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Recep Tayyip Erdoğan, rencontre avec Vladimir Poutine le 13 juin 2015.

La Turquie en première ligne

58 min
À retrouver dans l'émission

9 jours avant le référendum voulu par Erdoğan pour renforcer son pouvoir présidentiel, retour sur la situation politique: la société turque minée par les purges successives peut-elle surmonter ses fractures? Comment le nationalisme exacerbé brandi par Erdoğan pèse-t-il sur l'imbroglio géopolitique?

Recep Tayyip Erdoğan, rencontre avec Vladimir Poutine le 13 juin 2015.
Recep Tayyip Erdoğan, rencontre avec Vladimir Poutine le 13 juin 2015. Crédits : Пресс-служба Президента Российской Федерации / Kremlin

Au nord-ouest de la Syrie, une bourgade de la région rebelle a été bombardée a l'arme chimique par les avions de Bachar al Assad, un crime de guerre, une tragédie de plus, qui au-delà des souffrances complique davantage encore la partie de poker menteur à laquelle se livrent au travers de cette interminable guerre civile la Russie, les États-Unis, l'Iran et la Turquie. Quels que soient les changements de pied de Donald Trump à l'égard d'un régime syrien soutenu imperturbablement par Moscou, c'est le plus proche voisin, la Turquie, qui se retrouve en première ligne. Attentats, état d'urgence, asphyxie des médias et des partis d'opposition, pressions sur la minorité kurde dont les voix vont compter, escalade verbale à l'encontre d'une Europe qualifiée de nazie : jusqu'où ce pays membres de l'OTAN, qui a fixé sur son sol des millions de réfugiés, peut-il demeurer un allié fiable ?

Autour de Christine Ockrent :

Dorothée Schmid, directrice du programme « Turquie contemporaine » de l'Ifri. Elle a publié La Turquie en 100 questions chez Tallandier (2017) et elle a dirigé La Turquie au Moyen-Orient : le retour d'une puissance régionale ? (CNRS éditions-IFRI en 2011). "Turquie : du kémalisme au néo-ottomanisme", Dorothée Schmid, dans la revue Questions internationales, janvier/février, 2017

Ahmet Insel, économiste et politologue turc, il est directeur éditorial de la maison d'édition turque Iletisim. Il a publié _La nouvelle Turquie d'Erdogan : du rêve démocratique à la dérive autoritaire._

Depuis Bruxelles à la RTBF, Marc Pierini, ancien ambassadeur européen en Turquie, Chercheur auprès de Carnegie Endowment for International Peace. Il a notamment publié Où va la Turquie ? : Carnet d'un observateur européen (Actes Sud 2013). Il publie un blog mensuel sur la Turquie sur sur le site carnegieeurope.eu Parmi ses dernières analyses : "Looking Beyond Turkey’s Constitutional Referendum", 27 mars 2017 et "Turkey’s Domestically Driven Foreign Policy", 27 février 2017.

Et en duplex depuis Nantes à FRANCE BLEU, Yves Pascouau, Directeur à l'European Policy Centre et chercheur senior associé à l'Institut Jacques Delors. Ses articles dans le cadre de ces 2 think-tanks sont aussi en ligne sur le site European migration law.eu Et il a publié La politique migratoire de l'Union européenne : de Schengen à Lisbonne à la Fondation Varenne, en 2011.

Merci aux équipes de la RTBF et de FRANCE BLEU Loire Océan et à celles de la Documentation d'actualité de Radio France.

Ouvrages d'A. Insel, D. Schmid, M. Pierini et Y. Pascouau
Ouvrages d'A. Insel, D. Schmid, M. Pierini et Y. Pascouau Crédits : LaDécouverte, Tallandier, ActesSud & Fond. Varenne

La chronique d'Eric Chol de Courrier International

Eric Chol, Directeur de la rédaction de Courrier International

L’annulation par plusieurs pays européens de meetings de ministres turcs en Europe a provoqué la colère de Recep Tayyip Erdoğan, qui n’a pas hésité à comparer ces méthodes avec les pratiques nazies. Fallait-il interdire au président ou à ses représentants de venir faire campagne auprès de la diaspora en Europe ? La presse allemande est divisée.

Par exemple dans l’hebdomadaire Die Zeit, le journaliste Till Schwarze soutient cette interdiction.

"Erdogan est l’ennemi des libertés fondamentales dont il prétend venir parler. L’Allemagne a donc raison de ne pas lui offrir une telle tribune", écrit-il.

A ses yeux, cette interdiction donne un signal politique fort .

"Nous respectons les libertés d’expression et de rassemblement, mais pas les délires mégalomaniaques d’un président qui foule aux pieds les droits fondamentaux de son propre peuple".

On retrouve la même tonalité dans les colonnes d’un autre hebdomadaire, le Spiegel, sous la plume de Markus Feldenkirchner pour qui « il est grand temps de se libérer de l’emprise d’Erdogan. »

Mais la presse allemande est loin d’être unanime. Par exemple, le journaliste Ludwig Greven qui s’exprime sur le site de Die Zeit, estime que

"l’Allemagne peut et doit accueillir Erdogan". "La supériorité de notre démocratie tient précisément au fait qu’aucun discours n’est interdit tant qu’il respecte nos lois et l’ordre libéral démocratique. Ce droit vaut également pour les responsables politiques étrangers. Même ceux qui comme Erdogan tiennent des propos nationalistes et menaçants que nous jugeons intolérables" plaide le journaliste.

Au passage, il rappelle que "la démocratie allemande a très bien survécu aux visites précédentes du dirigeant turc, ou à celle de son Premier ministre". Et Ludwig Greven enfonce le clou : "On ne peut pas défendre la démocratie si on ne respecte pas soi-même les règles du jeu. C’est la meilleure conduite à tenir face à l’autocrate turc."

Vu de Turquie, cette crise diplomatique entre Ankara et l’Europe a aussi suscité des réactions très vives.

En effet, la presse turque favorable à Erdogan tire à boulets rouges sur les Européens.

"L’Europe n’a plus rien à proposer au monde",

résume par exemple le quotidien islamiste YENI SAFAK après l’interdiction du gouvernement néerlandais d’accepter un meeting d’un ministre turc. Voilà ce qu’on peut lire dans ce journal, proche de l’AKP, le parti au pouvoir :

"Une fois encore, nous avons eu la preuve flagrante de l’immense hypocrisie de l’Europe. Les conseillers et les gardes du corps de la ministre de la Famille ont été arrêtés et mis en détention. C’est un scandale diplomatique en bonne et due forme". Et le journaliste turc poursuit, en généralisant cette fois-ci à l’ensemble du continent : "L’Europe est fille de la peur et non de l’espoir. L’hégémonie qu’elle prétend exercer sur le monde et la manière dont elle régente ses États membres dépendent directement de sa capacité à s’inventer des monstres, à produire la peur et l’exclusion. Et c’est exactement ce qui s’est passé aux Pays-Bas. Ces derniers doivent rendre des comptes !"

Et le journaliste de Yeni Safak poursuit en parlant de la "décadence intellectuelle, culturelle, artistique de l’Europe qui ne produit plus aucune idée, aucun modèle, aucune valeur digne d’intérêt pour le monde". Un discours presque aussi virulent que celui du président Erdogan qui lui, a traité l’Europe de raciste et de fasciste.

Intervenants
  • Chercheuse, responsable du programme Turquie contemporaine et Moyen-Orient de l'IFRI
  • économiste, éditeur et politologue turc
  • ancien ambassadeur de l’Union Européenne en Turquie, de 2006 à 2011, chercheur à Carnegie Europe à Bruxelles.
  • Responsale Europe de l'association Res Publica
L'équipe
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