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A line of Syrian refugees crossing the border of Hungary and Austria on their way to Germany. Hungary, Central Europe, 6 September 2015.

Les Réfugiés

58 min
À retrouver dans l'émission

La question migratoire enflamme les débats en Europe. Les traditions d'hospitalités sont bouleversées. Les problèmes politiques et moraux se posent de manière aiguë. L'asile est affaire de politique nationale. Quelles réponses donner aux défis des mouvements migratoires au niveau européen?

A line of Syrian refugees crossing the border of Hungary and Austria on their way to Germany. Hungary, Central Europe, 6 September 2015.
A line of Syrian refugees crossing the border of Hungary and Austria on their way to Germany. Hungary, Central Europe, 6 September 2015. Crédits : Wikicommons/Mstyslav Chernov

Ken Roth, il est directeur exécutif de Human Rights Watch depuis 1993, on retrouve sur son site de nombreuses ressources dont le dernier rapport mondial de Human Rights Watch.

Jean-Christophe Dumont, il est chef de la division des migrations internationales à l'OCDE. Rappelons le rapport annuel sur les Perspectives des migrations internationales 

Hélène Thiollet, elle estchargée de recherches au CNRS et professeur à Sciences Po. Elle a dirigé avec  Camille Schmoll et Catherine Wihtol de WendenMigrations en Méditerranée : permanences et mutations à l'heure des révolutions et des crises (CNRS éditions 2015). Elle a publié:  _Migrants, migrations : 50 questions pour vous faire votre opinion,_aux éditions Armand Colin en 2016

au téléphone depuis Israël: Jean-Marc Liling, il est directeur du Centre pour les migrations internationales et l’intégration (CIMI)

Merci à Michel Zlotowsky

 Migrant children arrive in Messina, Sicily, Italy, 8 October 2015
Migrant children arrive in Messina, Sicily, Italy, 8 October 2015 Crédits : Wikicommons / VOA - Nicolas Pinault

La chronique de Eric Chol:

En Afrique, les réfugiés d’un camp des Nations Unies sont victimes de la moindre générosité des grands pays donateurs, à commencer par les Etats-Unis.

Un  journaliste du Washington Post s’est rendu au Kenya, dans le camp des Dadaab où vivent 250 000 réfugiés.

Parmi ceux-ci, il y a Khairo Hassam, une somalienne de 44 ans. Elle a fui la Somalie en 2010 avec ses enfants quand la milice Islamiste al Shabab a pris le contrôle de sa ville. Son mari, lui, a été abattu en pleine rue. Cela fait donc presque 8 ans qu’elle vit dans ce camp de Dabaab, mais quand le journaliste du Washington Post la rencontre, Khairo Hassam  est sur le point de retourner en Somalie avec deux de ses filles et sa petite fille. Elle va rentrer à Mogadiscio, l’une des villes les plus dangereuses du monde, là où un camion s’est fait exploser en tuant 512 personnes, c’était en octobre.

Alors pourquoi rentrer dans ce pays, où le terrorisme a fait 4200 victimes l’an passé, un pays menacé par la famine, se demande le journaliste ? En fait, Khairo Hassam participe au programme des Nations Unies de « rapatriation volontaire », qui fournit des centaines de dollars aux réfugiés faisant le choix de rentrer chez eux.

Mais en réalité, précise le journaliste, il n’y a rien de volontaire dans la démarche de Khairo Hassam . Si la Somalienne rentre chez elle, c’est parce qu’elle n’a pas le choix. D’une certaine façon, elle est 

« l’illustration de la façon dont le système d’aide international est tombé en panne, alors qu’il doit faire face à la plus grande crise de réfugiés depuis la deuxième guerre mondiale » .

En cause, il y a évidemment le serrage de boulons financiers de la part des grands donateurs. Les Nations Unies, sous pression, ont du revoir à la baisse les portions alimentaires distribuées aux réfugiés ; c’est précisément ce qui est arrivé dans ce camp de Dadaab, où les résidents doivent pour s’alimenter correctement acheter de la nourriture à crédit sur les marchés locaux. Et voilà comment Khairo Hassan s’est endettée au fil des mois, jusqu’à  400 dollars, une somme qu’elle a été incapable de rembourser avec les trois malheureux dollars qu’elle gagne chaque mois en vendant des bananes. Elle a subi des menaces de la part de ses créanciers, et elle a fini par craquer et accepter de rentrer en Somalie afin de toucher l’argent pour effacer son ardoise.

En fait, « sans le vouloir, les Nations Unies ont créé le seul mécanisme pour permettre à des gens comme Khairo Hassam de rembourser leur dettes : revenir dans une zone de guerre », conclut tristement le journaliste.

En Ouganda, au contraire, on accueille à bras ouvert les réfugiés

Oui, une enquête du magazine allemand Spiegel rappelle que « ce petit pays a la politique la plus accueillante au monde en la matière », puisque près d’un million de sud Soudanais s’y sont installés depuis 2013, sans parler des dizaines de milliers de Congolais qui fuient leur pays depuis quelques mois.

Et c’est vrai, les autorités font bien les choses raconte le Spiegel: par exemple, dans le camp de Bidi Bidi au Nord du pays, chaque réfugié reçoit un lopin de terre de 30 mètres sur 30. « La terre est aride et le climat est rude, écrit le journaliste, mais c’est un endroit sur pour ces gens qui ont fui la guerre ».

Pourtant, il n’y a pas que l’altruisme qui guide la politique de l’Ouganda, raconte le magazine : 

« l’aide internationale qui se déverse sur le Nord Ouest de ce pays sous développé est extrêmement utile, les ONG ont percé des centaines de kilomètres de route ».

Bref un boom humanitaire, qui provoque un afflux d’argent dans tout le pays et fait tourner l’économie. Mais le journaliste du Spiegel a recueilli les témoignages de travailleurs humanitaires et ceux ci lui ont raconté comment ce business des réfugiés permet d’enrichir certains responsables politiques, qui n’hésitent  pas à se servir dans les poches des ONG. Détournements de fonds, affaires de corruption : l’envers du décor n’est guère reluisant, mais comme l’écrit le Spiegel, « il est plus facile d’ignorer ces critiques anonymes quand on peut se présenter comme le pays le plus accueillant du monde ».

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