ENA, Simone Harari Baulieu est productrice audiovisuelle. Présidente-fondatrice d'Effervescence, groupe français de productions originales pour la télévision et les médias en ligne. Elle vient de publier La chaîne et le réseau : pourquoi Internet ne va pas tuer la télévision (Editions de l'Observatoire, 2019). Elle a donné une interview pour Atlantico « Face à la dispersion extrêmement préoccupante des communautés diverses, le besoin de la télévision comme mass-media global est plus important que jamais » (21 oct. 2018).

François Jost, sémiologue, Professeur émérite à la Sorbonne Nouvelle, Directeur de la revue Télévision (CNRS éditions), Directeur honoraire du Centre d’Etudes des Images et des Sons Médiatiques. Il a publié La méchanceté en actes : à l'ère numérique (CNRS Editions 2018). Il a écrit l'article "Extension du domaine télévisuel" pour le numéro 10 de Télévision : « Mutations de la télévision » _(_CNRS Editions 2019). Il tient le blog comprendre la télé sur le site du Monde.

"Télévision est née en à une époque où il était de bon ton de parier sur la mort prochaine de ce média. Dix ans plus tard, il est toujours là... et les téléspectateurs aussi. En 2010, l’année de la création de cette revue, les Français passaient 3 h 32 par jour devant le petit écran, aujourd’hui c’est un peu plus : 3 h 46 (sources : Médiamétrie). Faut-il en conclure que ceux qui annoncent encore sa fin se trompent ?"

"On peut remarquer d’entrée de jeu qu’en dix ans les adversaires de la télévision ont changé : hier, c’était la notion de « chaîne » qui était mise à mal, on ne cessait de comparer la progression des chaînes de la TNT par rapport aux chaînes « historiques ». Aujourd’hui, le danger vient d’ailleurs : des plateformes de SVOD, des VOD et autres VàD. Plus généralement, la vision délinéarisée des programmes entre en concurrence directe avec la vision du flux télévisuel linéaire." (extrait de l'éditorial du numéro 10 de Télévision : « Mutations de la télévision »)

Yannick Dehée, directeur de Nouveau Monde éditions, chercheur associé au centre d'histoire culturelle de l'université de Versailles-St Quentin, directeur de la publication du Temps des Médias. Il a co-dirigé Les producteurs : enjeux financiers, enjeux créatifs (Nouveau Monde éditions en 2011)

Olivier Bomsel, économiste, directeur de la Chaire d’économie des médias et des marques à Mines ParisTech. Il a publié La nouvelle économie politique : une idéologie du XXIe siècle (Gallimard, Folio, 2017).

"Depuis 2014, les Américains passent en moyenne plus de temps devant leurs écrans de téléphone mobile que devant la télévision. (...) La télévision est donc attaquée sur sa fonction historique de synchronisation (...), encore essentielle pour les grands rendez-vous sociétaux tels que la politique ou le sport." 

"(Avec) l'entrée de nouveaux acteurs mondiaux - Netflix, Google (YouTube), Amazon, Apple - sur le marché de la vidéo à la demande, (les) plates-formes intègrent des outils de recommandation qui substituent aux programmes télévisuels des algorithmes traquant les préférences des consommateurs. Leur modèle économique repose sur les séries (...). Le format sériel  suscite des addictions au récit , qui toutes choses égales par ailleurs, échappent à la régie du temps par la télévision." (La Nouvelle Economie politique, Folio, pp. 69-71)

Bibliographie S. Harari ; O. Bomsel ; F. Jost ; Y. Dehée
Bibliographie S. Harari ; O. Bomsel ; F. Jost ; Y. Dehée Crédits : Ed. de l'Observatoire/Folio/CNRS ed./Nouveau Monde

Les GAFA face à l'Asie

Netflix - Ghoul
Netflix - Ghoul

La revue de presse d'Eric Chol, Directeur de la rédaction de Courrier International

Comment les Gafa s’intéressent-ils à l’Asie et en particulier au marché indien ? 

C’est ce qu’explique une grande enquête du Financial Times, qui commence ainsi : 

« Deux policiers fatigués - un détective expérimenté et son inspecteur subalterne, qui veulent explorer le paysage urbain nocturne. Ils entament une conversation sur  le cas du meurtre horrible qu’ils sont chargés de résoudre, cela ressemble à n’importe quel autre drame policier de Netflix, mais avec une différence cruciale: il s’agit d’un film indien. »

Ce film, en l’occurence fait partie des plans de Netflix pour conquérir le pays de Bollywood. Et c’est la même chose pour Amazon : ces géants du divertissement américain viennent tous les deux de lancer des émissions conçues et produites en Inde  et qui traitent de la réalité contemporaine de ce pays. 

Cela suffira-t-il pour leur permettre à de s’imposer dans un paysage du divertissement indien déjà très rempli? 

Les Américains y croient pour au moins trois raisons. Tout d’abord, explique le South China Morning Post, Netflix vise les jeunes de la classe moyenne accrocs aux nouvelles technologies. «Trois cent millions de personnes disposent maintenant d'un Smartphone en Inde, pays où  la vidéo en ligne est aussi courante que la télévision traditionnelle »,  rappelle le Financial Times

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Deuxième raison d’y croire, pour  Amazon, c’est le prix.  L’abonnement mensuel à la plate-forme américaine coûte en Inde 129 roupies c’est à dire 1 euro 60, c’est moins cher que le service vidéo indien de Hotstar. Pour Netflix, c’est vrai, il faut dépenser plus -500 roupies par mois, soit un peu plus de 6 euros- mais le service reste meilleur marché qu’aux Etats-Unis. Enfin, il y a l’offre. Netflix lance par exemple six séries indiennes originales, dont Baahubali, une version locale de Game of Thrones.  De son côté, Amazon a recruté les stars de Bollywood pour apparaître dans ses programmes. Et puis, il est utile de préciser que les Américains ne visent pas seulement le marché indien, ils veulent aussi toucher tous les fans de séries indiennes. 

Par exemple, raconte le Financial Times, « Ghoul, la série d'horreur en langue hindi de Netflix, a rencontré un public ne parlant pas l'hindi aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada et en Australie ». 

Comme si on voyait émerger un goût mondial pour les contenus indiens. 

Face à ce  rouleau compresseur des Gafa, comment réagissent les pays d’Asie ? 

Le cas de la Corée du Sud est intéressant. Voilà un pays qui ne s’est pas méfié de l’arrivée de Netflix en 2016, raconte le South China Morning Post

A l’époque, les Sud Coréens estimaient que  le contenu principalement hollywoodien de Netflix et son manque d'offres coréennes  freineraient ses ambitions. Erreur !

« l’ objectif de Netflix est justement de capter un public local ». C’est la raison qui a poussé l’entreprise « a beaucoup investir dans le drame sud-coréen Mr. Sunshine, devenu l’émission la plus cotée du pays l’année dernière », explique le Financial Times

Depuis les sociétés de diffusion Coréennes se sont enfin réveillées en formant entre elles une alliance dans laquelle « elles s'engagent à lancer ce qui deviendra le plus grand service de diffusion vidéo en continu du pays, encore inconnu », raconte le journal. Mais cette réplique arrive tard, alors que Netflix et YouTube prennent une part croissante du marché sud coréen. Alors, le pari est-il déjà perdu ? 

« Le vrai gagnant sera le public asiatique, qui va voir affluer de nouveaux contenus de qualité et une guerre potentielle sur les prix qui les rendra moins cher que jamais »

Et la Chine, elle compte aussi peser  ? 

Un journaliste du Financial Times a rencontré Gao Xiaosong, le bras droit du patron d’Alibaba, en charge du cinéma. C’est ce monsieur que Jack Ma a choisi pour aller conquérir Hollywood. Et Gao a un avis très clair sur la question. 

"La mondialisation de l'industrie du divertissement en Chine ne décollera certainement pas de Pékin", explique-t-il. «Mais elle décollera d’Hollywood, car Hollywood produit des films mondiaux." 

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C’est la raison pour laquelle Alibaba Pictures a décidé de coproduire des films, comme par exemple _Green Book_, l’Oscar du meilleur film. Alibaba Pictures a aussi coproduit The Wandering Earth, le film de science-fiction chinois qui a fait un carton au box-office et qui a été repris par Netflix pour une distribution mondiale. Surtout, explique le Financial Times, Gao Xiaosong est aussi convaincu qu'Alibaba a des choses à apprendre à  Hollywood, comme par exemple le commerce électronique et les mégadonnées. 

Intervenants
  • Productrice audiovisuelle, fondatrice d'Effervescence production
  • professeur à l'université Sorbonne Nouvelle Paris III, où il enseigne l’analyse de la télévision et la sémiologie audiovisuelle
  • économiste, professeur à Mines Paris-Tech, directeur de la chaire sur l’économie des Médias et des Marques, auteur notamment de « La nouvelle économie politique », ed. Folio/Gallimard.
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