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Le Premier ministre britannique Boris Johnson, le 5 septembre dans le West Yorkshire, a appelé jeudi à la tenue d'élections anticipées après une série de votes parlementaires qui ont bouleversé sa stratégie du Brexit.

Les tribulations du Brexit

58 min
À retrouver dans l'émission

Dense semaine au Royaume-Uni. Le Brexit sans accord, promu par le Premier ministre Boris Johnson, semble être évacué au profit d'un énième report. Les stratégies du chef des Conservateurs ont été mises à mal par Westminster, qui veut repousser le divorce avec l'Union européenne.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson, le 5 septembre dans le West Yorkshire, a appelé jeudi à la tenue d'élections anticipées après une série de votes parlementaires qui ont bouleversé sa stratégie du Brexit.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson, le 5 septembre dans le West Yorkshire, a appelé jeudi à la tenue d'élections anticipées après une série de votes parlementaires qui ont bouleversé sa stratégie du Brexit. Crédits : Danny Lawson - AFP

Le Brexit peut-il encore se faire sans accord avec l'Union Européenne, comme le souhaiterait Boris Johnson ? Quand pourrait finalement intervenir le divorce avec le continent ? Ces deux questions raisonnent dans l'actualité comme un refrain bien connu depuis plusieurs mois. Mais cette semaine, l'antienne a soudainement repris de la vigueur, alors que le Premier Ministre martelait, depuis son arrivée à Downing Street fin juillet, son message d'une sortie sans négociations avec Bruxelles - le fameux "do or die" pour Halloween, prévue le 31 octobre prochain. L'ambiance à Londres est électrique, comme le confirme Jonathan Fenby, ancien directeur de The Observer : 

L’Angleterre est connue pour son calme, mais aujourd’hui c’est un conflit survolté entre le Premier ministre et la majorité qui est contre une sortie sans accord de l’Union européenne. Cette violence est suivie et amplifiée par les médias britanniques, comme le Daily Telegraph, qui reste un supporter du Brexit. 

La rentrée parlementaire a bousculé les plans de Boris Johnson en perdant, mardi 3 septembre, la majorité au Parlement - qui ne tenait qu'à une seule voix - avec le départ de Philipp Lee vers le Parti libéral-démocrate. Un chamboulement qui bouscule la structure traditionnelle des Conservateurs, indique Agnès Alexandre-Collier, en délégation au CNRS à la Maison Française d'Oxford : 

C’est une guerre civile larvée dans le camp conservateur, puisque Boris Johnson veut éliminer tous les frondeurs. Or ce Parti a toujours été considérée comme une large organisation avec des sensibilités très différentes. Cette décision marque donc une évolution vers un parti unifié pour un hard Brexit, même si la question européenne a toujours créé des débats au sein des Tories. 

Second camouflet pour le "Trump anglais", mercredi 4 septembre, avec une proposition de loi des députés du "Deal", qui forment une coalition hétéroclite entre des travaillistes, des libéraux, des conservateurs "rebelles" et des indépendants écossais. Cette mesure, finalement adoptée par la Chambre des Lords vendredi 6 septembre, contraint le Premier ministre à demander un nouveau délai de trois mois pour le Brexit, si aucun accord n'est trouvé avec Bruxelles d'ici le 19 octobre. Mais bad news pour celui qui préférait "crever dans un fossé" plutôt que de négocier à Bruxelles. Thibaud Harrois, maître de conférence à l'Université Sorbonne Nouvelle nous explique : 

Boris Johnson espérait proposer la dissolution du Parlement pour organiser de futures élections. Pour cela, il avait besoin de la majorité des deux tiers des députés à la Chambre des Communes. Il en était loin. Et les partis d’opposition, sur lesquels il comptait, ont exclu cette possibilité. Comme scénarios probables, on peut envisager qu’il se résolve à demander un report du Brexit, en obéissant à la loi, ou qu’il démissionne dans le but de provoquer de prochaines élections, ou bien qu'il essaie de négocier un nouveau gouvernement. 

En effet, le soir même  : les députés n'accordent pas la possibilité au chef des Conservateurs d'organiser des élections générales le 15 octobre par le biais d'une dissolution du Parlement. Il avait besoin de 434 voix aux Communes, il n'en obtient que 298. Dans ces tribulations politiques, deux figures sortent du lot : Dominic Cummings, le bras droit de Johnson, et Nigel Farrage, ex leader de UKIP aujourd'hui à la tête du Brexit Party. Hamdam Mostafavi nous précise leurs parcours dans sa chronique : 

La Chronique du Courrier International 

"C’était l’homme de l’ombre, celui par qui la victoire du camp pro- Brexit est arrivée. Dominic Cummings est maintenant incontournable dans l’entourage de Boris Johnson,  assure le quotidien britannique The Daily Telegraph, au point qu’il peut faire limoger une conseillère d’un ministre sans même que celui-ci soit prévenu. Obsédé par les échecs, passionné de sciences et vouant un culte à Bismarck, Dominic Cummings a longtemps travaillé comme conseiller du ministre de l’éducation, et il déteste par dessus tout l’ancien Premier ministre conservateur David Cameron, affirme le site bruxellois et pro-européen Politico, qui ajoute, “pour qui veut savoir dans quelle direction le Royaume-Uni se dirige sous Boris Johnson, il faut regarder du côté de l’homme le plus puissant de son équipe”. Cummings ne passe pas inaperçu dans l’entourage de Johnson, note le site de centre-droit Reaction, qui lui consacre un long portrait. Contrairement à tous ceux qui entourent le Premier ministre, celui qui a été nommé conseiller spécial est toujours en jean et en T-shirt. Il méprise beaucoup de monde dans l’univers du pouvoir : les technocrates, les parlementaires et les fonctionnaires, qui sont tous selon lui, des incompétents uniquement préoccupés par leur statut social. Et malgré son parcours plutôt doré - diplômé d’Oxford, mariage avec une aristocrate, rédactrice en chef du magazine conservateur The Spectator-  il voue une haine sans limites aux élites. Le site Reaction, pourtant pro-Brexit, relève l’ambiguïté : “Pour un type qui gravite dans les hautes sphères tout en détestant les élites, le voilà qui se retrouve à la colle avec l’un des hommes les plus ambitieux à avoir jamais occupé le 10 Downing Street.”

“Nigel Farage est de retour, et il est plus remonté que jamais - enfin ce n’est pas comme s’il était jamais parti” ironise le journaliste politique Tom Peck dans The Independent. “Farage est en colère, en colère contre Boris Johnson, contre les Remainers, contre toute le monde, et encore plus sur la possibilité d’un deal sur le Brexit”, écrit le journaliste qui rappelle que le leader du Brexit party est à l’origine du slogan “we want our country back”, nous voulons récupérer notre pays. Qui est le vrai Nigel ? s’interroge le journaliste, qui se souvient d’un temps où le membre fondateur de l’UKIP était considéré comme inoffensif. “Est-ce un bonhomme sympathique, ou le disciple de Steve Bannon, à la tête d’un groupe de politiciens franchement terrifiants qui cherchent à abattre les démocraties occidentales ?”, écrit Tom Peck

En tout cas, celui qui a pour première cible l’union européenne, siège depuis 20 ans… au Parlement européen. Lors de la reprise du Parlement après les élections, le 2 juillet, élections qui ont finalement eu lieu au Royaume-Uni et où son parti a remporté 29 sièges, les représentants du Parti du Brexit ont tourné le dos à l’orchestre chargé de jouer l’Ode à la joie de Beethoven, hymne officiel de l’Union européenne, relate The Daily Telegraph. Ce parti, qui s’est constitué quelques semaines seulement avant le scrutin du 26 mai, a remporté 30 % des sièges. Et Farage a réussi la prouesse de ringardiser son propre ancien parti, le UKIP, relève l’hebdomadaire conservateur The Spectator, et de le marginaliser en le disant trop proche de l’extrême droite. Mais Farage séduit aussi des électeurs traditionnels du parti conservateur et si Johnson se retrouve face à des élections, et même s’il veut mener le Brexit à terme, écrit The Times, il faudra qu’il compte avec l’éternel poil à gratter de la politique britannique." 

Que va-t-il arriver dans les prochaines semaines outre-Manche ? Difficile de le prévoir. En tout cas, côté européen, on se prépare sans relâche depuis le référendum de juin 2016, affirme Vivien Pertusot, chercheur associé à l'Ifri et auteur d'articles sur le Brexit dans le dernier Ramsès 2020, la revue annuelle de l'Ifri : 

Aujourd’hui, à Bruxelles, la position par défaut est celle d’un départ sans accord des Britanniques. La Commission et les États membres considèrent que c’est plus probable qu’un accord.

Avec Vivien Pertusot, chercheur associé à l’Ifri, ancien responsable d’Ifri Bruxelles de 2011 à 2017, Thibaud Harrois, maître de conférences en civilisation britannique à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, Jonathan Fenby (au téléphone), écrivain et journaliste pour The Guardian, directeur général et co-fondateur de Trusted Sources, Agnès Alexandre-Collier (au téléphone), professeure en civilisation britannique à l'Université de Bourgogne, en délégation CNRS à la Maison Française à Oxford, Iain Begg (au téléphone), professeur à l'Institut européen de la London School of Economics, co-directeur du Dahrendorf Forum.

Intervenants
  • chercheur associé à l’Ifri.
  • maître de conférences en civilisation britannique à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3.
  • auteur et journaliste pour The Guardian
  • Professeur en civilisation britannique à l'Université de Bourgogne
  • Enseignant-chercheur attaché à l'Institut européen de la London School of Economics.
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