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Brazil, Copacabana: Thousands of protestors march in favor of far-right candidate Bolsonaro, 21.10.18 / Sympathisers of the Workers Party (PT) march against the far-right candidate Bolsonaro in Recife,  where Lula da Silva was born, 20.10.18

Le Brésil avant le second tour de l'élection présidentielle

58 min
À retrouver dans l'émission

Il y a 15 jours, lors du 1er tour de l'élection générale, les Brésiliens ont exprimé, avec force, le rejet du système, leur volonté de dégager une classe politique synonyme de corruption et de clientélisme. Le candidat de l'extrême droite, Jair Bolsonaro, s'est envolé dans les sondages.

Brazil, Copacabana: Thousands of protestors march in favor of far-right candidate Bolsonaro, 21.10.18 / Sympathisers of the Workers Party (PT) march against the far-right candidate Bolsonaro in Recife,  where Lula da Silva was born, 20.10.18
Brazil, Copacabana: Thousands of protestors march in favor of far-right candidate Bolsonaro, 21.10.18 / Sympathisers of the Workers Party (PT) march against the far-right candidate Bolsonaro in Recife, where Lula da Silva was born, 20.10.18 Crédits : Fabio Teixeira/Diego Herculano/picture alliance via Getty Images - Getty

Autour de Christine Ockrent :

Alfredo Valladão, Professeur à l'Ecole des Affaires Internationales de Sciences Po Paris, Senior Research Fellow à l'OCP Policy Center et membre du Conseil international du Centre Brésilien de Relations Internationales (CEBRI).  Il a donné une interview pour l'Institut Montaigne, le 12 octobre 2018, "Elections au Brésil : l’extrême droite aux portes du pouvoir ?" et il a publié l'article, "Bolsonaro : l’ascension inquiétante d’un obscur capitaine" pour l'OCP Policy Center-Opinion.

Armelle Enders, historienne du Brésil contemporain, professeure à l'Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Elle a publié Histoire du Brésil, chez Chandeigne en 2016 et plus récemment l'article, Brésil : apocalypse now ! le24 octobre 2018, pour le site The Conversation.

En duplex depuis Radio France Lyon, Hervé Théry, Directeur de recherches émérite au CNRS-Creda, professeur invité à l'université de São Paulo et codirecteur de la revue Confins. Il a publié Le Brésil Pays émergé chez Armand Colin, en 2016

Par téléphone, Maud Chirio maître de conférences à l'université de Paris-Est Marne-la-Vallée, elle a publié La politique en uniforme : l'expérience brésilienne, 1960-1980 (Presses Universitaire de Rennes en 2016). Elle a donné une interview pour Le Monde, « Bolsonaro va mettre en place un régime fascisant », le 25 octobre 2018.

Par téléphone depuis São Paulo, Francisco Cintra, docteur en science économique de l’Université de Paris 1

L’ascension fulgurante de Bolsonaro inquiète l’Amérique latine

La revue de presse d'Eric Chol, Directeur de la Rédaction de Courrier International

Extrait de la rubrique "Elections au Brésil" du quotidien argentin  La Nación, le 28 octobre 2018, le candidat de l'extrême droite, Jair Bolsonaro en campagne (photo)
Extrait de la rubrique "Elections au Brésil" du quotidien argentin La Nación, le 28 octobre 2018, le candidat de l'extrême droite, Jair Bolsonaro en campagne (photo) Crédits : LA NACION / DPA

Beaucoup d’observateurs se demandent comment l’élection très probable du leader d’extrême-droite risque de bouleverser l’échiquier politique de la région. On reste encore évidemment au stade des questions, celles que posent par exemple ce journaliste de la Nación, le grand quotidien argentin

« Le virage à droite du Chili et de la Colombie s’élargira-t-il, ou verrons-nous une remontée historique qui confirmera le changement de cap vers la gauche initiée par López Abrador au Mexique ? », s’interroge le journaliste. 

« Quels effets aura le débarquement au palais du Planalto [siège de la présidence brésilienne] d’un dirigeant proche des idées de Trump au lieu de celui qui était censé poursuivre les politiques de Lula da Silva ? Comment réagira Caracas si de l’autre côté de ses deux principales frontières ses plus grands détracteurs gagnent en puissance ? ». 

Le journaliste désigne le Brésil de Bolsonaro et la Colombie d’Ivan Duque, les deux grands voisins du Vénézuela. 

Il est difficile en effet d’échapper à l’impact de la crise vénézuélienne, qui a servi d’argument électoral pour Bolsonaro. Ainsi, le candidat brésilien favori n’a cessé de répéter : 

“Les gens bien au Brésil veulent se débarrasser du socialisme, ils ne veulent pas d’un régime comme celui du Venezuela. Nous ne voulons pas que le Brésil soit demain ce que le Venezuela est aujourd’hui.” 

Pour le journaliste de La Nación , c’est clair, 

«  la crise vénézuélienne continue de donner le ton sur l’échiquier de la région. »

L’arrivée de Bolsonaro à la tête du Brésil n’est pas de nature à rassurer les diplomates régionaux. 

Interrogé par le quotidien argentin, Michel Leví, spécialiste des relations internationales à l’université Simón Bolívar, en Équateur, explique que :

"si le triomphe de Bolsonaro se confirme, l’Amérique latine verra des 'relations traumatisantes' entre les gouvernements."

Cette élection annonce-t-elle une vague populiste en Amérique Latine ? 

C’est  la question que pose Christobal Rovira Kaltwasser, un professeur de sciences politiques à Santiago du Chili. Dans un article publié par le site Project Syndicate ce chercheur se demande si effectivement la vague du populisme de droite, à l’œuvre aux  Etats-Unis et sur une partie de l’Europe ne serait pas entrain de toucher l’Amérique Latine. Mais non, répond Christobal Rovira Kaltwasser car : 

« ce phénomène Bolsonaro n’est pas représentatif du paysage politique d’Amérique latine, qui a effectivement viré à droite, mais reste modéré ». 

Il prend pour exemple Mauricio Macri et  Sebastian Pinera, les deux dirigeants argentin et chilien élus respectivement en 2015 et 2017 et qui depuis gouvernent, nous dit l’auteur,  au centre droit. 

Même analyse de la part d’un autre expert, l’urugayen Andres Malamud, interrogé par le journal la Nación.  

“Je ne vois pas de schéma uniforme se dégager dans la région, explique-t-il : le Mexique vire à gauche la même année où le Brésil risque fort de virer à droite. En fait, s’il y a un schéma quelconque, c’est celui de l’hétérogénéité, avec certains pays (le Nicaragua et le Venezuela) où la démocratie s’est effondrée, et d’autres (la Colombie et l’Équateur) où elle s’est consolidée.”

Mais ce paysage politique hétérogène ne retire rien au danger que représente  Bolsonaro  pour la démocratie. 

Comme l’écrit Christobal Rovira Kaltwasser, dans Project Syndicate : 

« si la probabilité est faible que l’Amérique Latine dans son globalité soit confrontée à une vague populiste de droite, ca ne réduit pas la menace qui pèse sur le Brésil ». 

Le  journaliste mexicain Jorge Ramos, interviewé par El Pais note pour sa part : 

« La montée de Bolsonaro au Brésil reflète malheureusement le pire aspect du Brésil et de l’Amérique Latine. Sans aucun doute, il y a une énorme déception vis-à-vis de la démocratie dans notre hémisphère ». 

Intervenants
  • Professeur à Science Po, Président du conseil consultatif d'EUBrasil association
  • historienne du Brésil contemporain, professeure à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis et chercheuse à l'Institut d'histoire du Temps Présent
  • Historienne, maître de conférences à l'Université de Paris-Est Marne-la-Vallée.
  • docteur en science économique de l’Université de Paris 1 - Panthéon Sorbonne
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