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Aimé Césaire posant à la mairie de Fort-de-France en 2003.

Aimé Césaire (2/5) : "Je suis très volontariste, je crois que l'homme est le moteur de l'histoire"

25 min
À retrouver dans l'émission

Deuxième entretien en compagnie d'Aimé Césaire qui évoque sa solitude et aussi son attachement profond au peuple martiniquais, à son folklore qui le ramène forcément vers l'Afrique. Il loue l'énergie vitale de ce peuple meurtri qui a su transformer son histoire en destin.

Aimé Césaire posant à la mairie de Fort-de-France en 2003.
Aimé Césaire posant à la mairie de Fort-de-France en 2003. Crédits : Silver Simphor - AFP

Pour ce deuxième entretien, Aimé Césaire s'interroge sur le sentiment de solitude, sentiment largement éprouvé par le poète, "peut-être d'ailleurs que si j'écris, c'est précisément pour sortir de l'isolement", confie-t-il. Il en cherche les raisons et se tourne vers sa Martinique natale, "d'abord parce que la Martinique est une île. Ce sentiment que l'île ne se suffit jamais à elle-même, elle appelle autre chose. Elle a besoin de complément." Mais aussi, il voit des raisons plus personnelles, étant "peu en accord avec les valeurs de la société martiniquaise, je me sentais tout à fait isolé", se souvient-il. Cependant, il dit avoir toujours été proche "du petit peuple" et c'est grâce à cet attachement, à cette identification qu'il a développé ses idées. "J'ai passionnément aimé le petit peuple. [...] Je l'ai aimé dans ses poèmes, je l'ai aimé dans son folklore et dans ses mots, aussi." Et c'est précisément par ce folklore, et pour le comprendre, qu'Aimé Césaire s'est tourné vers l'Afrique.

Au fond, comment se fait-il que moi, Martiniquais, dans une génération qui était entièrement coupée de l'Afrique et qui était fière de se couper de l'Afrique, qui n'avait qu'un souci, c'était de se couper de l'Afrique, de tout ce qui était noir, dans un monde qui se voulait complètement assimilé à la France... Comment les idées qui sont les miennes à l'heure actuelle... comment ces idées-là ont-elles pu naître ? Ces idées qu'on a appelé une sorte de panafricanisme... Comment ça a pu naître, au fond ?

Loin de renier la culture livresque qui l'a façonné, Aimé Césaire insiste malgré tout sur l'importance du folklore, cette "culture du peuple", encore plus "fondamentale" lui semble-t-il. "On n'en tient jamais suffisamment compte quand on parle de l’œuvre d'un écrivain. [...] On cherche des sources écrites, mais les choses non écrites, les sources orales, combien ne sont-elles pas plus riches et plus jaillissantes."

Sur ce peuple martiniquais, le poète s'enflamme, et lui dit tout son amour. "C'est un miracle extraordinaire que ce petit peuple, ce peuple qui a subi cette chose si épouvantable qui s'appelle la traite des Noirs, [...] a pu survivre à une si infernale Odyssée." C'est leur destin que ces peuples se choisissent et "c'est quand même prodigieux" s'exclame-t-il, "c'est ça que j'appelle une leçon de courage, de volonté".

Dieu sait si la race à laquelle j'appartiens est une race qui a subi les coups du sort, qui a subi le destin. Mais enfin, j'ai toujours pensé que ce destin, il fallait le changer en histoire. Et si il y a bien quelque chose que je dois, une leçon que je dois au peuple martiniquais, c'est bien cela.

A la question de savoir quel livre unique il garderait dans sa bibliothèque, Aimé Césaire se refuse de répondre, "je ne crois pas que je puisse réduire l'aventure spirituelle à un livre".

Moi, je suis sensible surtout aux choses qui m'ont formé, qui ont formé ma jeunesse. Les livres que nous aimons, ce n'est pas les livres que nous lisons, c'est les livres que nous relisons. J'ai été formé essentiellement par Baudelaire, par Rimbaud, par Lautréamont. J'ai été formé par André Breton, par les surréalistes français. C'est quand même pour moi les choses qui sont fondamentales. Bien entendu, d'autres choses s'y ajoutent mais c'était quand même ça pour moi la base et la source éternelle de jouvence à laquelle je reviens perpétuellement. 

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