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Un incendie s'est déclaré incontrôlable après s'être propagé sur une ferme le long d'une autoroute située dans le nord de l'État de Mato Grosso, au sud du  Brésil (23 août 2019).

Fabuler la fin du monde de Jean-Paul Engelibert / Quand la forêt brûle de Joëlle Zask

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : celui de Jean-Paul Engélibert, "Fabuler la fin du monde. La puissance critique" (la Découverte) et celui de Joëlle Zask, "C’est la forêt qui brûle : penser la nouvelle catastrophe écologique" (Premier Parrallèle)

Un incendie s'est déclaré incontrôlable après s'être propagé sur une ferme le long d'une autoroute située dans le nord de l'État de Mato Grosso, au sud du  Brésil (23 août 2019).
Un incendie s'est déclaré incontrôlable après s'être propagé sur une ferme le long d'une autoroute située dans le nord de l'État de Mato Grosso, au sud du Brésil (23 août 2019). Crédits : Joao Laet - AFP

Deux ouvrages qui se penchent sur les vertus de la catastrophe. Dans Fabuler la fin du monde publié aux éditions La Découverte, le professeur de littérature Jean-Paul Engélibert nous guide à travers les récits et fictions d’apocalypse qui prolifèrent en littérature, au cinéma ou à la télévision. L’apocalypse a ainsi cessé d’être une croyance religieuse pour devenir une réalité tangible qui a pris un nom : l’anthropocène. Penser la catastrophe écologique, c’est aussi le sujet de l’essai de Joëlle Zask, Quand la forêt brûle, aux éditions Premier Parallèle. La philosophe prend pour objet les mégafeux, ces gigantesques incendies de forêt, imprévisibles et humainement incontrôlables… ce qui leur donne une dimension de catastrophe naturelle. Pourtant, contrôler le feu a toujours été au cœur du processus de civilisation. Les mégafeux, liés au réchauffement climatique d’origine humaine, deviennent alors sous la plume de Joëlle Zask un poste d’observation pour interroger le rapport de l’homme à la nature, et les conditions du maintien de l’existence humaine.

Jean-Paul Engelibert - Fabuler la fin du monde : la puissance critique des fictions d’apocalypse 

Je vous propose de commencer par le livre de Jean-Paul Engelibert, Fabuler la fin du monde : la puissance critique des fictions d’apocalypse publié aux éditions La Découverte dans la collection « L’horizon des possibles ». Jean-Paul Engelibert est professeur de littérature comparée à l’université Bordeaux-Montaigne et n’en est pas à son premier ouvrage sur le sujet puisqu’il avait signé Apocalypses sans royaume. Politique des fictions de la fin du monde (Classique Garnier 2013) et qu’il a dirigé le volume L’Apocalypse : une imagination politique, XIXe-XXIe siècle (Presses Universitaires de Renne, 2018).

L’un des sujets de prédilection Jean-Paul Engelibert est donc ce qu’on pourrait appeler l’Apocalypse laïque, dépouillée de sa dimension religieuse. Car un basculement s’opère entre l’Apocalypse telle qu’elle apparaît dans l’Épître aux Corinthien de Paul, et celle qu’on retrouve aujourd’hui dans la littérature dystopique ou le cinéma hollywoodien. S’il s’agissait pour les chrétiens de se situer au temps de la fin pour hâter la fin des temps – et donc l’avènement du Royaume de Dieu – la certitude de la catastrophe comme horizon de l’anthropocène amène à penser, fabuler imaginer que nous vivons le temps de la fin pour au contraire conjurer la fin des temps.

Pour le dire peut-être plus simplement, il s’agit dans cet essai de montrer comment les fictions apocalyptiques nous parlent avant tout de notre époque. En imaginant la catastrophe qui a déjà eu lieu, elles libèrent l’imagination mais aussi les potentiels politiques pour dépasser l’effet de sidération produit par l’anthropocène. La fiction est notre dernier refuge, nous dit Engelibert, pour dessiner un autre monde possible.

Ce qui est très important c'est la portée morale et politique du propos de l'auteur. Il s'appuie sur un certains nombres de fictions [...] qui jouent le rôle d'avertisseurs d'incendie (Référence à Benjamin). (Alexis Lacroix)

L'élément le plus important de l'essai est la question du rapport au temps puisque finalement ces fictions d'apocalypse ont surtout un effet sur notre présent. Au lieu d'un chronos (un temps continu) celui du progrès qui serait la ligne de force de notre civilisation, il considère que ces fictions rejaillissent sur le présent pour en faire un "Kairos", c'est-à-dire un moment où l'action  devient déterminante pour changer les choses pour l'avenir. (Thibault Sardier)

Joëlle Zask - Quand la forêt brûle : penser la nouvelle catastrophe écologique

Deuxième temps de l’émission, je vous propose maintenant de nous intéresser un livre de Joëlle Zask, Quand la forêt brûle : penser la nouvelle catastrophe écologique aux éditions Premier Parallèle. La philosophe, qui enseigne à l’université d'Aix-Marseille, s’intéresse depuis plusieurs années aux conditions d’une culture politique partagée, ce qui l’a amené à s’intéresser aux jardins aussi bien qu’aux places publiques… on avait parlé ici de Quand la Place Devient Publique sorti aux édition Le Bord de l’Eau en 2018.

Alors pourquoi parler des feux de forêts, et plus précisément des Megafeux qui se sont multipliés depuis quelques années et qui chaque été ravagent des régions entières, de la Californie à la Sibérie en passant par le Portugal ? Parce que le feu nous dit Joëlle Zask est un phénomène social, une catastrophe d’origine humaine autant que naturelle, qui accompagne le processus de civilisation… qu’on remonte au néolithique ou à Prométhée. Le feu est un phénomène qu’on connait donc depuis toujours, mais qui semble en train de changer de nature à l’ère de l’anthropocène. Les très grands feux ou "megafire" se différencient par leur intensité, leur vitesse de propagation, leur étendue, leur récurrence et surtout leurs conséquences écologiques et humaines sans commune mesure. 

Cet essai se veut un remède à la fois contre les climatosceptiques et contre les collapsologues. En prenant les mégafeux comme poste d’observation, Joëlle Zask entend montrer comment ils peuvent agir comme un accélérateur d’opinion pour sauver les conditions d’existence humaine. Le feu devient alors un objet politique, dont la philosophe va s’efforcer de cerner les ambiguïtés et les significations. 

J'ai admiré ce livre [...] Joëlle Zask explique que 95% de ces Megafeux sont dus à l'activité humaine (bienveillante ou non) et sont la conséquence du réchauffement climatique, des dérèglements fondamentaux de la biosphère. A partir de là, ces feux occupent dans la réflexion de Joëlle Zask un statut philosophique ambigü. Ils sont à la fois la catastrophe future qui nous menace et en même temps l'occasion d'une prise de conscience et de passage à l'action pour empêcher cette catastrophe d'advenir. (Alexis Lacroix)

Elle ouvre sur une nouvelle notion centrale celle du "pyrocène" (l'âge du feu)[...] qui consiste à dire que l'Homme et le feu ont toujours noués des relations très importantes depuis que l'Homme l'utilise et elle évoque aussi le moment où l'Homme récupère le feu et essaye de l'utiliser. C'est avec le feu que l'Homme a modelé les paysages  et noué des relations avec la "nature". Et cette intrication très forte de l'Homme et du feu permet à Joëlle Zask de se débarrasser de cette séparation nette de l'Homme et de la nature. (Thibault Sardier)

>>> Choix musical : Polo et pan "Arc-en-ciel"

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L'instant critique

Thibault Sardier nous propose de lire Querelle de Kevin Lambert ( Nouvel Attila) et Alexis Lacroix l'ouvrage d'Alain Finkielkraut A la première personne (Gallimard).

Rediffusion de l'émission du 7 septembre 2019

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