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DU MIEL POUR TOUS

1h20

Par Farid Haroud Réalisation Marie-Christine Clauzet Musique originale de Joël Saurin, du groupe Zebda Série Documentaire Un vieux portail isolé. Un vieux portail isolé rendu à la rouille. Un vieux portail isolé rendu à la rouille planté au beau milieu d'un lopin de terre. C'est juste un élément du décor, inutile, presque absurde, poétique. Le portail est posé là, il n'ouvre sur rien ou sur tout, c'est selon. Continuons à élargir l'image. Le lopin ne dessine pas une de ces formes géométriques normées qui font la joie des instituteurs en quête de superficie à calculer. Point de carré, point de rectangle, mais un espace anarchique fait d'alcôves et de dépendances de terre. Sur le lopin, une première baraque en bois, pour les outils et puis une autre plus vaste pour le repos et le dîner des hommes et des femmes qui oeuvrent ici mais nous y reviendrons plus tard. Encore un peu de recul, pour découvrir le lopin au coeur du sous quartier de la démocratie, lui même au coeur des Minguettes. Si on s'envole encore plus haut on constate que les Minguettes ne sont qu'une partie de Vénissieux, la troisième commune du département du Rhône qui à l'est de Lyon s'agglutine aux autres banlieues de la grande ville bourgeoise, si proche, si loin. En survolant à bord d'un hélicoptère les 220 hectares du plateau des Minguettes, un architecte eut une vision : faire pousser un espace d'orgues à la place des champs cultivés, des vignes et des prairies. C'était en 1963 l'architecte concevait la zone d'urbanisation prioritaire (ZUP) et les orgues devinrent les 60 tours de béton qui hérissent le paysage vénissian. Les Minguettes et ses 9200 logements. Les Minguettes et ses nuits chaudes de 1981 appelées à l'époque des rodéos, avant d'être baptisées émeutes quelques temps après. Les Minguettes point de départ de la marche des beurs en 1983. Les Minguettes sans prétention, une mauvaise réputation, sans doute parce que le quartier a rappelé le premier à la France qu'elle avait des banlieues. Au milieu de ces histoires et de ces tours, on ne sait comment ni pourquoi, subsiste un espace vert, vestige des temps agricoles. Depuis deux ans une association, " le passe jardin ", anime les lieux. Pour un vaste jardin, il faut des jardiniers. Les " nôtres ", habitent le quartier et l'échec social habite leurs vies. Ils viennent au jardin parce qu'ils ne vont plus au travail. Ecartés du système pour un temps ou pour toujours, ils jardinent au jardin, là au moins on les attend. Ils travaillent et prennent de la peine, c'est le fonds qui manque le moins, ce sont les fonds qui manquent le plus. Les patates qui pousseront aux temps chauds nourriront les ventres, soulageront les finances. Les espoirs, la joie et la confiance qui repousseront peut-être donneront à manger à leur futur. Pour l'heure ils ont perdu l'appétit de faire des projets. Cette année au jardin ils planteront des fleurs, des patates, des salades et des haricots tout autour de ce vieux portail isolé rendu à la rouille, planté au milieu des plantations, au milieu du lopin de terre. Ils tenteront aussi une première : élever des abeilles et récolter du miel. Du miel pour tous. Farid Haroud est journaliste à France 3. Il a réalisé plusieurs documentaires télévisuels dont le très remarqué La belle équipe. Il est l'auteur de Premiers en jours en France, un livre publié en juin 2005 aux éditions Autrement. Face B : deux extraits Extrait de Remix de Steve Reich par DJ spooky Extrait de l'album Pierre Henry (Je fais de la musique)

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