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Le palais du Reichstag, côté Ouest, avant le coucher du soleil, par Jürgen Marten/Pendant l'investiture de Trump, Merkel inaugure le musée Barberini, Potsdam, 20.01.2017

L'Allemagne vacille

57 min
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Crise politique en Allemagne, après l'arrêt des négociations, dimanche dernier, sur la formation d’une coalition gouvernementale. L'Europe est inquiète. Y a -t-il une usure de la démocratie représentative? Or, les Allemands croient en leurs institutions et aussi la chancelière, bien qu'affaiblie.

Le palais du Reichstag, côté Ouest, avant le coucher du soleil, par Jürgen Marten/Pendant l'investiture de Trump, Merkel inaugure le musée Barberini, Potsdam, 20.01.2017
Le palais du Reichstag, côté Ouest, avant le coucher du soleil, par Jürgen Marten/Pendant l'investiture de Trump, Merkel inaugure le musée Barberini, Potsdam, 20.01.2017 Crédits : Wikicommons/ Ullstein Bild-Ebner/Bernd von Jutrczenka AFP

Angela Merkel qui a dominé la scène internationale, ces dernières années,  n'est pas prête à lâcher la barre, malgré les difficultés. Pourquoi ? Est-ce qu'on enterre trop vite la chancelière ?  Quel calendrier politique en Allemagne et pour l'Union Européenne alors que les négociations pour le Brexit sont en jeu ?

Stephan Martens, Professeur de civilisation allemande contemporaine à l’Université de Cergy-Pontoise. Il a publié avec Philippe Gustin, _France-Allemagne : relancer le moteur de l'Europe,aux éditions Lemieux, en 2016 et vous avez co-dirigé avec Barbara Kunz et Hans Stark, L'Allemagne sur la scène internationale : en quête de stabilité dans un monde qui change_ publié cette année aux éditions Presses universitaires du Septentrion.

Hans Stark, Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes de l'Ifri (Institut Français des Relations Internationales) et professeur à l’université de Paris IV. Outre l’Allemagne sur la scène internationale, précédemment cité, il a co-dirigé avec Nele Katharina Wissmann, L'Allemagne change ! : risques et défis d'une mutation,  aux Presses universitaires du Septentrion en 2015. Signalons aussi, dans la revue Politique étrangère, "Élections allemandes : le jour d'après" (n° 3, automne 2017)

Depuis Berlin, Claire Demesmay, Responsable du programme franco-allemand à l'Institut allemand de politique étrangère (DGAP). Elle a publié en 2016 France-Allemagne par images interposées aux éditions Presses Universitaire du Septentrion.

Daniel Cohn-Bendit, ancien député européen. Il a publié avec Hervé Algalarrondo_Et si on arrêtait les conneries ? : plaidoyer pour une révolution politique_chez Fayard en 2016.

Ouvrages de S. Martens, H. Stark, C. Demesmay, D. Cohn-Bendit et couverture de "Courrier International", du 23-29 nov. 2017,  "Les Mille et un tours de Macron"
Ouvrages de S. Martens, H. Stark, C. Demesmay, D. Cohn-Bendit et couverture de "Courrier International", du 23-29 nov. 2017, "Les Mille et un tours de Macron" Crédits : Ed. Lemieux, Septentrion, Fayard/Courrier International

La chronique d'Eric Chol

Eric Chol, directeur de la Rédaction de Courrier International, 

Le Royaume Uni suit de très près la crise allemande…

La plupart des journaux britanniques s’inquiètent des  conséquences sur le Brexit au moment où les discussions s’enlisent.

Pour Le Télégraph, 

“les brusques interrogations quant à l’avenir d’Angela Merkel auraient difficilement pu arriver à un moment plus délicat”.

Le quotidien rappelle que la plupart des Britanniques espéraient qu’une fois la coalition allemande serait formée, Angela Merkel serait tout à fait disponible pour s’occuper du Brexit. Aujourd’hui, estime le journaliste, 

“dans les limbes politiques”, "l’Allemagne risque de voir son influence amoindrie sur la scène européenne ».

Même tonalité de la part de The Independant, pour qui, 

"L’affaiblissement de Merkel permettra à Macron, Barnier, Juncker et leurs alliés de faire valoir leurs exigences et de pousser pour un Brexit dur".

Mais les conséquences de cette crise politique allemande dépassent la question du Brexit : selon Gideon Rachman, du Financial Times, «

" Pendant l’ère Merkel, l’Allemagne est devenue “le pays indispensable” de l’Europe sur plusieurs questions importantes – la Russie, les réfugiés, l’euro. « Si l’ère Merkel touche à sa fin, comme c’est désormais nettement possible, écrit-il, l’Europe se trouvera dans une situation périlleuse."

Selon Gidon Rachman, Angela Merkel est la seule capable de trouver un point d’équilibre, que ce soit en Allemagne, où  

« un nouveau chancelier sera probablement beaucoup moins disposé à prendre des risques pour l’Europe que Mme Merkel », mais aussi en Europe, car, toujours selon Gideon Rachman,  « même si le prochain gouvernement est plus proche du reste de l’Europe en matière de migration, il est peu probable que l’unité européenne en sorte renforcée. »

Quelles sont les autres réactions ailleurs en Europe ?

Un peu comme au Royaume-Uni, chacun analyse cette crise allemande avec ses propres lunettes nationales. Par exemple en  Espagne, on se demande si Berlin ne serait plus une exception.  C’est en tout cas la question que pose le quotidien ABC

“L’Allemagne est désormais aussi affaiblie par le désordre électoral qui a touché d’autres nations. Notamment l’Espagne.” ABC fait la comparaison avec “la fragmentation du panorama politique allemand.  Une nouvelle élection en Allemagne ne serait pas un drame, de même qu’il ne l’a pas été en Espagne.”

En Pologne, le quotidien conservateur modéré Rzeczpospolita regrette l’incapacité des  partis allemands à former cette fameuse coalition “jamaïcaine” qui aurait été, un partenaire “de rêve” pour les Polonais. Le journal de Varsovie craint  que cet échec n’aboutisse au départ de la chancelière, car écrit Rzeczpospolita 

“elle est sans doute le dernier responsable politique de ce niveau en Allemagne à comprendre que la réconciliation avec la Pologne fût rendue possible grâce à la capacité des Polonais à pardonner les crimes allemands.”

En Italie, le journal Il Foglio croit avoir trouvé la solution. Pour le quotidien, 

« le cas allemand montre que même les systèmes les plus robustes du monde, sans corrections musclées pour simplifier le cadre politique, ne trouvent pas de moyen d’éviter que ce soit la fragmentation qui gouverne le pays ».  Alors que la France, elle, « a trouvé une manière efficace de gouverner ses 246 variétés de fromages. Et, peut-être, lors de la prochaine campagne électorale dans notre pays, y aura-t-il quelqu’un qui aura le courage d’expliquer qu’avant de penser à européaniser l’Italie, il faut comprendre comment franciser l’Europe. »

Et en dehors de l’Union européenne ?

C’est l’inquiétude qui prédomine. Très critique, le journal suisse Le Temps reproche à Angela Merkel 

ses "grandes coalitions» gauche-droite qui ont brouillé les repères idéologiques et ouvert une voie triomphale au populisme. » Le journal de Lausanne résume : « Concocter un salmigondis de sensibilités opposées dans un mélange insipide, mais souvent efficace: c’était ça, la méthode Merkel".

Même jugement de la part du Devoir, le quotidien de Montréal, qui rappelle, au moment où l’on parle de nouveau d’une possible grande coalition que celle-ci a été rejetée par les électeurs allemands en septembre. Or dit le journaliste, « le président Steinmeier semble pourtant vouloir relancer cette alliance. Elle ne ferait pourtant que reporter l’échéance d’un réalignement politique inévitable. Difficile d’imaginer qu’elle permette à Merkel de demeurer au pouvoir encore quatre ans », croit-il savoir.

Intervenants
  • Professeur à l’Université de Cergy-Pontoise, directeur de l'UFR Langues et Etudes Internationales
  • homme politique
  • Directrice du programme franco-allemand de l'Institut allemand de politique étrangère (DGAP - Deutsche Gesellschaft für Auswärtige Politik)
  • Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) de l'Ifri (Institut Français des Relations Internationales) et professeur à la Sorbonne.
  • Directeur de la rédaction de l'Express
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