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A Fuzhou en Chine lors de la journée internationale du yoga. Le yoga deviendra-t-il une discipline olympique ?

Civiliser le capitalisme, Xavier Ragot / Yoga une histoire-monde, Marie Kock

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "Civiliser le capitalisme : crise du libéralisme européen et retour du politique" de Xavier Ragot (Fayard), "Yoga une histoire-monde" de Marie Kock (La Découverte).

A Fuzhou en Chine lors de la journée internationale du yoga. Le yoga deviendra-t-il une discipline olympique ?
A Fuzhou en Chine lors de la journée internationale du yoga. Le yoga deviendra-t-il une discipline olympique ? Crédits : VCG/ Contributeur - Getty

Deux livres qui offrent une autre vision du capitalisme mondialisé. Dans Civiliser le capitalisme : crise du libéralisme européen et retour du politique, aux éditions Fayard, l’économiste Xavier Ragot interroge le lien entre crise économique mondiale et crises politiques nationales. Face au risque de repli et de fragmentation du monde, il est urgent selon lui de revenir au mouvement qui, après la seconde guerre mondiale, a permis de « civiliser les capitalismes » : la mise en place des États providence. La proposition de Ragot pour y parvenir, créer une assurance chômage européenne. On change complètement d’environnement en seconde partie, mais pas tout à fait de sujet, avec le livre de Marie Kock, Yoga une histoire monde publié à la Découverte. La journaliste et professeure de yoga s’est intéressée à l’histoire de la mondialisation de cette pratique indienne ancestrale. Ou en tout cas c’est ce que l’on veut bien nous faire croire, car son enquête montre à quel point ce qu’on appelle Yoga aujourd’hui se rapproche plus d’un produit de consommation pour occidentaux en quête de spiritualité et d’authenticité. Namasté !

Xavier Ragot - Civiliser le capitalisme

Je vous propose de commencer par le livre de Xavier Ragot, Civiliser le capitalisme : crise du libéralisme européen et retour du politique, publié aux éditions Fayard dans la collection « raison de plus ». Xavier Ragot est économiste, président de l’OFCE – l’Observatoire Français des conjonctures économiques – directeur de recherche au CNRS et professeur à Sciences Po. Ses thèmes de recherche portent sur la macroéconomie monétaire et financière ainsi que sur les questions européennes. C’est donc en économiste qu’il aborde une question politique qui nous a occupé toute l’année, et qui continuera à n’en pas douter à alimenter la production éditoriale à l’avenir : comment interpréter les crises politiques qui touchent nos démocraties ?

Xavier Ragot prend toutefois soin, dès le début, de ne pas tomber dans un travers qui a souvent été reproché à sa discipline, à ne pas faire de l’économie l’Alpha et l’Oméga de la vie sociale, à ne pas lui subordonner la politique. S’il veut, pour reprendre son expression, « prendre l’économie au sérieux », c’est que le recul des démocraties prendrait sa source dans une triple crise : de la finance aux Etats-Unis, de la répartition des revenus et de la zone euro.

C’est donc un livre qui plaide pour que les politiques fassent plus d’économie. Cela peut sembler paradoxale tant on a le sentiment d’être dominés par celle-ci. Xavier Ragot montre qu’il y a en réalité une méconnaissance de mécanismes essentiels, en particulier ce qui concerne l’instabilité du marché. Il centre ainsi son propos sur le marché du travail, dont les réalités ont fortement divergé en Europe, accroissant les inégalités au sein des et entre les Etats depuis l’introduction de l’Euro. Sa solution, retrouver les mouvements qui ont vu la création des Etats providence pour mettre en place une assurance chômage européenne. 

Il y a vraiment quelque chose d'intéressant dans la manière dont Xavier Ragot explique qu'aujourd'hui il ne faut pas croire qu'on est dans un état absent (on est pas du tout dans le rêve de Margaret Thatcher) mais ça ne veut pas dire non plus qu'on est dans une sorte de communisme parce qu'il y a une grande dépense publique, en fait tout ça est très mal fait et l'accroissement des risques liés au capitalisme et au marché  qui fait que l'état intervient mais mal ! (Joseph Confavreux)

C'est une démarche à la fois descriptive, réaliste, pragmatique, qui montre le champ idéologique qui est balisé mais justement pour en sortir et faire avancer les choses dans l'idée d'un projet européen d'eurolibéralisme. Ce qui est très intéressant ce sont les exemples concrets pour comparer la France et l'Allemagne. Ils montrent  qu'entre 1990 et 2000 la France et l'Allemagne ont les mêmes balances commerciales et pourtant en 2017 l'Allemagne est le pays le plus exportateur du monde alors que la France possède la balance courante la plus faible de la zone euros. (Aliocha Wald Lasowski)

Marie Kock - Yoga. Une Histoire-Monde

Deuxième temps de l’émission je vous propose maintenant de nous intéresser au livre de Marie Kock, Yoga.Une Histoire-Monde. De Bikram aux Beatles, du LSD à la quête de soi : le récit d’une conquête, paru aux éditions la Découverte. Il est rare qu’on évoque ici ce type d’ouvrage, écrit par une journaliste qui en plus est professeur de Yoga, ce qui en terme de neutralité axiologique n’est pas l’idéal. Si nous le faisons, c’est que Marie Kock est parvenue, par cet exercice d’ego-enquête, à dérouler le fil à la fois historique, spirituel et politique de la diffusion mondial de cette pratique qu’on pense venue du fond des âges de la vallée de l’Indus.

C’est en réalité l’histoire de l’invention d’une tradition que nous raconte l’auteur. Elle part je le disais de sa propre expérience, et notamment d’une retraite de quelques jours qu’elle effectue en 2015 en Thaïlande sur l’île de Koh Phangan. Un soir, au moment du dîner, elle s’ouvre aux autres participants, de son étonnement : il est quand même étrange de venir pratiquer en Thaïlande, mais seulement entre occidentaux, une discipline indienne, dispensée par des professeurs américains. Sa remarque jette un froid, et elle se rend compte qu’il y a un tabou fondamental : les millions d’adeptes du Yoga ne s’encombrent pas du contexte géopolitique, d’histoire ni de pensée critique.

Elle va donc chercher à faire ce travail, qu’elle restitue d’une plume très vive et agréable – on ne peut que sourire quand elle parle du « menu best-of de la spiritualité » qu’est devenu cette pratique pour certains. Mais, et c’est un tour de force, le sourire n’est jamais surplombant ou moralisateur. Marie Kock parvient à la fois à intéresser au phénomène tel qu’il s’est développé depuis quelques décennies, et à ses origines réelles ou mythifiées. Jusqu’à interroger le business du yoga, ses vertus curatrices, son utilisation comme soft power par les nationalistes hindoues…

C'est une enquête sur une conquête, le récit d'une histoire sur les métamorphoses du yoga à partir d'exemples très concrets que Marie Koch connaît bien pour montrer que le yoga traditionnel celui de Patanjali n'a rien à voir avec le yoga pratiqué aujourd'hui : le hatha yoga.[...] Ce ne sont pas seulement les Occidentaux qui sont allés vers l'Inde mais c'est aussi l'Inde qui est venue vers les Occidentaux. (Aliocha Wald Lasowski)

Elle montre bien que le mouvement principal a été d'insister sur les postures, sur le corps , même si les postures comme celle sur la tête (dont elle dit que ce n'est pas la plus compliquée !!) et qu'aujourd'hui la vitrine du yoga ce sont les postures et la perfection des postures alors que ce n'est pas le centre du yoga comme il est pensé, c'est-à-dire comme exercice de respiration et comme exercice spirituel. (Joseph Confavreux)

L'instant critique

Aliocha Wald Lazowski souhaite évoquer le numéro de juin-juillet de la revue Critique :"Alain Corbin, un tour de France des émotions", consacrée à la pensée d’Alain Corbin, historien «des comportements sensoriels et des dispositifs affectifs», comme il se définit lui-même.  Dans ce numéro dirigé par Pierre Birnbaum et Philippe Roger, plusieurs historiens racontent l’univers et le mode de pensée de l’auteur d’une Histoire du silence. Joseph Confavreux nous propose lui la BD co-éditée par Delcourt et La Revue Dessinée, intitulée  Algues Vertes, l’histoire interdite, signée par la journaliste Inès Léraud qui sort une enquête très fouillée sur les algues vertes. Un roman graphique effrayant, illustré par Pierre Van Hove. 

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