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Robot au milieu des fleurs

Une histoire de domination

50 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : Antonio Casilli, "En attendant les robots : enquête sur le travail du clic" (Seuil, 2019) et James C. Scott, "Homo domesticus : une histoire profonde des premiers états" (La Découverte, 2019).

Robot au milieu des fleurs
Robot au milieu des fleurs Crédits : Donald Lain Smith - Getty

Bonne année à toutes et à tous, ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : deux livres importants de cette rentrée de janvier. D’abord celui d’Antonio Casilli, En attendant les robots : enquête sur le travail du clic publié au Seuil. Alors que la numérisation et les Intelligences artificielles font craindre à certains de voir l’homme remplacé par les robots… le sociologue prend le contrepied en affirmant lui que ce sont en réalité les humains qui piquent leur travail aux machines. Une façon de dire que la réflexion sur le travail, et ce qu’on appelle aujourd’hui le digital labor, ne pose pas tant la question du grand remplacement technologique, que celles de l’externalisation et de la précarisation. Nous parlerons ensuite du dernier ouvrage de l’anthropologue anarchiste américain James C. Scott, Homo domesticus : une histoire profonde des premiers États publié aux éditions de La Découverte. Ici aussi il s’agit de battre en brèche une idée reçue selon laquelle la sédentarisation serait à l’origine de la création des États, et que ces même États seraient aux fondements des grands progrès civilisationnels. Scott montre, à l’aide des dernières découvertes archéologiques et anthropologiques, que l’histoire n’est pas aussi linéaire. 

Antonio Casilli - En attendant les robots : enquête sur le travail du clic

Je vous propose de commencer par le livre d’Antonio Casilli, En Attendant les robots : enquête sur le travail du clic publié au Seuil. L’auteur est sociologue et maître de conférences en humanités numériques à Télécom ParisTech. Ce livre est le résultat d’une longue enquête sur les transformations du travail à l’ère du capitalisme de plateforme pour reprendre le titre du livre de Nick Scnircek dont il a été question il y a quelques semaines dans cette émission. Casilli avait déjà signé en 2015 sur ce sujet, avec Dominique Cardon, Qu’est-ce que le digital labor ? chez INA Editions, et il revient avec une version francisée de la question puisqu’il parle ici du « travail du clic ».

Il revient donc sur ce sujet apparu dans le débat public plutôt autour des enjeux de la gratuité : l’idée selon laquelle les internautes, utilisateurs de Google ou Facebook avait accès à ces plateformes gracieusement, en échange d’un travail non rémunéré. Leurs clics, leurs données sont les matières premières qui permettent à ces sites de vivre. Mais il y a un autre aspect du digital labour, c’est de considérer les taches qui sont désormais effectuées par des robots ou des intelligences artificielles comme un grave danger pour les emplois.

Même s’il consacre un certain nombre de pages à ces évolutions, ce n’est pas ça qui intéresse fondamentalement Antonio Casilli. Il va beaucoup plus loin dans l’exploration des transformations du travail et de la valeur en menant une analyse fine de Google, Facebook mais aussi Amazon ou Uber… analyse qui montre que le vrai danger n’est pas le grand remplacement machinique, la disparition du travail, mais sa transformation profonde par l’instauration de nouveaux rapports de dépendance des travailleurs transformés en prolétaires du clic.

La première force du livre, qui est vraiment extraordinaire, c’est l’idée que les robots ne vont pas remplacer les humains. (Julie Clarini)

Il ne faut pas croire que si vous ne travaillez pas dans le digital labour, vous n’êtes pas menacé par les transformations qu’il induit. L’auteur dit bien qu’une entreprise de plus en plus numérisée fait déborder le digital labour sur le travail habituel. C’est là que l’on rejoint les thèses habituelles, de Dominique Méda notamment, selon lesquelles parcelliser, fragiliser, saccager le travail, c’est fragiliser le monde social. (Joseph Confavreux)

James C. Scott - Homo domesticus : une histoire profonde des premiers états

Deuxième temps de l’émission, je vous propose maintenant de nous pencher sur le livre de James C. Scott, Homo Domesticus : une histoire profonde des premiers États publié aux éditions la Découverte dans une traduction de Marc Saint-Upéry. Le politiste américain, professeur à l’université de Yale, s’est fait remarquer ces dernières années par ses ouvrages plus proches de l’anthropologie. Il appartient à une mouvance qui, à l’instar par exemple de David Graeber, mène des travaux critiques sur l’État dans une perspective anarchiste. 

Scott s’est spécialisé dans la zone géographique de l’Asie du Sud-Est, à l’occasion de son engagement contre la guerre du Vietnam, en s’intéressant notamment aux rapports de pouvoirs au sein des sociétés paysannes. Il développe une approche des résistances de faible intensité, les petits actes peu visibles, fraudes, contournements mobilisés contre l’État. Cela a abouti à un livre publié en français au Seuil en 2013, Zomia ou l’art de ne pas être gouverné. Bref, comme le dit l’archéologue et préhistorien Jean-Paul Demoule qui signe la préface d’Homo domesticus… Scott se démarque des approches fonctionnalistes et structuralistes sur la constitution de l’État pour remettre en cause sa légitimité et son évidence.

C’est d’ailleurs en remontant loin dans notre histoire qu’il propose de remettre en cause l’idée, à laquelle il dit avoir lui-même adhéré pendant longtemps, selon laquelle la constitution des États découle naturellement de la sédentarisation et constitue un progrès. Selon lui, les résultats de la recherche archéologique montrent en réalité qu’il a fallu contraindre, contrôler, soumettre les populations. Et pour ça l’outil qui a été utilisé c’est le grain (blé, orge, riz, mais…).

C’est un livre sautillant, pétillant, plein d’idées, qui défend l’idée selon laquelle l’Etat aurait pu ne pas naître. L’auteur explique que finalement, c’est une conjonction (…) d’affinités électives, de choses qui se sont passées mais qui auraient pu ne pas se passer, qui expliquent la configuration actuelle de la planète et la domination de l’Etat qu’on y observe. (Julie Clarini)

Comme l’explique James C. Scott, dans une grande partie du monde, l’Etat même quand il était robuste, n’était que saisonnier, par exemple en Asie du Sud-Est. (…) Il montre qu’il n’y a jamais de bascule, que les Etats sont réversibles, qu’on ne peut pas établir de grandes dichotomies entre barbares et civilisés, entre Etat et non Etat... Tout ce que l’on décrit comme des effondrements, l'auteur explique qu’il s’agit peut-être du retour à des petites structures, non seulement plus stables mais aussi plus paisibles, et surtout moins violentes. (Joseph Confavreux)

Musique : Anderson Paak "Tints"

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