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L'écrivaine Anaïs Nin, en 1972 à Chicago

Anaïs Nin (2/3) : Exister en soi-même

26 min
À retrouver dans l'émission

Dans ce deuxième entretien, l'écrivaine livre sa vision de la société américaine, mais également de ses amis et artistes, Antonin Artaud et Max Jacob.

L'écrivaine Anaïs Nin, en 1972 à Chicago
L'écrivaine Anaïs Nin, en 1972 à Chicago Crédits : Bettmann - Radio France

Empreinte de culture française, Anaïs Nin ne cesse de porter sur l'Amérique un regard extérieur. En cette fin des années 1960, elle dépeint une société marquée par de multiples luttes, issues des nombreux clivages qui traversent les Etats-Unis, à l’identité pourtant si plurielle. L'écrivaine raconte son combat contre les préjugés mais également ses échanges avec la jeunesse américaine. Un conflit qu'il faut aussi mener, selon elle, à l'intérieur de soi.  

C'est très intéressant, comme je le disais toujours, que les problèmes personnels se reflètent dans les grands problèmes et que je n'ai pas perdu de vue mes conflits avec la culture américaine. J'ai pu comprendre beaucoup mieux le puritanisme. Et puis, ce tabou sur la vie intérieure avait fait des dégâts terribles. Dans les années 1950, tous les romans américains, tous les jeunes Américains parlaient seulement des aliénations, d'être aliénés, d'être loin des rapports humains, loin de la vie, séparés des autres. Alors là, c'est à ce moment que j'ai compris. Ce conflit de deux cultures m'a servi et j'ai essayé de rétablir le courant et de dire il faut d'abord, pour pouvoir avoir des rapports avec les autres, exister en soi même, ce qu'ils avaient complètement nié. 

À la recherche d'un "Dieu"

Profondément touchée durant l'enfance et l'adolescence par l'absence de son père, Anaïs Nin revient sur le sentiment que ce manque a provoqué en elle et comment il a influencé son rapport aux autres, ses rencontres amoureuses notamment, et les attentes qu'elle en avait. Elle explique par ailleurs que si, plus jeune, elle idéalisait ce père inexistant, en le mythifiant, il est redevenu pour elle un être ordinaire.  

C'est plutôt l'interprétation psychanalytique, selon laquelle l'enfant qui a été privée de son père mélange les deux – l'homme et le dieu ; il en fait un mythe, un personnage très sage qui connaît tout, qui peut vous diriger, vous orienter, vous conseiller, vous guider. Je n'ai plus cette idée-là. Je vois les choses beaucoup plus humainement. Et maintenant, si je rencontrais mon père, je le verrais comme un être humain. Mais je voulais quelqu'un, quelque chose impossible. 

Jacob et Moricand  

L'existence tumultueuse d'Anaïs Nin est ponctuée par ses rencontres, ses amitiés avec une véritable galerie d'intellectuels. Après avoir parlé d'Antonin Artaud, en son sens "écrivain merveilleux" mais "mal interprété" aux États-Unis, elle évoque le poète et romancier Max Jacob. Et ce, au travers d'un personnage fascinant, Conrad Moricand, astrologue et dandy, qui eut à la fin des années 1930 une réelle incidence, tant sur sa vie, que sur celles de Jacob et Miller.  

Moricand était intéressant. D'abord, il écrivait excessivement bien, il faisait des portraits astrologiques, je crois, de Max Jacob, de Jouvet, de Picasso. Il écrivait en poète et c'est lui qui nous a fait asseoir toute une nuit dans le café à attendre et à souhaiter la mort de Hitler, ce qu'il avait prédit et qui n'est pas arrivé, malheureusement. Miller a fait un portrait de lui qu'il appelle "Devil in paradise". Moi, j'ai fait un portrait de lui dans des contes. Ce sont deux portraits absolument opposés. Moi, je faisais un portrait romantique de Moricand, Miller a fait un portrait très cruel.

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