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Censure au cinéma par A. Esquerre et Cinéma numérique par J-L Comolli

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir, comme chaque semaine, deux essais sous les feux de la critique : "Interdire de voir" d'Arnaud Esquerre (éditions Fayard) et "Cinéma, numérique, survie : l’art du temps" de Jean-Louis Comolli (éditions de l'ENS).

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Numérique... Argentique... Crédits : Mondadori Portfolio - Getty

Deux livres qui nous parlent de cinéma. Dans Interdire de voir, sorti chez Fayard, Arnaud Esquerre s’interroge : comment, au début du XXIe siècle, en France, dans une démocratie libérale, l’État peut-il encore se trouver en position de décider ce que le public peut voir ou pas ? Le sociologue a suivi les débats des Commissions de classification, dont il retrace l’histoire, mené des entretiens… et interroge le pouvoir, celui des censeurs mais aussi celui des images. Le pouvoir des images est également au centre du dernier  livre de Jean-Louis Comolli, Cinéma, numérique, survie : l’art du temps, aux éditions de l’ENS… Le réalisateur, scénariste et ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma se demande ce que la migration de la pellicule argentique vers le fichier numérique induit, transforme dans la façon de faire des films, mais aussi de les recevoir. Pour une foi renouvelée dans la puissance du cinéma. 

Arnaud Esquerre - Interdire de voir : sexe violence et liberté d’expression au cinéma

Je vous propose de commencer par le livre Interdire de voir : sexe violence et liberté d’expression au cinéma, sorti chez Fayard, et signé du sociologue Arnaud Esquerre, chargé de recherche au CNRS et directeur de l’Institut de recherche interdisciplinaire des enjeux sociaux (l’IRIS). C’est un chercheur qui nous a habitué à s’emparer de sujets qui peuvent sembler iconoclastes comme le corps des morts dans Les os, les cendres et l’Etat (Fayard, 2011) l’astrologie ou la vie extraterrestre dans Prédire. L’astrologie au 21e siècle en France (Fayard, 2013) et Théorie des événements extraterrestres. Essai sur le récit fantastique (Fayard, 2016). Derrière la diversité apparente de ces sujets, on trouve une réflexion cohérente sur le poids de l’État, la manipulation mentale, le pouvoir sur les corps.

C’est encore le cas dans ce dernier livre qui vient remettre en cause ce qui peut sembler évident, en l’occurrence la façon dont sont jugés les films en vue de l’obtention du fameux visa d’exploitation. Ce livre est d’abord le fruit d’un travail de terrain, d’une enquête menée par entretien et observation des débats de la Commission de classification. 

Quels sont les ressorts de leurs interprétations des films, des images de violence ou de sexe principalement ? C’est l’un des points importants du livre d’Arnaud Esquerre, l’appréciation se fait en l’absence de l’auteur et parfois contre lui ou elle. De plus, il oblige les membres de la commission à se projeter dans la peau d’un jeune spectateur. Des limites de tailles quand, au final, c’est la liberté d’expression qui est en jeu. 

Le livre propose d’abord une histoire du passage de la censure à la classification, on en reparlera. Il fait aussi une typologie du type de « suppressions » qui peuvent toucher un film. Mais un mot d’abord de ce qui l’inscrit dans le travail de recherche mené par Arnaud Esquerre : de ce que ça dit du pouvoir de l’État ?

Ce livre clos clos une trilogie sur la manière dont l'Etat s'empare de nos corps, de nos psychismes. Ici on est sur le contrôle de l'expression. [...]Mais se concentrer sur L'Etat pour comprendre aujourd'hui ce qui fait que la liberté d'expression est en danger, c'est peut-être une des limites du livre. (Joseph Confavreux)

Là où ce livre est assez nouveau c'est quand il explique comment aujourd'hui on classe un film [...] Il explique ce qu'est l'acte collectif d'interprétation et raconte très concrètement  le travail qui consiste à regarder un film, deux fois par semaine, dans une commission et comment les gens de la commission regardent un film et essayent de le situer dans un genre, un récit par comparaison. [...] Pour Arnaud Esquerre il n'existe pas de sens commun des images mais du sens mis en commun. (Jean-Marie Durand)

Jean-Louis Comolli - Cinéma, numérique, survie : l’art du temps

Deuxième temps de l’émission, je vous propose maintenant de nous pencher sur le livre de Jean-Louis Comolli, Cinéma, numérique, survie : l’art du temps, aux éditions de l’ENS. Le réalisateur, scénariste et ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, se penche donc sur le glissement de la pellicule argentique vers les fichiers numériques, qui n’est rien de moins pour lui qu’un changement de civilisation. 

Car nos sociétés sont des sociétés d’images, où les écrans se sont multipliés, où les salles de projection se vident au profit de la transparence, de l’hypervisibilité… mais pour Jean-Louis Comolli, le cinéma reste la matrice, l’expérience motrice pour comprendre la « transformation des modes de représentation en vigueur dans les sociétés anticapitalistes, désormais distordues par le besoin du spectacle. » Le cinéaste et critique reprend là une réflexion entamée au début des années 70 dans une série d’articles repris en 2009, aux éditions Verdier, dans Cinéma contre spectacle

Alors que se passe-t-il quand ce glissement s’effectue dans une société gagnée par la « passion des images » ? Si l’on conserve cette hypothèse du devenir cinéma du monde, force est de constater que la numérisation évacue la perplexité, le doute, l’indéterminée, l’interminable, le fouillis, la trappe… et le chaos. En transformant radicalement la manière de faire les prises de vue, de les monter, de les mixer puis de les projeter sur l’écran au profit de la modélisation, le cinéma fait advenir ce que Jean-Louis Comolli appelle un « temps servile ».

Jean-Louis Comolli défend l'amour du cinéma qu'il oppose à la passion des images.[...] Pour comprendre le monde nous avons besoin du cinéma, il nous aide à nous situer dans le monde, à mieux comprendre le réel. [...] Il faut défendre un cinéma qui pour lui est un acte  de civilisation contre le "capital numérisé" qui nous emporte aujourd'hui. (Jean-Marie Durand)

On voit bien que Comolli à un monde très habité. [...] Il met en lien à la fois de la littérature, de la politique, des images, et on ne peut lui dénier cette force que peu de théoriciens du cinéma ont, mais à un moment les choses deviennent confuses. (Joseph Confavreux)

>>>Choix musical : PNL "au DD"

L'instant critique

Joseph Confavreux nous propose une réflexion sur la liberté d'expression avec le livre de Denis Ramond Images défendues : la liberté d'expression face à la pornographie paru aux éditions Classiques Garnier et Jean-Marie Durand nous parle de la collection parue aux éditions du Cerf "Conversation avec Philippe Petit" avec de nombreux auteurs comme  Jean-Claude Milner, Patrice Maniglier et Christian Ingrao. 

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