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Affiche du Président Abdel Fattah al-Sisi, au Caire, le 22 mars 2018, campagne présidentielle (élections du 26 au 28 mars).  Moussa Mostafa Moussa, chef du el-Ghad parti se présente contre le président sortant.

Elections en Egypte

58 min
À retrouver dans l'émission

Quelle est la situation du pays avant les élections présidentielles en Egypte, le 26 mars? Comment la répression s'accentue-t-elle depuis 2013? Comment s'effectue la destruction du politique par les militaires? Les cadres militaires égyptiens sont-ils des "mamelouks modernes"?

Affiche du Président Abdel Fattah al-Sisi, au Caire, le 22 mars 2018, campagne présidentielle (élections du 26 au 28 mars).  Moussa Mostafa Moussa, chef du el-Ghad parti se présente contre le président sortant.
Affiche du Président Abdel Fattah al-Sisi, au Caire, le 22 mars 2018, campagne présidentielle (élections du 26 au 28 mars). Moussa Mostafa Moussa, chef du el-Ghad parti se présente contre le président sortant. Crédits : MOHAMED HOSSAM/EPA/Newscom/MaxPPP - Maxppp

Autour de Christine Ockrent :

Stéphane Lacroix, professeur associé à Sciences Po et chercheur au CERI. Il a dirigé avec Bernard Rougier _L'Egypte en révolutionsaux PUF en 2015 et chez le même éditeur, il a publié Les islamistes saoudiens : une insurrection manquée_, en 2010.

Jean-Pierre Filiu, professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po. Il vient de publierGénéraux, Gangsters et djihadistes. Histoire de la contre-révolution arabe, à La Découverte, et chez le même éditeur, en 2017, Le miroir de Damas : Syrie, notre histoire. Il a publié les blogs "Tensions au sommet de l’Etat égyptien" et "L’armée égyptienne perd pied au Sinaï"

El Mouhoub Mouhoud, professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine où il dirige le master Affaires internationales. Il a publié chez Fayard, L'immigration en France : mythes et réalités et à  La Découverte, Mondialisation et délocalisation des entreprises (5e édition en 2017).

et Tewfik Aclimandos (par téléphone), chargé de cours à l’université du Caire et à l’Université française d’Egypte, il a publié “La recherche du salut. La crise de l’État, de l’islam et de la modernité en Égypte” (« Al-Bahth ‘an al-Khalâs. Azmat al-Dawla wa-l-Islâm wa-l-Hadâtha fî Misr) dans Critique internationale, en 2016.

Pour prolonger :

Pourquoi la comparaison entre les dictateurs arabes d’aujourd’hui et les mamelouks ?

Détails couvertures, "Les Mamelouks, XIIIe-XVIe siècle" de J. Loiseau (Seuil) /  Généraux, Gangsters et djihadistes. Histoire de la contre-révolution arabe de J-P. Filiu (La Découverte)
Détails couvertures, "Les Mamelouks, XIIIe-XVIe siècle" de J. Loiseau (Seuil) / Généraux, Gangsters et djihadistes. Histoire de la contre-révolution arabe de J-P. Filiu (La Découverte) Crédits : Seuil/La Découverte

Comme historien, j’ai jugé pertinent d’éclairer les constructions nationales des dictatures modernes par la très longue durée de l’histoire arabe. S’est imposé le parallèle avec les mamelouks, qui ont gouverné à la fois la Syrie et l’Egypte de 1260 à 1516. Leur groupe d’esclaves affranchis accaparait le pouvoir, tout en l’exerçant au nom du calife. Celui-ci, enfermé dans une prison dorée, était réduit à une fonction purement symbolique, notamment pour la prière du vendredi.

J’établis une comparaison avec les structures militaires, aujourd’hui retranchées de la société qu’elles oppriment tout en se prévalant du peuple, comme hier les mamelouks se réclamaient du calife. Mais ce peuple invoqué sans cesse est réduit au silence et à l’impuissance. Il n’est convoqué que pour de rares plébiscites théâtralisés de confirmation, d’où toute compétition démocratique est exclue. Comme hier, le mamelouk qui remporte le pouvoir est toujours le pire, celui qui est capable d’éliminer l’ensemble de ses rivaux avec le plus grand cynisme. Je vois un tel processus darwinien dans l’accession de Hafez al-Assad au pouvoir absolu en 1970 en Syrie, après sept ans d’intrigues et de complots, d’où il émerge vainqueur car il est le plus implacable.

L’autre similarité tient aux conflits internationaux, pour les mamelouks d’hier avec les Croisés, puis les Mongols et les Ottomans pour leurs disciples modernes avec Israël. Or ces conflits leur importent généralement moins que les règlements de comptes internes. C’est ainsi qu’à la faveur de la guerre des Six Jours, en 1967, Nasser parvient enfin à éliminer son ennemi intime, le maréchal Amer. La guerre aux frontières n’est alors qu’une toile de fond au véritable conflit qui porte sur la conquête et la conservation du pouvoir. On se méprend souvent en analysant les crises internationales sans voir les luttes internes qui les animent.

Extrait du chapitre "Les mamelouks de notre temps", p.66, par Jean-Pierre Filiu, "Généraux, Gangsters et djihadistes. Histoire de la contre-révolution arabe", à La Découverte
Extrait du chapitre "Les mamelouks de notre temps", p.66, par Jean-Pierre Filiu, "Généraux, Gangsters et djihadistes. Histoire de la contre-révolution arabe", à La Découverte Crédits : J-P Filiu / La Découverte

Stratégies religieuses du régime égyptien

Stéphane Lacroix, Le maréchal et les cheikhs : les stratégies religieuses du régime et leurs complications dans l’Égypte de al-Sissi 

L'Egypte de Sissi vue par la presse internationale

Par Eric Chol, Directeur de la rédaction du Courrier international

The New Arab, "Sisi vs Sisi: Egypt's 2018 presidential elections", 28 février 2018
The New Arab, "Sisi vs Sisi: Egypt's 2018 presidential elections", 28 février 2018 Crédits : Alaraby.co.uk / the New Arab

Special coverage: A selection of the latest news and analysis from Egypt's controversial 2018 presidential elections.

  • Vue de Turquie ? 

Le journal Yeni Safak, considéré comme proche du parti AKP, a récemment publié un point de vue sur les élections égyptiennes, dans lequel il explique que 

« les Egyptiens n’ont d’autre choix que de voter pour les putschistes qui, il y a cinq ans, ont renversé le président démocratiquement élu, Mohamed Morsi ». Des putschistes menés par le président sortant Sissi que le journal turc n’hésite pas à qualifier de  « charlatan incompétent ». Et Yenik Safak enchaine: « incompétent, il l’est, car il ne parvient même pas à jeter de la poudre aux yeux du peuple : il ne peut se reposer que sur la violence et le fait accompli ». 

  • Au Liban, la presse n’est pas plus tendre avec le dirigeant egyptien 

Le journal en ligne Daraj - il s’agit d’un site d’informations en langue arabe – a publié un article à la fois caustique mais  qui livre aussi une analyse de la situation égyptienne. Le journaliste se moque de Sissi, présenté comme le sauveur. Selon l’auteur, on voit 

« du Sissi partout, sous forme de jeux, de porte bonheur, de souvenirs, du Sissi à deux sous pour les petits et pour les grands ». Pourtant, remarque le site Darav, il y a beaucoup de gens qui ressemblent à Abdel Fattah Al Sissi : « le vendeur ambulant qui cherche à vous refourguer un produit avarié, le domestique incompétent qui allume un feu dans la cuisine puis soutient qu’il a parfaitement bien fait son travail, ou alors le crâneur qui  affirme qu’il est ami avec tout le monde alors que quand il entre dans un café, tous les clients baissent la tête ».

En revanche, relève l’auteur, ce qui manque à Sissi, c’est l’expérience d’un Nasser, d’un El Sadate ou d’un Hosni Moubarack. Car le président sortant est avant tout un chanceux, résume le journal, et sa chance, 

« c’est que  la révolution de 2011 et le soulèvement de 2013 contre le président Morsi, étaient, autant de transgressions de deux éléments constitutifs de l’identité politique égyptienne, à savoir l’armée et l’Islam ». Selon le journaliste libanais, « après de tels cataclysmes, il fallait revenir à un cadre rassurant, Sissi l’avait compris »

Le président egytien entend donc incarner la  stabilité du régime mais à quel prix, remarque le journaliste libanais : 3000 morts , 17000 blessés, 19000 prisonniers, sur le plan économique, une absence de  résultats. 

«  C’est avec ce capital négatif que Sissi se présente à l’élection présidentielle, celle-ci relève à la fois de la farce et du miracle » conclut le journalise.   

  • Et dans la presse israélienne ?

Le tableau de l’Egypte que dresse David Rosenberg dans le quotidien Haaretz n’est guère plus reluisant. Après avoir dépeint toutes les tares de l’économie egyptienne et les travers du pouvoir - corruption, grands travaux pharaoniques, main mise de l’armée dans le monde des affaires...-  le journaliste explique : 

« l’Egype n’a pas fait que revenir à un régime autoritaire comme du temps de Moubarak, son économie est aussi revenue aux critères en vigueur à l’époque ». Résultat, poursuit le journaliste d’Haaretz, « si vous êtes un diplomé sortant de l’université à la recherche d’un emploi, ou le propriétaire d’une petite entreprise ou encore une mère qui cherche à nourrir sa famille, le FMI n’a rien arrangé du tout ». 

Bref, le terrain est plus que glissant pour Sissi, qui « marche sur une corde raide », estime le journaliste, en recourant à des expédients de court terme avec l’aide du FMI ou d’Israel. Mais il ne fait que  repousser à plus tard les vraies solutions, conclut-il. C’est d’ailleurs le point de vue de la journaliste Rania Al Malky, ancienne rédactrice en chef du Daily News Egypt, et qui a écrit cette semaine une tribune sur le site arabe Middle East Eye, au titre éclairant : 

"Sissi va gagner. Et ensuite, il ne pourra que perdre".

Intervenants
  • professeur des universités en histoire à Sciences Po (Paris). Il anime sur le site du quotidien "Le Monde" le blog "Un si proche Orient".
  • Professeur associé à l’Ecole des affaires internationales de Sciences Po, chercheur au CERI
  • Professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine, spécialiste de la mondialisation, des délocalisations et des migrations internationales.
  • Directeur de la rédaction de l'Express
  • politologue et historien égyptien, spécialiste de l'Islam politique.
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