LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
La fin du monde et le jugement dernier du miniaturiste italien Cristoforo Predis (1440-1486)

Faire face à l’effondrement

50 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir deux essais sous les feux de la critique : "Contre-Courants politiques" d'Yves Citton publié chez Fayard et "Une autre fin du monde est possible : vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre)" de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, aux éditions du Seuil.

La fin du monde et le jugement dernier du miniaturiste italien Cristoforo Predis (1440-1486)
La fin du monde et le jugement dernier du miniaturiste italien Cristoforo Predis (1440-1486) Crédits : PHAS/UIG - Getty

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : deux livres pour s’orienter dans un monde en plein effondrement. Dans Contre-Courants politiques publié chez Fayard, Yves Citton fait appel à la littérature pour surmonter la disparition du clivage gauche-droite. Plutôt que de s’en réjouir ou de le déplorer, il s’agit d’en prendre acte, d’élaborer de nouvelles polarités politiques… et pour ça de recourir – loin de l’ineptie médiatique des petites phrases – aux vertus poétiques et politiques d’un nouveau vocabulaire. Proposer un nouvel horizon, un changement de paradigme, c’est aussi l’objet du livre de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, le très optimiste Une autre fin du monde est possible. ce livre est publié dans la collection Anthropocène des éditions du Seuil. Il ne propose pas de solution à l’effondrement écologique, puisqu’il n’y en a pas, mais une réflexion sur l’attitude possible une fois qu’on a fait son "coming out" de collapsologue. 

Yves Citton - Contre-Courants Politiques

Ce livre, publié chez Fayard, est le tout premier ouvrage de la collection « Raison de plus » dirigée par l’ancienne ministre socialiste Najat Vallaud Belkacem. Une collection qui publiera des textes courts afin de réconcilier selon la maison d’édition « le savant, le politique et le citoyen, [pour] faire le pari de la raison et de l’intelligence collective pour retrouver le chemin d’un progrès devenu si difficile à définir ».

Il ne s’agit donc pas ici de fonder un nouveau parti, mais d’identifier les nouveaux courants politiques, inséparables de leurs contre-courants. Yves Citton s’emploie à organiser le monde autour de nouvelles polarités : les automobilistes s’opposent aux médialistes, les souverainistes aux dividualistes, les terreuristes aux désiristes, les extractivistes aux lyannajistes… L’invention poétique accompagne la réflexion politique dans cet essai qui fait le pari de désorienter le lecteur, pour mieux l’aider à s’y retrouver. Tout comme le voyageur a besoin des pôles, du Nord et du Sud pour trouver son chemin… le lecteur voit peu à peu se dessiner les lignes de forces, les grandes tensions qui structurent aujourd’hui le monde. 

Yves Citton est professeur de littérature et média à l’université Paris 8 Vincennes, directeur de la revue Multitudes. Or, quoi de mieux dans un moment d’incertitude, où le vieux clivage gauche-droite s’est effondré nous dit-on, que de faire appel à la littérature. C’est le pari d’Yves Citton.

Il rompt avec une certaine conception de la politique qui donne un projet de société, un modèle de société (…). Lui est plutôt au niveau de l’analyse. (…) Sa démarche nous redonne de la prise, mais en même temps, je suis resté sur ma faim : il me semble qu’il manque une politique qui prenne des risques, qui dise sur quoi l’on pourrait travailler, quelle stratégie, quelle lutte prioritaire mener, ou quel est le lieu prioritaire à investir. (Laurent Etre)

Il part non pas d’un discours qui serait pré-écrit mais de ce que nous ressentons, de ce qu’est un individu singulier petit-bourgeois aujourd’hui (…) : comment est-ce qu’il peut redonner du sens à la politique ? Se retrouver dans ces polarités ? C’est notamment en partant des contradictions qui sont vécues au quotidien. (Julie Clarini)

Une autre fin du monde est possible : vivre l’effondrement - Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle

Deuxième temps de l’émission je vous propose de nous intéresser maintenant au livre de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, Une autre fin du monde est possible : vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre), c’est publié aux éditions du Seuil dans la collection Anthropocène. Les auteurs continuent leur travail transdisciplinaire au service de ce qu’ils ont appelé la « collapsologie » dans un ouvrage précédent, Comment tout peut s’effondrer publié en 2015 dans la même collection.

Le constat de départ est donc simple, le monde ou plutôt la civilisation thermo-industrielle s’effondre et l’idée de progrès a perdu tout son sens face à la catastrophe écologique qui vient. Les promesses portées par la science, la croissance, la compétitivité, l’efficacité, la maîtrise de la matière, le capital, la liberté, l’humanité… tout ce qui devait concourir à l’édification d’un monde meilleur serait aujourd’hui obsolète. Les auteurs évoquent une « prise de conscience » qui peut soit amené à se  résigner, se sentir décourager, soit encourager à imaginer une façon de vivre avec… à développer une collapsosophie. 

Pour continuer à vivre, il faut se préparer à vivre les conséquences des catastrophes en cours… et pas comme les survivalistes en s’assurant de pouvoir subvenir aux besoins physiologiques élémentaires (boire, manger) et en assurant sa sécurité… mais en cherchant prioritairement les liens entre humains. On retrouve une idée développée par Pablo Servigne et Gauthier Chappelle dans un livre dont il a été question ici l’année dernière L’entraide, l’autre loi de la jungle, c’était aux éditions Les Liens qui Libèrent.

On sait qu’il y a une inertie de la politique assez forte, et je trouve qu’il n’est pas inintéressant d’essayer de penser l’effondrement, quand bien même on arriverait à y échapper. Je trouve que l’hypothèse de départ n’est pas inintéressante : et si on essayait de penser ce qui vient ? (Julie Clarini)

Ils ont une vision de l’autre monde possible, mais pour mettre en mouvement les populations et les peuples, (…) ils misent surtout sur les formes de spiritualité non religieuses, la pleine conscience, le deuil (…). Et je trouve que la perspective d’entraide qu’ils dessinent, si on en reste là, peut très vite être contaminée par la peur et dégénérer en survivalisme, en entraide de petites communautés dressées les unes contre les autres. Je pense qu’il manque un maillon politique à leur réflexion. (Laurent Etre)

L'instant critique

Il sera question aujourd'hui d'un article de Lise Wajman, professeur de littérature comparée à l'université d'Aix-Marseille, intitulé "Ce que peut (encore) la littérature... et comment la littérature nous aide à y voir clair". Cet article est paru dans le numéro 11 de la Revue du Crieur d'octobre 2018 (éditions Médiapart/ La Découverte).

Choix musical : Rocé : La vitesse m'empêche d'avancer

Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......