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Donald Trump en 2017 et Lénine en 1918 sur la place Rouge.

De Lénine à Trump, une continuité populiste ?

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : " Peuple Souverain : de la révolution populaire à la radicalité populiste", Pascal Ory (Le Débat, Gallimard) et "Remplacer l’Humain : critique de l’automatisation de la société", Nicholas Carr (L’Echappée).

Donald Trump en 2017 et Lénine en 1918 sur la place Rouge.
Donald Trump en 2017 et Lénine en 1918 sur la place Rouge. Crédits : RON SACHS / DPA et RIA Novosti / Sputnik - AFP

Nous commencerons par l’essai historique de Pascal Ory intitulé Peuple Souverain : de la révolution populaire à la radicalité populiste publié chez Gallimard… ouvrage ambitieux qui entend démontrer l’idée ancienne selon laquelle les extrêmes politiques se rejoignent. Puis sur un tout autre sujet nous parlerons de Remplacer l’Humain : critique de l’automatisation de la société de l’américain Nicholas Carr, aux éditions de L’Echappée… lui aussi aborde une vieille question : qu’est-ce que le progrès technologique fait à notre humanité ?

Et en studio pour en débattre ce ne sont pas encore des intelligences artificielles… mais deux journalistes : Julie Clarini, responsable du supplément idée du Monde et Jean-Marie Durand des Inrockuptibles

Pascal Ory - Peuple Souverain : de la révolution populaire à la radicalité populiste

Je vous propose de commencer avec l’essai de Pascal Ory qu’il présente lui-même comme un essai historique et non pas comme un livre d’histoire.

Pascal Ory est connu des fidèles auditeurs de la Fabrique de l’histoire d'Emmanuel Laurentin sur France Culture dont il est un participant régulier. Professeur d’histoire contemporaine à Paris 1 Panthéon-Sorbonne… il fait partie de ces chercheurs qui n’ont pas peur de tirer des enseignements du passé pour comprendre notre présent. Il avait ainsi publié l’année dernière Ce que dit Charlie. Treize leçons d'histoire, déjà dans la collection Le débat de Gallimard… il a aussi souvent été interrogé ces dernières années sur ce qu’on a appelé le « retour des années 30 » avec la montée des populismes en Europe.

Et c’est justement de populisme vous l’aurez compris qu’il est question dans Peuple Souverain avec un point de départ pour le moins audacieux, le parallèle entre novembre 1917 et novembre 2016, entre l’arrivée au pouvoir de Lénine et celle de Trump. « Comme Lénine, Trump a su parler à l’oreille de ceux qui se jugent dominés par un establishment, comme Lénine il bénéficie de tout un réseau d’agit-prop qui ignore souverainement les médias de référence mais qui irrigue efficacement les profondeurs du corps politique » peut on lire sous la plume de Pascal Ory.

Le livre aborde successivement le populisme, essentiellement de droite extrême, et la radicalité, consubstantielle à la gauche extrême…pour montrer comment finalement les deux camps politiques se rejoignent et communiquent.

L’objet du livre ce n’est pas non plus de raconter ou de faire l’Histoire de manière très très précise du populisme ou de la radicalité. Ce n’est pas son propos. Son idée est de proposer une lecture de son actualité politique, évidemment nourrit par la montée du populisme dans le monde entier. (Jean-Marie Durand)

C’est l’espérance qui est en crise, on voit que c’est son espérance à lui aussi qui est en crise. Ce qu’il représente politiquement aussi , ce qu’il défend : la réforme. Comment on pourrait la faire vivre aujourd’hui et parvenir à ce qu’elle soit un mode politique pour demain. (Julie Clarini).

Nicholas Carr - Remplacer l’Humain : critique de l’automatisation de la société

Deuxième temps de l’émission on change de sujet pour se plonger dans le dernier livre de celui qu’on présente comme l’un des penseurs critiques majeurs du numérique.

L’américain Nicholas Carr s’est fait connaître avec un livre qui a eu beaucoup de succès à sa sortie en 2011 : Internet rend-il bête, c’était chez Robert Laffont. La question posée ici serait plutôt : la technologie nous rend-elle inutile…

Remplacer l’Humain : critique de l’automatisation de la société est publié aux éditions de l’Echappée dans une traduction d’Edouard Jaquemoud… et se penche sur une question, là aussi, très ancienne. Celle que se posait Socrate face au développement de l’écrit ou les luddites face à la multiplication des machines : la technologie ne porte-t-elle pas définitivement atteinte à notre culture, nos savoirs faire et finalement à notre humanité ?

C’est un livre rempli de références et d’exemples piochés dans la critique de la technologie mais aussi les expériences en psychologie sociale et sciences cognitives. Nicholas Carr adapte évidemment les antiques inquiétudes au phénomène majeur de notre temps : l’automatisation des taches par des ordinateurs rendus de plus en plus performant grâce aux progrès des algorithmes et de l’intelligence artificielle.

Il prend, pour développer sa démonstration, l’exemple du travail et de l’illusion qui nous fait voire l’automatisation uniquement comme un gain de temps… et nous aveugle sur ce qu’elle modifie dans nos vies, notre façon de penser, nos capacités d’imaginer.

Concernant le débat sur la révolution numérique (comme on le dit un peu vite) on est confronté à deux manières de le penser. Soit une sorte de catastrophisme absolu - les machines , internet…- vont nous déshumaniser, nous rendre fous… soit une indifférence complète à la manière dont ça fonctionne. Mais je pense que d’une certaine manière ce livre-là s’inscrit plutôt dans une juste mesure.(Jean-Marie Durand)

Moi je suis assez optimiste sur le fait que tout de même l’Homme ne se laissera pas déposséder, les professions intellectuelles ne se laisseront pas complètement déposséder de leur envie de comprendre le monde, de leur envie de comprendre leurs patients, de leur envie de dessiner l’immeuble qu’ils ont envie de concevoir en demandant à la machine de s’adapter et pas le contraire. Je ne suis pas très pessimiste ! (Julie Clarini)

L' instant critique...

Julie Clarini à choisi l'entretien avec Geneviève Fraisse intitulée : Violences sexuelles : « Le fait divers est devenu politique » paru dans les pages Idées du Monde de ce samedi et Jean-Marie Durand veut mettre l'accent sur toutes les expositions que nous pouvons voir en ce moment à Paris dont Women House à la Monnaie de Paris. Une exposition à la rencontre de deux notions : un genre – le féminin – et un espace – le domestique.

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