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Deux hommes arborent des masques représentant Kim Jong-un et Donald Trump à  Santa Monica, Californe, le 7 juin 2018

Trump et la Corée du Nord

59 min
À retrouver dans l'émission

Quel est l'objectif de la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un qui aura lieu ce mardi 12 juin? Quels critères vont déterminer son succès ou, au contraire, son échec? Quelles seront les conséquences régionales, et les attentes des voisins japonais, chinois, taïwanais et russe?

Deux hommes arborent des masques représentant Kim Jong-un et Donald Trump à  Santa Monica, Californe, le 7 juin 2018
Deux hommes arborent des masques représentant Kim Jong-un et Donald Trump à Santa Monica, Californe, le 7 juin 2018 Crédits : Mario Tama - Getty

Autour de Christine Ockrent :

Antoine Bondaz, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique et enseignant à Sciences Po. Ses recherches portent principalement sur la politique étrangère et de sécurité de la Chine et des deux Corée, et les questions stratégiques en Asie de l'Est.

Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique.

Alice Ekman, chercheuse, responsable des activités Chine à l'Ifri et auteur de La Chine dans le Monde, paru en 2018 aux éditions CNRS.

Par téléphone, 

Mathieu Duchâtel, directeur adjoint du programme Asie au Conseil européen des relations internationales.

La chronique d'Eric Chol :

Le rendez-vous Trump/Kim Jong-un : un vrai casse-tête diplomatique.

Le rendez-vous entre Trump et Kim Jong-un est un vrai casse-tête diplomatique, puisqu'il doit impérativement respecter une très longue liste d’exigences protocolaires. Il faut dire que Singapour est habitué à cette diplomatie de haut vol puisque, nous rappelle le quotidien The Straits Times, la Cité-État avait déjà accueilli en 2015 la première rencontre entre le président chinois Xi Jin Ping et le président taïwanais de l’époque Ma Ying-Jeou.

Singapour offre en effet une image de neutralité mais aussi des conditions de sécurité qui expliquent que ce petit état asiatique a été retenu pour ce nouveau sommet, raconte le journal.  Reste donc la question épineuse du protocole, qui, rapporte le Straits Times, n’a rien d’anecdotique, car 

"elle peut casser un sommet ou participer à son succès”.

Si l'on entre dans les détails - et en matière de diplomatie les détails ont chacun leur importance - trouver une pièce avec deux entrées est essentiel, car les deux hommes, nous apprend le journal singapourien :

_“ne peuvent arriver par la même porte pour leur sommet bilatéral, une manière d’éviter la perception que celui qui arrive le premier ‘attend’ l’autre.”_

Cette question de la parité de traitement entre les deux dirigeants explique que le Marina Bay Sand, un hôtel de luxe initialement pressenti, n’a finalement pas été retenu. 

Il appartient à l’Américain Sheldon Adelson, un ami du président Trump",

rappelle le quotidien singapourien. 

Les discussions entre les deux dirigeants se tiendront donc à l’hôtel Capella, sur l’île de Sentosa. Un nom tout à fait approprié pour un sommet historique, puisque "Sentosa signifie tranquillité", rapporte le Straits Times. C’est mieux que l’ancien surnom de l’île, Pulau Blakang Mati, qui signifiait "l’île de la mort par derrière".

Reste à savoir qui règlera la note du palace : selon le Washington Post, la Corée du Nord “demande à ce qu’un pays étranger paye la facture de la chambre d’hôtel de sa délégation" : à 6 000 dollars la nuit pour une suite présidentielle, l’addition risque d’être salée. Si les États-Unis sont prêts à couvrir discrètement ces frais, raconte le Washington Post, les Nord Coréens pourraient se vexer et considérer ce geste comme une insulte. C’est pourquoi, raconte le quotidien américain, c’est plutôt Singapour qui pourrait prendre en charge la facture.

Dans l’ombre des négociations, des émissaires particuliers 

Coté Nord Coréen, il y a évidemment un homme clef, Kim Yong-chol, venu à la Maison Blanche rencontrer il y a quelques jours Donald Trump, et bras droit de Kim Jong-un.  Kim Yong-chol, à 72 ans le vice-président du comité central du Parti des travailleurs de Corée. Selon le site américain spécialisé sur la Corée, 38 North, Kim Yong-chol a pris ces derniers mois une part très active à cette diplomatie de Pyongyang avec les Etats-Unis, mais aussi avec la Chine et la Corée du Sud. Il a par exemple participé aux quatre rencontres qui ont eu lieu plus tôt cette année entre Kim Jong-un et des leaders étrangers : deux avec le président sud coréen et deux avec le président chinois. 

Kim Yong-chol, nous apprend le site, a un passé plus trouble : à la tête des services d'espionnage, il aurait été impliqué dans des cyber-attaques visant la Corée du Sud. De même, celui qui a commencé sa carrière dans les années 60 comme garde du corps de la famille Kim aurait aussi été impliqué dans le naufrage en 2010 d‘une corvette de la marine sud coréenne qui avait fait 46 morts.

Autre personnage important, coté américain cette fois : Dennis Rodman. Cet ancien joueur de basket a 

"cette étrange particularité d’avoir rencontré à la fois Donald Trump et Kim Jong Un. Il a participé deux fois à l’émission de télévision de Donald Trump et il s’est rendu à cinq reprises en Corée du Nord"

raconte le journal de Hong Kong le South China Morning Post. Selon le tabloïd le New York Post, Dennis Rodman pourrait faire le voyage à Singapour et même jouer un rôle dans les négociations.

Il faut aussi évoquer un homme clef dans la préparation de ce sommet : Andrew Kim, dont le Washington Post a dressé le portrait. Cet américain que la presse de Séoul surnomme le "James Bond d’origine Coréenne" dirige le Centre de mission sur la Corée mis en place par la CIA. C’est  

l’Américano-Coréen de l’ombre qui briefe Trump chaque matin sur la Corée du Nord”

titrait le journal Dong-A Ilbo.

On l’a vu apparaître sur les photos de la rencontre entre Mike Pompeo le secrétaire d’Etat américain et Kim Jong-un, et il sera dans les coulisses du sommet de Singapour.

Intervenants
  • chercheur à la Fondation pour la Recherche Stratégique, enseignant à Sciences-Po
  • Politologue spécialiste de l'analyse géopolitique et stratégique, et directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique.
  • Analyste responsable de l'Asie à l'Institut des études de sécurité de l'Union européenne (EUISS)
  • docteur en Science-Politique, directeur du programme Asie à l'Institut Montaigne.
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