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Axel Honneth en 2016

Axel Honneth : ranimer le socialisme

49 min
À retrouver dans l'émission

Nous serons en compagnie d’Eugénie Bastié du Figaro et de Joseph Confavreux de Médiapart pour parler de : L’idée du socialisme d'Axel Honneth (Gallimard) et Le Jihadisme des femmes de Fethi Benslama et Farhad Khosrokhavar (Seuil).

Axel Honneth en 2016
Axel Honneth en 2016 Crédits : SPOE

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : d’abord le dernier livre du grand philosophe allemand Axel Honneth, figure centrale de l’école de Francfort qui se penche au chevet de L’Idée du socialisme, c’est publié chez Gallimard… à la recherche de la virulence perdue d’une pensée qui a fait son temps mais n’est pas morte… puis en seconde partie on apportera notre pierre à un débat toujours virulent, quelles sont les mécaniques de l’engagement djhadiste... éléments de réponse et débat en perspective autour du Djihadisme des femmes : pourquoi ont-elles choisi Daech par Farad Khosrokhavar et Feti Benslama publié jeudi au Seuil .

Axel Honneth - L’idée du socialisme

La question à laquelle le philosophe allemand, Axel Honneth, essaie de répondre est en apparence simple : est-ce que le socialisme bouge encore, est-ce que cette idée qui a occupé les grands intellectuels de la fin du 19e siècle au milieu du 20e a encore quelque chose à nous dire ?

En sous texte on peut aussi se demander si la question n’est pas : est-ce que l’école de Francfort, dont Axel Honneth est en quelque sorte le dernier héritier, peut encore nous aider à penser le présent. C’est un livre souvent très conceptuel, écrit un peu à l’ancienne, qui remonte aux sources du socialisme et de son histoire compliquée avec l’héritage de la Révolution Française et singulièrement avec les idées de liberté et de fraternité… en rupture avec le marxisme classique.

Une vieille histoire qu’Axel Honneth tente donc d’actualiser en mobilisant un concept qu'il va déployer tout au long du livre : celui de liberté sociale, c'est-à-dire une liberté qui n’est pas attachée aux individus mais à un groupe.

Eugénie Bastié : Je trouve que la partie diagnostique est très bonne mais la partie "pistes de renouveau" m’a déçue. On se demande ce qui va rester du socialisme une fois qu’Axel Honneth l’aura passé au karcher de la critique. Si on lui enlève la révolution, l’idée de progrès, la socialisation des moyens de production, le prolétariat […] Finalement on se demande pourquoi il tient encore à ce mot de socialisme.

Joseph Confavreux : Le capitalisme c’est une société où les uns fonctionnent contre les autres, que la sociale démocratie qu’on connaît c’est une société où les uns fonctionnent avec les autres mais en fait dans des rivalités en donnant le primat à la liberté individuelle qui n’est pas compatible au fond avec une société vraiment collective. Il faudrait arriver à une nouvelle idée du socialisme qui soit les uns pour les autres c’est-à-dire à la fois qui ne soit pas la liberté du renard dans le poulailler mais pas non plus la contrainte sur les libertés individuelles que faisait peser notamment le communisme.

Farad Khosrokhavar et Feti Benslama - Le djihadisme des femmes

Un tout autre sujet bien plus polémique : qu’est-ce qui pousse des jeunes voire de très jeunes personnes à s’engager dans le djihadisme, à partir en Syrie ou à commettre des attentats en France.

La question occupe évidemment la recherche qui a vu ces dernières années se développer une forme de « djihadologie » avec ses écoles… on peut citer Olivier Roy qui insiste sur les facteurs politiques ou Gilles Kepel qui insiste lui sur les facteurs socio-historiques. Quoi qu’il en soit on cherche des explications… et c’est peut-être là tout le problème.

En se penchant spécifiquement sur le djihadisme des femmes, le sociologue Farhad Khosrokhavar et le psychanalyste Fetih Benslama veulent sortir de ce qu’ils appellent cette « injonction explicative ». Il s’agit pour eux de se pencher sur la spécificité presque individuelle des motifs d’engagement auprès de Daech.

Leur bête noire, l’idée qu’on puisse parler de « profils » des djihadistes. C’est ce qu’ils tentent de montrer dans ce court essai d’intervention écrit à quatre mains. Et justement c’est intéressant dans le débat actuel puisque finalement le regard du sociologue et celui du psychanalyste sont souvent résumés à des tentatives d’excuse selon la formule désormais célèbre d’un ancien premier ministre : expliquer c’est déjà un peu excuser.

Eugénie Bastié : Un intérêt du livre c’est que la question est bien plus profonde que parler de simples critères sociaux économiques ou critères psychologiques qu’on ne peut pas évacuer non plus. C’est l’idée qu’il y a une dynamique profonde qui pousse toute une génération à se tourner vers cette idéologie islamique parce qu’il y a un vide, un vide non seulement idéologique, mais même un vide spirituel de notre société occidentale. Et finalement cette anomie, cet espèce de vide -la nature a horreur du vide - et l’Islam vient le remplir.

Joseph Confavreux : La « djihadologie » est aujourd’hui est un sport de combat […] Dans ce livre il manque les causes politiques et géopolitiques. Je ne suis pas en train de nier qu’il y a évidemment des facteurs religieux dans la « djihadologie » […]. Mais là, à la fin, ils disent que c’est plus complexe, c’est un peu tout. Moi je pense qu’aujourd’hui on est dans un vrai débat : comment on comprend le jihadisme pour lutter contre.

L'avis critique...

Joseph Confavreux a choisi un livre paru aux éditions Libel "Les canuts ou la démocratie turbulente. Lyon, 1831-1834" de Ludovic Frobert

Eugénie Bastié a retenu "L'homme surnuméraire", un roman de Patrice Jean (Rue Fromentin).

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