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Vie urbaine à Lagos, l'effervescence

Nigeria : le géant fragile de l’Afrique

59 min
À retrouver dans l'émission

Le Nigeria, colosse aux pieds d'argile, pays le plus peuplé d'Afrique, première économie du continent, riche en pétrole, foisonnant culturellement, un milieu d'affaires puissant, mais miné par la pauvreté, l'insécurité et la corruption se rend aux urnes le 23 février, pour choisir son président...

Vie urbaine à Lagos, l'effervescence
Vie urbaine à Lagos, l'effervescence Crédits : Getty - Getty

L'émission a été enregistrée avant l'annonce du report in extremis des élections prévues ce jour. Consacrée aux enjeux de l'élection, elle reste valide pour comprendre le scrutin annoncé désormais le 23 février

Avec par téléphone Marc-Antoine Pérouse de Montclos, directeur de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et chercheur associé au Peace Research Institute, Oslo (PRIO). Il est rédacteur en chef de la revue Afrique Contemporaine depuis 2018 et a été chercheur associé à Chatham House, Londres, entre 2013 et 2017.  Il vient de publier Déconstruire la guerre : acteurs, discours, controverses, à la Maison des sciences de l’Homme en novembre 2018.

Laurent Bossard, directeur du Club du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest à l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). Il a dirigé la publication Un atlas du Sahara-Sahel : géographie, économie et insécurité aux éditions de l’OCDE en 2014.

En duplex depuis France Bleu Gironde, Laurent Fourchard, Directeur de recherche au Centre de recherches internationales de Sciences Po. Il a publié en octobre 2018 Trier, exclure et policer : vies urbaines en Afrique du Sud et au Nigeria aux Presses de Sciences Po

Par téléphone Benjamin Augé, Chercheur associé au Centre Afrique Subsaharienne et au Centre Energie de l'Institut français des relations internationales (IFRI). Il a publié l'article "Muhammadu Buhari face à Atiku Abubakar. Un duel au sommet pour la présidence du Nigeria." dans la revue  L'Afrique en questions, n° 45, 20 décembre 2018.

et par téléphone Elodie Apard directrice scientifique à l'Institut français en Afrique (IFRA) à Ibadan.

Comment le Nigeria a conquis le monde

La chronique d'Eric Chol, Directeur de la rédaction de Courrier International

Musique, littérature, mode, arts : les artistes du Nigéria rayonnent dans le monde entier. On peut même parler de soft power culturel .

Comme l’écrit le magazine W de Chicago,  

« les Nigérians le savent depuis un moment : leurs sons, leurs images et leurs styles se sont infiltrés dans la culture mondiale. »

Et c’est le cas : prenez l’exemple de la romancière Chimamanda Ngozi Adichie, l’auteure de l’Hisbuscus Pourpre ou d’Américanah

Nigerian author Chimamanda Ngozi Adichie, speaks at the opening presse conference of the Frankfurt Book Fair (Frankfurter Buchmesse) on October 9, 2018
Nigerian author Chimamanda Ngozi Adichie, speaks at the opening presse conference of the Frankfurt Book Fair (Frankfurter Buchmesse) on October 9, 2018 Crédits : Photo by Hannelore Foerster/Getty Images - Getty

Pour cette écrivaine, raconte le mensuel américain, 

« le tournant est peut-être venu en 2013, quand la star Beyoncé a utilisé un extrait d’un de ses essais sur le conditionnement social des filles."

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Ce texte – qui a été traduit en Français sous le titre «Nous sommes tous des féministes » a été repris par  Beyoncé dans les paroles de sa chanson Flawless, et, indique le journaliste 

«  la romancière nigériane est devenue un symbole du féminisme et du métissage des cultures (ainsi qu’une icône de mode) ».

Cette vague culturelle du nigérian touche aujourd’hui tous les domaines, elle est relayée par la communauté installée à Londres ou aux Etats-Unis.  Au point écrit la revue W, que 

« de nouveaux talents ne cessent d’apparaître dans les arts, la mode, la musique et la littérature, et puisent leur inspiration au Nigeria et dans sa plus grande ville, Lagos, véritable locomotive créative. ». 

Dans la musique par exemple, après le chanteur Wizkid en 2017, c’est une autre star nigériane de l’afropop, Davido, qui a reçu le trophée de l’artiste de l’année lors des “victoires de la musique” africaine, en novembre dernier. Avec plus de 100 millions de vues sur YouTube, 

son clip vidéo est devenu “le plus vu sur cette plateforme pour un artiste nigérian”, s’enthousiasme le journal de Lagos Pulse. 

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Il y a donc la littérature, la musique, mais aussi le cinéma, ou plutôt Nholliwood. Et qui dit cinéma dit stars, avec  notamment l’actrice nigérianne Genevieve Nnaji, qui, a 40 ans, a déjà joué dans 80 films.

La comédienne vient de réaliser un coup de maître en produisant son premier film Lionheart [“Cœur de lion”]. Ce long-métrage, qui raconte comment une femme prend la direction d’une entreprise dans une société sexiste, vient d’être racheté par Netflix, pour un peu plus de 3 millions d’euros. C’est une première pour un film réalisé sur le continent africain. 

“L’Afrique renferme le plus grand nombre d’histoires qui restent à découvrir et nous sommes déterminés à les raconter au monde entier, à notre manière et avec notre voix”, explique Genevieve Nnaji dans Vanguard, un quotidien de Lagos. 

Autant dire que loin des difficultés – pourtant réelles - de pauvreté, de terrorisme ou de corruption, le  Nigéria est aujourd’hui en train de faire irruption sur la scène culturelle mondiale. 

Ce soft power ne concerne pas uniquement le Royaume Uni ou les Etats-Unis : la Chine aussi est sous le charme du Nigeria...

... Et en particulier sous le charme de Chimamanda Ngozi Adichie, dont le livre « Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe» va sortir au début du printemps en version chinoise.   

Trois couverture du livre de Chimamanda Ngozi Adichie, "Chère Ijeawele"
Trois couverture du livre de Chimamanda Ngozi Adichie, "Chère Ijeawele" Crédits : Chimamanda Ngozi Adichie

« Ce qui va donner à son auteur un nouveau statut, décrypte le site Quartz Africa: celui de faire partie de ces rares écrivains africains dont la quasi totalité de l’œuvre a été traduite en mandarin ».

Autant dire qu’Adichie est devenue une icône littéraire en Chine. Son éditrice à Shanghai sait très bien pourquoi : 

« En abordant des sujets d’actualité comme les inégalités de genre, la question des migrants, ou le racisme, Chimamanda Ngozi Adichie aide les lecteurs à réfléchir aux grandes questions existentielles » , explique-t-elle.

Ce succès des livres traduits d’Adichie s’inscrit aussi, il faut le rappeler, dans le contexte de  la présence croissante de la Chine en Afrique, rappelle le site Quarts Africa

Or si la Chine n’a cessé au cours des dernières années de renforcer sa « diplomatie culturelle » en finançant des leçons de mandarin à travers toute l’Afrique, explique le journal en ligne, il faut aussi reconnaître que la plupart des lecteurs chinois n’ont pas la moindre idée de ce qu’est l’Afrique ou la littérature africaine. Un oubli que l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie s’emploie à combler

Intervenants
  • Politologue, Directeur de recherche, IRD
  • directeur de recherche au CERI-Sciences Po et ancien directeur de l’IFRA (l’Institut Français de Recherche en Afrique) au Nigéria (2000-2003)
  • directrice scientifique à l'Institut français en Afrique (IFRA) à Ibadan
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