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Aimé Césaire posant à la mairie de Fort-de-France en 2003.

Aimé Césaire (5/5) : "Je crois qu'il est plus urgent que jamais de pousser ce grand cri nègre"

24 min
À retrouver dans l'émission

Dans l'ultime entretien de cette série, le poète antillais Aimé Césaire convie les forces telluriques de la nature pour contrer la domination des machines, il en appelle à la fraternité en chacun d'entre nous pour faire barrage au racisme et aux égoïsmes des pays développés. Il se tourne aussi vers son peuple dans l'espoir qu'il cesse de subir et transforme le destin en histoire.

Aimé Césaire posant à la mairie de Fort-de-France en 2003.
Aimé Césaire posant à la mairie de Fort-de-France en 2003. Crédits : Silver Simphor - AFP

Dernier entretien de 1976 en compagnie d’Aimé Césaire qui est interrogé sur ce qu’est la mort pour lui. "C'est une chose à laquelle je ne pense pas, répond-il, et en même temps qui me hante, c'est évident. Elle terrifie ma raison."

Moi, la mort, ça me paraît épouvantable, ça me paraît terrible. Mais je crois que je saurai mourir finalement. […] Et là encore, je fais toujours la distinction, ce que la raison d’Aimé Césaire peut admettre et ce que le vieux nègre fondamental qui est en moi peut sentir. Et ça ne concorde pas toujours, d'ailleurs.

Il se dit ainsi très proche du culte païen des arbres. Il se dit particulièrement "végétal" dans ses croyances et ses attachements. Il évoque le "saisissement" de la nature et de l'arbre, "toutes ces forces telluriques qui, en définitive, expliquent mon comportement. Ce sont au fond des aspects d'une civilisation d'avant la machine.

Ce qui me frappe, c'est la disproportion, c'est le mauvais usage de la puissance, c'est cela qui me frappe le plus en Europe. Bon, bien sûr, on va dans la Lune, mais à côté de ça, il y a les ghettos de New York. Autrement dit, l'Amérique est capable d'aller là-bas - on se demande d'ailleurs ce qu'ils vont y faire, si c'est pas encore pour installer je ne sais pas quoi - et puis, à côté, ils ne sont pas capables d'aménager leurs rapports avec leurs propres concitoyens américains parce qu'ils sont Noirs. Mais ça, ça me choque profondément. Ce qui me choque terriblement, c'est la difficulté que l'homme européen au sens très large du terme, a à aménager les rapports avec les autres hommes, c'est ça la chose fondamentale ! Qu'on y aménage les rapports avec les choses, c'est possible, mais avec les hommes, pas.

Le poète antillais dit d'ailleurs regretter qu'en Europe, "on a coupé tout le côté mystique du monde", et de rajouter, "on a développé de manière presque monstrueuse la raison, la seule raison et pas seulement pour comprendre mais pour dominer". Il en veut pour preuve les totalitarismes qui ont émergé au XXe siècle, l'Europe ne peut pas nier que cela fait aussi partie de sa culture. Mais il veut croire "à la perpétuelle bivalence ou polyvalence" de l'être humain qui ne peut pas être que du côté de la seule raison, "épris de domination", il y a aussi en lui "l'appel à la fraternité". Cependant, Aimé Césaire confie à la fin de cet entretien combien il est "inquiet" et "angoissé" quant à l'avenir des Antilles et de l'Afrique. "Je ne crois pas du tout que l'égoïsme des pays développés, l'égoïsme européen, soit en régression."

Je crois pas du tout que le racisme soit en régression. Dans ce qui est ma vie, qui est quand même relativement longue déjà, eh bien je peux dire que j'ai assisté à des progrès foudroyants du racisme. Je trouve qu'on est beaucoup plus raciste à l'heure actuelle, je n'hésite pas à le dire, et dans toutes les couches de la population européenne et française, qu'en 1939. J'en suis absolument sûr et je ne crois pas me tromper. A l'heure actuelle, je suis très frappé par les progrès extraordinaires du racisme.

Pour conclure, Aimé Césaire appelle à "préparer nos peuples", à "les former, les armer, et les aguerrir davantage" pour qu'"ils transforment l'événement en décision".

Je crois qu'il est plus urgent que jamais de pousser ce grand cri nègre. Je crois que c'est plus indispensable que jamais. Les formes peuvent changer, c'est sûr, mais ce grand cri nègre, il faut le repousser.

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