En Russie, la longue liste des opposants empoisonnés s'est allongée avec le cas, emblématique, d'Alexeï Navalny la semaine dernière. Alors que l'avocat et activiste est toujours en soins intensifs à Berlin, comment interpréter cette tentative d'assassinat à l'aune de la "méthode Poutine" ?

On ignore encore la gravité des séquelles neurologiques, mais le fait est acquis : Alexeï Navalny a bien été empoisonné. Le principal opposant russe à Vladimir Poutine, le plus emblématique, est toujours sous traitement à Berlin.
Dimension politique
Les médecins ont identifié le poison : le Novitchok, une substance appréciée des services russes depuis les années soviétiques. Navalny a bien été victime d’un crime, a solennellement déclaré Angela Merkel mercredi dernier, de très graves questions se posent à présent auxquelles seul le gouvernement russe peut et doit répondre, a ajouté la Chancelière, aussitôt appuyée par Paris et les autres capitales occidentales comme par les dirigeants de l’Union Européenne et de l’OTAN.
Aucune raison d’accuser l’Etat russe, a répliqué le porte-parole du Kremlin, tout en indiquant que Moscou était prêt au dialogue avec Berlin et les Européens. A une semaine des élections locales qui doivent intervenir dans une partie du pays, à un an des législatives, l’affaire Navalny a beau rappeler l’affaire Skripal, cet ancien agent russe et sa fille empoisonnés de la même manière en Angleterre en 2018, la dimension politique est d’une tout autre importance.
Qui a voulu éliminer Navalny, dans quel but ? Est-ce un signe de fébrilité de la part d’un système affaibli qui ne contrôle plus les siens ? Pourquoi de telles méthodes ? Peut-on imaginer que le Kremlin sorte du déni ? Jamais Angela Merkel et les Européens ne l’ont aussi directement mis en cause. Le gaz russe servira-t-il de levier ? Au même moment, une autre crise en Biélorussie embarrasse Moscou et, dans une moindre mesure, les dirigeants occidentaux. Y a-t-il un lien ? Le premier ministre russe était à Minsk jeudi, de nouvelles manifestations de masse sont prévues ce week-end
Tatiana Kastoueva-Jean, directrice du centre Russie/Nouveaux États Indépendants à l’IFRI, autrice de « La Russie de Poutine en 100 questions », dont la réédition vient de paraître chez Tallandier, Anna Colin Lebedev, maîtresse de conférences à l’Université Paris-Nanterre, spécialiste des sociétés post-soviétiques, Daniela Schwarzer, directrice de l'Institut allemand de politique étrangère » (DGAP), Andreï Kozovoï historien, maître de conférences à l’Université de Lille, auteur de « Les services secrets russes : Des tsars à Poutine » (Tallandier, 2020) et Igor Iourgens, directeur de l’Institut de développement contemporain
Bibliographie
La Russie de Poutine en 100 questionsTallandier, 2020
Les Services secrets russes : des tsars à PoutineTallandier, 2020
- Directrice du Centre Russie/Nouveaux états indépendants de l'Ifri
- Maîtresse de conférences à Paris Nanterre, spécialiste de l'Ukraine et de la Russie post-soviétique
- directrice exécutive de la Open Society Foundation
- maître de conférence en histoire russe à l’Université de Lille, auteur notamment de « Les services secrets russes des tsars à Poutine », ed. Tallandier.
- directeur de l’Institut de développement contemporain





