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Lucrèce, romaine du 6e siècle avant J-C, se suicide après avoir été victime des violences de son cousin Sextus Tarquin (Peinture de Rembrandt, 1666)

Sur le chemin de la transcendance

49 min
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Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : Jean-Michel Chaumont, "Survivre à tout prix", La Découverte et Michel Crépu, "L’admiration. Contre l’idolâtrie", Autrement

Lucrèce, romaine du 6e siècle avant J-C, se suicide après avoir été victime des violences de son cousin Sextus Tarquin (Peinture de Rembrandt, 1666)
Lucrèce, romaine du 6e siècle avant J-C, se suicide après avoir été victime des violences de son cousin Sextus Tarquin (Peinture de Rembrandt, 1666) Crédits : Fine Artimages/leemage - AFP

Deux livres qui nous invitent à dépasser le cynisme et le pragmatisme ambiant pour un peu de transcendance. Dans survivre à tout prix : essai sur l’honneur, la résistance et le salut de nos âmes, publié à la Découverte, le sociologue belge Jean-Michel Chaumont continue ses travaux sur le statut de victime et s’interroge : peut-on juger la conduite de ceux qui ont subi la torture, la déportation, le viol ? Il est aussi question de mystique et de norme sociale dans le court texte de Michel Crépu, L’admiration contre l’idolâtrie, sorti chez Autrement. L’écrivain et critique littéraire y revient sur « Cette époque, la nôtre, qui se plaît beaucoup mais admire peu ». 

En studio pour évoquer ces deux ouvrages, ils œuvrent au salut de nos âmes qu’ils aident à s’élever jusqu’au monde des idées… Catherine Portevin de Philosophie Magazine et Vincent Tremolet de Villers du Figaro.

Jean-Michel Chaumont - Survivre à tout prix ? essai sur l’honneur, la résistance et le salut de nos âmes

L’auteur est un sociologue et philosophe belge, professeur à l'Université catholique de Louvain… ses travaux portent sur la mémoire de la Shoah.  Il avait  publié il y a vingt ans maintenant un livre important, qui avait fait date et dont le titre est entré dans le langage courant : La Concurrence des victimes : génocide, identité, reconnaissance. Jean-Michel Chaumont menait un travail minutieux de description mais aussi d’analyse de cette lutte que mènent individus et groupes humains pour apparaître en bonne place à ce qu’il appelait le « palmarès de la souffrance ».

Ce nouveau livre s’inscrit dans la continuité et pousse plus avant la réflexion en s’interrogeant sur la possibilité de comprendre l’attitude de celles et ceux qui, face à l’extrême pour reprendre l’expression de Tzvetan Todorov à qui ce livre est dédié, ont dû choisir entre la mort et le déshonneur. Chaumont mène un travail formidable sur les archives et les témoignages d’abord des prisonniers communistes torturés, puis des déportés juifs et enfin de femmes victimes de viols. 

Son hypothèse, c’est qu’il y a eu une évolution de la façon dont la société et dont les victimes elles-mêmes ont jugé ce choix… avec les guillemets de rigueur. Il montre ainsi une évolution, après des siècles où a prévalu la norme de la mort plutôt que le déshonneur on a totalement changé de perspective. Aujourd’hui l’injonction est à la survie coûte que coûte. Mais en passant d’une éthique de l’honneur à une éthique de la survie, ne risque-t-on pas le jour où nous serons à nouveau confrontés à l’extrême, de perdre notre âme.

Un ouvrage d’une incroyable complexité, à la fois analyse sociologique et traité de philosophie morale. 

Comprendre l’incompréhensible, car nous nous sommes tous un jour posé la question « qu’est-ce que je ferais face au choix entre la mort et le déshonneur ? »… en ayant bien conscience que nous ne connaîtrons jamais la réponse à moins d’être confronté à l’extrême.

La grande originalité de Jean-Michel Chaumont c’est d’être vraiment sociologue c’est-à-dire qu’il a une méthodologie […] Il explique comment il a travaillé, les questions qu’il s’est posées et il essaye de faire une sociologie des réactions morales. Ca oblige à suspendre le jugement la plupart du temps… (Catherine Portevin)

L’avantage de ce livre c’est qu’il restaure des tourments,  il rappelle des situations absolument épouvantables, il rappelle ce qu’est être un être humain face à ces situations-là. En revanche reste cette gêne d’un homme en paix dans un pays en paix face à des situations absolument inimaginables. Jean-Michel Chaumont nous rappelle qu’elles ont été ces situations.  (Vincent Trémolet de Villers)

Michel Crépu - L’Admiration : contre l’idolâtrie 

Ce texte a été  écrit en 1985 et publié aujourd’hui par les éditions Autrement dans l’excellente collection Les Grands Mots… dirigée par Alexandre Lacroix, votre collègue de Philosophie Magazine Catherine Portevin. 

C’est un essai résolument anti-contemporain et qui pourtant parvient à nous parler d’une façon très précise d’aujourd’hui. Anti-contemporain par la forme, un brin démodé, de l’exercice d’admiration. Par les références qui vont de Bossuet à Rolland Barthes, même si ce dernier reste comme le fait remarquer Crépu indémodable contrairement à ses contemporains structuralistes. Par le propos qui vise dans un moment où tout se vaut, une grande horizontalisation démocratique, à remettre un peu de transcendance et de hiérarchie dans ce qui mérite ou non d’être admiré. On pourrait continuer la liste.

Malgré cela, cet essai est plein de réflexions et même d’aphorismes qui méritent qu’on s’y arrête. J’ai déjà cité « Cette époque qui se plaît beaucoup mais admire peu », on trouve aussi « La beauté est l’adversaire du nihilisme, le nihilisme est l’adversaire capital » ou encore « l’impuissance à admirer pousse simultanément à la dérision et à l’exorcisme ».

J’y ai trouvé un plaisir qu’on avait étudiant et qui était celui des grands textes et qu’on pouvait s’écharper dans des cafés pour savoir qui était le meilleur entre l’un ou l’autre. On y retrouve le plaisir de la vie de l’esprit. (Vincent Trémolet de Villers)

Là où j’ai trouvé le livre formidable c’est l’avant dernier chapitre sur Barthes, tout d’un coup il est lumineux […] il met en valeur la question du désir dans l’admiration. Qu’est-ce qui me pousse à aller vers telle œuvre plutôt que telle autre. (Catherine Portevin)

L'instant critique

Vincent Trémolet de Villers nous propose le spectacle remarquable et très contemporain de Fabrice Luchini au Théâtre de la Michodière "Des écrivains  parlent d'argent". Et Catherine Portevin nous entraîne dans les salles obscures pour le film de Raymond Depardon "12 jours" dans lequel le documentariste a planté sa caméra face à des patients qui plaident leur santé mentale face au juge. Elle nous propose également à La Fondation Henri Cartier-Bresson  l’exposition Traverser jusqu'au 24 décembre 2017. L' exposition présente une centaine de tirages, textes, film et documents de l’auteur.

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