LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Ça ira (1). Fin de louis. La pièce de Joël Pommerat. Immersion au coeur de processus révolutionnaire au Théâtre de Cornouaille.

Contre le théâtre politique d'Olivier Neveux / Postcritique sous la direction de Laurent de Sutter

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "Contre le théâtre politique" d'Olivier Neveux (la Fabrique) et "Postcritique" sous la direction de Laurent de Sutter (PUF).

Ça ira (1). Fin de louis. La pièce de Joël Pommerat. Immersion au coeur de processus révolutionnaire au Théâtre de Cornouaille.
Ça ira (1). Fin de louis. La pièce de Joël Pommerat. Immersion au coeur de processus révolutionnaire au Théâtre de Cornouaille. Crédits : D. Tanguy/QPR -R140D

Deux livres qui interrogent la fonction critique de l’art et de la pensée. Dans Contre le théâtre politique, publié aux éditions la Fabrique, Olivier Neveux qui enseigne l’esthétique et l’histoire du théâtre, se penche sur l’injonction contemporaine à produire des spectacles engagés. Le titre, volontairement provocateur, annonce le programme : non pas nier la fonction politique du théâtre, mais au contraire déjouer un certain conformisme qui attend de l’auteur, du metteur en scène comme des spectateurs qu’ils prennent position… au risque de neutraliser la politique. Il est aussi question d’art dans le second essai auquel on s’intéressera ce soir… mais pas seulement. Postcritique, publié aux PUF sous la direction de Laurent de Sutter est un manifeste : dix textes qui abordent la critique comme démarche intellectuelle et comme rapport aux œuvres. Pour proposer finalement de dépasser ce positionnement qui domine une époque, la nôtre, où l’essentiel est d’avoir raison.

Olivier Neveux - Contre le théâtre politique

Je vous propose de commencer par le livre d’Olivier Neveux, Contre le théâtre politique, qui est sorti aux éditions La Fabrique. L’auteur est professeur d’histoire et d’esthétique du théâtre à l’École normale supérieure de Lyon, dont il dirige le département « arts ». C’est un penseur très actif de ces questions, auteur déjà de Théâtres en lutte. Le théâtre militant en France de 1960 à nos jours (La Découverte, 2007) et de Politiques du spectateur. Les Enjeux du théâtre politique aujourd’hui (La Découverte, 2013).

Il faut d’emblée dire, comme le reconnaît Olivier Neveux lui-même dès l’introduction, que ce titre Contre le théâtre politique est ironique… car il s’intéresse profondément à ce que la politique et le théâtre peuvent produire l’un et l’autre, l’un pour l’autre, apporter l’un à l’autre. Ce que l’auteur rejette en revanche, c’est une forme d’injonction contemporaine, faite aux spectacles, de porter un message militant… à condition, bien sûr, qu’ils ne perturbent pas trop l’ordre établi. Olivier Neveux cite ainsi le metteur en scène Milo Rau – très présent dans l’essai – selon qui « art politique veut dire depuis deux générations que l’artiste petit-bourgeois jette aux médias des bribes de matière à s’indigner ». Le ton est donné.

En se souciant de l’art aussi bien que de la politique, dès lors qu’il n’y en a pas un qui soit asservi à l’autre, l’ouvrage interroge la force émancipatrice du théâtre dans notre époque dominée par le néolibéralisme. Il se propose donc, à travers des exemples piochés dans la création contemporaine, de dessiner un certain état de la politique théâtrale, puis un certain état du théâtre politique et enfin un certain état politique du théâtre.

C’est un texte qui tente de tenir le pari difficile de montrer que d’un côté l’explicite n’est pas la condition d’un théâtre qui soit politique, et qu’a contrario l’explicite n’invalide pas non plus la dimension théâtrale d’un propos politique.

C'est un texte très ambitieux [...] C'est vrai que le théâtre parmi tous les arts c'est celui que l'on pare de toutes les vertus civiques à la fois parce qu'on attend de lui qu'il nous donne beaucoup de choses, qu'il nous sensibilise [....] Olivier Neveu prétend faire un état des lieux du théâtre et c'est très convaincant dans la façon dont il démonte les choses. Dans son précédent livre il démontait le côté ringard et consensuel  du Théâtre du Rond-Point et dans ce livre il s'intéresse au théâtre qu'il définit comme "macroniste" et dont on attend trois choses : divertissement- sensibilisation et réparation de la société. (Joseph Confavreux)

Pour lui aujourd'hui le théâtre est en retrait de ce qu'il appelle des actions militantes, critiques qui peuvent exister dans d'autres sphères notamment dans la sphère intellectuelle, artistique. Le théâtre est un peu en retrait dans sa critique de l'hégémonie libérale [...] C'est intéressant de penser que le théâtre va sauver le monde. Ce que lui défend : c'est que le théâtre ne peut pas sauver le monde mais chacun d'entre nous, individuellement. Le théâtre à une force politique très, très importante de ce point de vue. (Jean-Marie Durand)

Postcritique - dirigé par Laurent de Sutter

Deuxième temps de l’émission je vous propose de nous pencher maintenant sur le livre collectif Postcritique, dirigé par Laurent de Sutter et publié dans la collection « Perspectives critiques » qu’il dirige aux Presses universitaires de France. Depuis un certain temps, Laurent de Sutter qui est professeur de théorie du droit réunit dans cette collection des auteurs comme Mark Alizart, Johan Faerber, Pacôme Thiellement ou Marion Zilio qui chacun dans leur domaine – philosophie, théorie littéraire, cinéma, art contemporain – proposent des essais qui dynamitent le contemporain.

Ils sont donc réunis avec d’autres, les philosophes Dorian Astor, Emanuele Coccia, Tristan Garcia et Camille Louis… auquel il faut ajouter pour être complet un texte traduit de l’Allemand d’Armen Avanessian… pour faire exploser ce totem de la pensée contemporaine. L’attitude critique nous rend bête. C’est en substance ce que ce livre manifeste entend démontrer. Elle nous rend bête parce qu’elle nous place en surplomb et confère une force démesurée par rapport à ce qu’on prétend juger. Pourtant elle est aujourd’hui dominante : on ne pouvait pas ne pas en parler dans une émission intitulé Avis Critique. 

L’entreprise est audacieuse, et pas toujours évidente à faire tenir tant les dix textes proposés sont de nature différentes, se penchent sur des objets variés qui vont de la philosophie au droit, de la littérature à l’art contemporain… Il y a tout de même des invariants comme l’idée selon laquelle la critique est d’abord une façon de se positionner face au monde, qui fait primer le sujet sur l’objet… mais qui échouerait à transformer le réel, à créer. C’est l’origine de la proposition « postcritique », sortir de la négativité de la déconstruction pour aller vers autre chose. Mais quoi ?

Tous les textes de ce livre (qui sont très différents) ne sont pas là pour dire ça ne sert à rien de critiquer une oeuvre ou de la discuter. [...] Tous les auteurs défendent l'idée qu'il faut déplacer la critique non pas pour venir après elle [...] (dans un sens spatial et temporel). Le livre défend à la fois un constructivisme et un perspectivisme. (Joseph Confavreux)

Il y a un esprit de sérieux dans cet ouvrage, une certaine arrogance qui souvent arrive à un résultat très abscons, verbeux et un manque d'analyse concrète des situations concrètes. Pourquoi ? A la fin  on se pose encore la question. (Joseph Confavreux)

Ce manifeste  "Postcritique" est ambigü car il réactive une tradition de pensée d'écriture qui le précède. On peut imaginer que Julien Gracq ou d'autres le faisaient déjà et comme le dit Dorian Astor ce qui l'intéresse dans "la postcritique" c'est de dénoncer le discours qui viendrait  délégitimer des savoirs, lui préfère l'idée de dessiner des dégradés aux lignes de démarcations [...] L'un des enjeux de ce manifeste c'est de défendre d'autres manières d'aborder le monde en pensant avec lui et non contre lui, de dépasser des concepts et de renouveler la manière de travailler. (Jean-Marie Durand)

Pour écouter :

Olivier Neveux dans une Saison au Théâtre de Joëlle Gayot le 2 juin dernier.

Explorer la Terre (pour ne pas la perdre) dans l'émission La Suite dans les idées du 18 mai dernier de Sylvain Bourmeau.

>>>Choix musical : " White stripes" Death Letter

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

L'instant critique

Joseph Confavreux nous propose de nous plonger dans le dernier numéro de la Revue du Crieur, numéro 13 qui paraîtra le 20 juin prochain. Pour son quatrième anniversaire, le Crieur fait peau neuve. Il est question d'une nouvelle formule, celle-ci se déclinera autour d’un même noyau, qui fait l’originalité et la notoriété de la revue éditée par les éditions de la Découverte depuis 2015 et Jean-Marie Durand nous suggère un livre Terra forma : manuel de cartographies potentielles de Frédérique Aït-Touati, Alexandra Arènes et Axelle Grégoire aux éditions B42. Ce livre présente une recherche expérimentale sur de nouvelles manières de représenter la Terre et ses bouleversements, associant l'histoire spatiale, la cartographie et la pensée écologique afin de mieux comprendre la portée politique de certains phénomènes...

Bibliographie

Postcritique

PostcritiquePUF, 2019

Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......