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2 photos extraites de "Angela Merkel, l''ovni politique" de M. Van Renterghem: A.Merkel & les pêcheurs/Ile de Rügen, 1re campagne, élections/Bundestag, 1990/Pendant l'investiture de Trump, Merkel inaugure le musée Barberini, Potsdam, 20.01.2017

Merkel, acte IV

59 min
À retrouver dans l'émission

Quels scénarios et quelles conséquences pour l'Europe si Angela Merkel entame un 4ème mandat à l'issue des prochaines élections - avec une longévité politique qui a ses précédents avec Adenauer et Kohl? Quels enjeux pour la zone euro, sur les questions de sécurité, de défense, de relance économique?

2 photos extraites de "Angela Merkel, l''ovni politique" de M. Van Renterghem: A.Merkel & les pêcheurs/Ile de Rügen, 1re campagne, élections/Bundestag, 1990/Pendant l'investiture de Trump, Merkel inaugure le musée Barberini, Potsdam, 20.01.2017
2 photos extraites de "Angela Merkel, l''ovni politique" de M. Van Renterghem: A.Merkel & les pêcheurs/Ile de Rügen, 1re campagne, élections/Bundestag, 1990/Pendant l'investiture de Trump, Merkel inaugure le musée Barberini, Potsdam, 20.01.2017 Crédits : Ullstein Bild-Ebner/Bernd von Jutrczenka AFP

Le couple franco-allemand entrera-t-il en phase pour accélérer l'intégration ou au contraire, Berlin campera-t-il sur les positions traditionnelles rappelées avec vigueur cette semaine par le président de la Commission Européenne? Jusqu'à quel point la vision et les intérêts de la chancelière épouseraient-ils ceux d'un Emmanuel Macron qui a fait de la refonte de l'Europe l'un de ses objectifs majeurs ?

Autour de Christine Ockrent :

- Marion van Renterghem, grand reporter à Vanity Fair, elle contribue aussi @TheNewEuropean Elle vient de publier *_Angela Merkel : l'ovni politique,\ *_Les Arènes/Le Monde, 2017, (voir les extraits ci-après la chronique d'Eric Chol).

- Hans Stark, Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) de l'Ifri (Institut Français des Relations Internationales) et professeur à l’université de Paris IV. Il vient de publier dans la revue Politique étrangère, "Élections allemandes : le jour d'après" (n° 3, automne 2017) et il a récemment co-dirigé avec Barbara Kunz et Stéphan Martens, L'Allemagne sur la scène internationale : en quête de stabilité dans un monde qui change, aux Presses universitaires du Septentrion

- Yves Bertoncini, Président du Mouvement Européen-France. Il a co-publié avec Thierry Chopin, Politique européenne : Etats, pouvoirs et citoyens de l'Union européenne chez Dalloz en 2010.

Et par téléphone :

- Daniel Cohn-Bendit, ancien député européen franco-allemand. Il a publié avec Hervé Algalarrondo, Et si on arrêtait les conneries ? : plaidoyer pour une révolution politique chez Fayard en 2016.

- Daniela Schwarzer, Directrice du Conseil allemand des relations internationales (DGAP).

Bibliographie de M. Van Renterghem et de Hans Stark
Bibliographie de M. Van Renterghem et de Hans Stark Crédits : Les Arènes-Le Monde/ P.U. Septentrion

- La chronique d’Eric Chol, directeur de la rédaction de Courrier International

Eric Chol, directeur de la Rédaction de Courrier International se penche sur le bilan des années Merkel sous l’angle culturel

L’hebdomadaire allemand, Der Spiegel, très critique, dresse un inventaire et souligne que c’est la léthargie intellectuelle qui règne aujourd’hui Outre-Rhin. Un ennui à relier au « manque d’inventivité » dont souffre l’Allemagne. Mais Angela Merkel est-elle responsable pour autant de cet engourdissement ?

Contrairement à elle, ses prédécesseurs cultivaient l’échange avec les intellectuels et ils en étaient fiers, mais il est difficile de reprocher directement à Angela Merkel l’état culturel de son pays.

« Interdit-elle à quiconque d’écrire, de faire de la poésie ou de tourner des films ? Il n’est pas impossible que même la chancelière s’étonne de la faiblesse de l’agitation intellectuelle » poursuit le Spiegel.

Le journal avance quand même une hypothèse pour expliquer cet engourdissement des esprits. "L’Allemagne d’Angela Merkel serait rentrée dans "une nouvelle ère Biedermeier " : le journal fait référence à cette période de restauration conservatrice qui va du Congrès de Vienne (1815) au “printemps des peuples” (1848), une période marquée par le repli sur les valeurs traditionnelles. Et comme le raconte Le Spiegel,

« cette ère Biedermeier n’est pas née d’un repli sur soi par manque d’alternatives dans un monde frappé par la répression, elle est née d’un sentiment de confort. ».

Et c’est tout le mal qui frappe l’Allemagne aujourd’hui :

«il y fait bon vivre, mais du point de vue intellectuel et culturel, quel ennui » conclut le Spiegel.

Pour prolonger :

Quelques morceaux choisis... extraits d'Angela Merkel : l'ovni politique, par Marion van Renterghem, (Les Arènes/Le Monde, 2017)

  • La mélancolie politique d'Alastair Campbell et son regard sur l'UE post-Brexit (Extrait de la préface p.14) :

Ce fut un triste jour pour moi, en mai 2017, pile la semaine de mon 60e anniversaire, quand Angela Merkel a déclaré, après la première réunion de l’OTAN et le premier G7 de Donald Trump, que l’Allemagne ne pouvait plus considérer les États- Unis et le Royaume-Uni comme des partenaires sur qui l’on pouvait compter entièrement. C’était triste et humiliant de nous voir assimilés à l’Amérique de Trump. Ma tristesse était accrue du fait que je suis un Britannique européen et que je ne me remets pas de la défaite du référendum (...). Tout cela ouvrant la voie, selon moi, à une catastrophe politique et économique.

Nous avons prouvé que nous ne savions pas ce que nous voulions, mais la réponse de la chancelière Merkel, elle, a été claire. Elle ne voulait pas le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne. Même après le vote, elle espérait qu’une forme d’arrangement pourrait être trouvée pour éviter les pires excès d’un « Brexit dur ». Mais plus Theresa May se braquait, plus il devenait évident que la volonté de Merkel, confortée par l’élection de Macron en France et leur souci commun de relancer le moteur franco-allemand, était de penser en priorité à l’Europe. Oui, pour Merkel, l’Europe est une valeur.

  • De l'élection d'Emmanuel Macron au possible 4e mandat d'Angela Merkel, quels enjeux pour l'UE selon François Hollande ? (extraits pp.245-246)

"Un nouvel ordre européen est prêt à se mettre en place. Emmanuel Macron arrive au pouvoir en France au bon moment, dans un monde aux axes chancelants et alors que l’Allemagne est mûre pour opérer une mutation. Merkel « aidera », assure-t-elle. C’est là que l’on entre dans le flou. Qu’entend-elle par « aide » ? (...)

François Hollande et Angela Merkel en ont parlé lors de leur dîner d’adieu à Berlin, au restaurant Paris-Moskau. Ils y sont allés à pied, en traversant un beau jardin, et ont dîné seuls à une table, laissant leurs collaborateurs à une autre. « On a parlé de ce qu’on pouvait attendre de l’Europe », dit Hollande, qui précise : « La zone euro, les questions économiques et budgétaires, ce n’est pas là qu’est l’enjeu. Merkel ne bougera pas sur la diminution des excédents commerciaux, même si elle annonce des baisses d’impôts. Elle ne peut pas y renoncer. La France a la dissuasion nucléaire. Pour l’Allemagne, la compétitivité est la seule condition de son indépendance. Elle ne bougera pas sur la mutualisation de la dette, celle du passé comme celle du futur. » En revanche, ajoute l’ancien président, « l’Europe politique, j’ai compris qu’elle y était prête. L’Allemagne peut avancer sur les questions de défense, sur la politique étrangère, sur la politique industrielle. Ce qui l’amènera à agir plus en coopération avec la France. C’est là-dessus que Macron peut travailler avec elle. »

Et lui alors, pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? « Elle avait commencé à évoluer au moment de la guerre du Mali, répond-il, mais ce n’était pas possible au point où ça l’est devenu maintenant. Avant, l’Amérique s’occupait de tout. Aujourd’hui, elle a pris conscience qu’elle ne nous protège même plus. »

  • Des mathématiques à l'intelligence tactique d'Angela Merkel, le regard de son professeur Hans-Ulrich Beeskow, en RDA (extrait p. 41) :

« C’est l’élève la plus douée en maths que j’aie jamais eue de ma vie, se souvient le professeur. Le niveau de ces classes était très élevé et, même en comptant les garçons, qui étaient plus nombreux et généralement plus forts en sciences, je n’en ai jamais eu d’aussi remarquable. » Qu’est-ce que c’est, être doué en maths ? lui demandé-je, n’ayant, hélas, jamais eu l’occasion d’expérimenter la chose. > « Angela s’attaquait aux problèmes par un cheminement souvent différent et plus rapide que celui proposé par le corrigé académique. Elle avait une pensée logique, une grande capacité analytique et elle se battait jusqu’au bout pour y arriver. Elle n’abandonnait jamais. Jamais elle ne disait que c’était impossible. Elle cherchait dans tous les sens, et elle trouvait toujours. C’était déjà cela sa force. Depuis que je l’observe au pouvoir, je reconnais son intelligence tactique. »

  • Merkel, si acte IV ?... "Plus rien à perdre ?" (extrait pp. 246-247)

Au bout de douze ans de pouvoir, Angela Merkel est devenue un symbole pour son pays, un peu comme la reine d’Angleterre : une présence rassurante, l’incarnation des valeurs et le symbole de la permanence dans un monde changeant. Un pôle de stabilité dans un monde qui se disloque. Elle est, plus qu’elle ne fait. Konrad Adenauer a scellé la réconciliation franco-allemande avec Charles de Gaulle. Helmut Kohl a lancé l’euro, réunifié l’Allemagne et construit l’Europe. Gerhard Schröder a opéré les réformes douloureuses qui ont servi sa successeure.

Et Angela Merkel, que laissera-t-elle ?

L’ouverture aux réfugiés. L’humanisme. L’image de la seule dirigeante politique occidentale à n’être guidée ni par une stratégie à long terme ni par une vision idéologique du monde, qui ne sont d’ailleurs pas son fort, mais par des valeurs fondamentales.Un quatrième mandat, si elle l’effectue, la libérera d’autant plus des petits calculs politiciens. Des « deux Merkel » – la comptable et l’humaniste, la moralisatrice et la moraliste, la deuxième a toutes les chances de s’épanouir. La chancelière n’aura plus à soupeser l’opinion qu’elle sait jauger et suivre mieux que personne. Elle a déjà dépassé la soixantaine et aura gagné quatre fois, autant qu’Helmut Kohl, qui l’avait sous-estimée du haut de son arrogance d’homme de l’Ouest. Elle n’aura plus rien à prouver ni à perdre."

Bibliographie

Intervenants
  • Grand reporter à Vanity Fair, auteure de « Angela Merkel, l’ovni politique »
  • Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) de l'Ifri (Institut Français des Relations Internationales) et professeur à la Sorbonne.
  • homme politique
  • président du Mouvement Européen – France.
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